Lady In A Cage (Paul Glass)

Ascenseur pour l'Échafaud

La décade prodigieuse • Publié le 06/03/2019 par

Lady In A CageLADY IN A CAGE (1964)
UNE FEMME DANS UNE CAGE
Compositeur :
Paul Glass
Durée : 36:30 | 15 pistes
Éditeur : Kritzerland (2012)

 

3.5 Stars

 

Les révolutions peuvent parfois avoir du bon — entre autres, celle qu’orchestrèrent les nouveaux supports numériques des années 2000, outils majeurs d’aggiornamentos sonnés à tous les azimuts. Grâce au DVD, Lady In A Cage, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il ne transporta pas les foules durant les sixties, se pavane désormais coiffé d’une couronne de lauriers en tant qu’ancêtre glorieux du home invasion. D’aucuns, tourneboulés par le titre du film autant que par certains visuels publicitaires de l’époque, qui transformaient Olivia de Havilland en sylphide vêtue d’un voile arachnéen, n’hésitent pas à clamer que le women in prison, la friandise favorite des fins gourmets, lui doit également une fière chandelle… Pour sa part, la musique de Paul Glass n’entend pas faire prendre des vessies pour des lanternes. Nulle place en son sein pour les chabadabadas sirupeux dont tant de compositeurs gratifièrent les abandons saphiques indispensables à tout WIP digne de ce nom. Modèle d’intégrité, elle refuse de se montrer accorte alors que la touffeur du terrible huit-clos n’en finit pas de s’épaissir. Percussions syncopées, clavecin goguenard, cordes hésitant entre apathie et frénésie… Ces dards empoisonnés, décochés par le petit orchestre, pleuvent, criblant sans parti-pris les blousons noirs destructeurs et leur pathétique proie. A deux pas, les automobilistes, indifférents au drame, s’amalgament à un long ruban d’acier dont même les jets d’avant-gardisme brûlants de Glass sont incapables de paralyser le flux.

  C'est pas bien le moment de lire le courrier des fans...

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse