House Of Usher (Les Baxter)

La Malédiction Finale

La décade prodigieuse • Publié le 27/02/2019 par

House Of UsherHOUSE OF USHER (1960)
LA CHUTE DE LA MAISON USHER
Compositeur :
Les Baxter
Durée : 62:16 | 15 pistes
Éditeur : Intrada (2011)

 

3.5 Stars

 

De l’empyrée aux gouffres noirs de la géhenne, il n’y a parfois qu’un pas. Les Baxter franchit ce seuil fatidique le jour où il dit oui à la première « superproduction » de Roger Corman, troquant ainsi le dépaysement inondé d’azur de l’exotica, dont il fut l’une des chevilles ouvrières, contre les ombres gothiques retenant captif le sinistre manoir des Usher. Entre ces murs décrépits qui menacent ruine, les ultimes représentants d’une dynastie maudite attendent sans révolte l’oubli éternel, seul capable de les délivrer du fardeau d’une terrible dégénérescence. Inutile de dire que l’on n’a point coutume en ces lieux d’accueillir les rares visiteurs en passant autour de leur cou des colliers de fleurs versicolores. Mais plutôt que de s’abîmer dans les mêmes tréfonds de mélancolie que Vincent Price, Baxter s’esbaudit de la trahison superbe de Corman envers Poe et transforme le beau film en un cheval de Troie, dont il gonfle la panse de ses recettes ensoleillées. Les plaintes des âmes déchues ont quelque chose, lointainement, des chants éthérés des vahinés court vêtues, l’impressionnisme secouant l’orchestre dans l’obscurité des anciennes cryptes transborde, ici ou là, le souvenir des atolls paradisiaques qu’on fantasmait naguère… La fin de l’histoire, crépusculaire, marque l’arrêt de mort d’une lignée corrompue et de sa maison lépreuse. Des décombres s’extraient pourtant, comme d’une cosse hideuse, deux princes nouvellement sacrés de l’horreur, naissance parée d’or et de lapis-lazuli : Roger Corman et Les Baxter.

  Chanel... Rouge!

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse