Entretien avec Cécile Corbel

Une famille formidable

Interviews • Publié le 06/03/2014 par

Les vacances ont vraiment du bon. C’est lors d’un séjour en Bretagne que votre serviteur tombe, au hasard d’emplettes culturelles, sur un showcase de Cécile Corbel, en pleine tournée promotionnelle pour la sortie de Terre des Ours. Après un moment passé à se délecter de l’interprétation en live de quelques chansons composées pour le documentaire, il n’a pas fallu longtemps pour faire dédicacer un exemplaire de la musique du film et obtenir une interview express de la musicienne. C’est donc en terre morbihannaise que Cécile Corbel nous évoque son séjour en Terre des Ours.

 

Comment êtes-vous arrivée sur ce projet ?

Encore une fois, la chance, après Arrietty et le Petit Monde des Chapardeurs, la chance que le réalisateur Guillaume Vincent ait aimé mon travail dans le film Ghibli et mes albums de chansons, et je pense que c’est ce qu’il lui a donné envie de me contacter alors qu’on ne se connaissait pas personnellement. Terre des Ours est son premier film et il avait envie de ce genre de son.

 

A quel moment avez-vous donc commencé à travailler sur le film ?

Là encore je fais un parallèle avec Arrietty : je suis arrivée assez tôt, le tournage n’avait pas encore débuté. C’est une grande chance car on peut prendre le temps de dialoguer avec le réalisateur, de suivre l’évolution de son projet. Je suis donc arrivée dans l’aventure il y a environ un an et demi.

 

Avez-vous composé d’après le scénario ?

J’ai commencé à composer les chansons d’après des photos et des images brutes de repérage, avec une imagination qui travaillait à plein. C’est rigolo parce que Kamchatka, qui est la chanson du générique de fin et qui est devenue la chanson-phare du film, a été composée avant même que je ne voie une seule image d’ours. C’était surtout d’après les photos, les paysages et surtout de l’échange avec Guillaume.

 

Quelles thématiques avez-vous abordées ?

Il m’a expliqué qu’il avait envie de faire un documentaire un peu différent de ce qu’on peut voir ailleurs : il ne voulait pas humaniser les animaux, ne pas leur donner de noms, ne pas désigner un héros ni sur-scénariser le récit. Il voulait que les spectateurs soient immergés dans ce monde des ours bruns, et je pense que le film est réussi de ce point de vue car on est plongé dans cette nature brute. On sent malgré cela le lien affectif qui unit une mère ours et son petit, ainsi que ce moment qui nous fend le cœur en tant qu’humain, celui où la séparation devient inévitable. Nous nous sommes aperçus lors de projections pour les enfants que cela les touchait énormément. Guillaume voulait faire passer ce message sur ce passage à l’âge adulte et les questions qu’il peut soulever, cela faisait partie des choses qu’il m’a racontées dès la première fois où l’on s’est rencontrés.

 

C’est justement ce qui semble ressortir de Kamchatka : les thèmes de l’amour maternel et la cruauté de la nature.

En fait, j’ai volontairement écrit un texte plus large, pas forcément centré sur les ours. En l’écoutant, on peut très bien penser à une relation mère-enfant ou pourquoi pas entre un homme et sa femme ou entre une sœur et un frère, en tous cas tous les liens de protection et d’amour qu’il peut y avoir entre deux personnes. Ces liens peuvent se rompre mais la vie doit continuer.

 

Il me semble que votre musique s’adresse à l’intime et parle de l’intime…

Tant mieux si ma musique évoque ce sentiment. J’essaie de composer à partir de la voix et de la mélodie pour toucher émotionnellement. Pour moi, c’est vraiment le but de la musique. C’est vrai que parfois, la musique au cinéma est plus neutre, plus fonctionnelle. J’aime composer des thèmes forts qui, je l’espère, complètent au mieux les images et la narration et marquent le cœur des spectateurs.

 

 

Les chansons sont courantes dans vos bandes originales. Il y en avait déjà quelques-unes dans Arrietty.

Oui, il y en avait même beaucoup pour Arrietty. Ce que j’aime et ce pourquoi Guillaume m’a sans doute contactée, c’est que trois chansons se retrouvent en entier dans Terre des Ours. C’est ma manière de travailler, je suis quelqu’un qui aime la mélodie et la chanson. C’est ainsi que me vient l’inspiration en tous cas.

 

Le documentaire a été tourné dans l’extrême-orient russe, mais votre musique est plutôt d’inspiration celte. Le réalisateur cherchait-il un décalage ou l’avez-vous ressenti autrement ?

En tous cas, je sais ce qu’il ne cherchait pas : il ne voulait pas d’une musique traditionnelle qui évoque la Russie ou un quelconque folklore. Quant à moi, je n’ai pas eu l’impression d’avoir fait de la musique celtique, je pense que c’est plutôt l’imagination des auditeurs qui travaille à cause de la harpe ou plus généralement ma carrière de chanteuse inspirée par le monde celtique. Les instruments traditionnels que j’utilise mènent à ce que Guillaume Vincent désirait, c’est à dire de la musique du monde qu’on ne pourrait pas forcément localiser géographiquement. Ce que je trouve rigolo, c’est que le Kamchatka se trouve vraiment tout à l’est de l’Europe alors que je viens de l’extrême-ouest du continent. Il y a malgré cela un lien qui se crée car j’ai vu beaucoup de similitudes entre ces paysages russes et ceux du Finistère, c’était très inspirant. Et j’ai vu des plages bretonnes au Japon également (rires).

 

The Circle est peut-être le morceau qui contient le plus de cordes.

Oui, c’est d’ailleurs un inédit par rapport au film puisqu’il n’a pas été retenu. Il a plu à l’équipe, mais fait partie de ces morceaux qu’on jette finalement. Il est donc sur le disque car il est considéré comme faisant partie du travail sur le film. The Circle a du souffle, il est plus épique que le reste. Peut-être fallait-il ne pas forcer cet aspect (rires) ?

 

Fabien Cali a également travaillé sur le film : avez-vous collaboré ou s’agissait-il d’un travail en parallèle ?

Je ne l’ai pas rencontré car il est intervenu dans un deuxième temps pour compléter tout ce qu’on appelle le score, c’est à dire des thèmes peut-être moins mélodiques qui accompagnent le film d’une autre manière, plus orchestrée. Il y a eu deux équipes dans le processus de création musicale car nos musiques différentes avaient chacune une expression et un but complémentaires. 

 

 

 

Entretien réalisé le 28 février 2014 par Sébastien Faelens.

Remerciements à l’équipe de l’Espace Culturel du Centre Leclerc de Ploërmel pour son accueil et à Simon Caby & Cécile Corbel pour leur disponibilité.

Sebastien Faelens

Sebastien Faelens

Rédacteur
Cinéphile depuis sa plus tendre enfance, ce n’est qu’à ses dix-huit ans que Sébastien commence réellement à écouter la musique de film en dehors de son support. Effectivement, il s'écoulera de nombreuses années d’errements dans les vidéo-clubs de Beauvais à la recherche de films bien trop violents pour son âge, avant sa rencontre pendant ses études avec Vivien Lejeune, qui deviendra rapidement un ami et un premier guide passionné dans l’univers de la B.O. Puis c’est l’escalade : la rencontre avec Olivier Soudé, puis la participation aux magazines Dreams to Dreams et Cinéfonia finiront de rendre le jeune métalleux complètement accroc aux trames sonores, ce qui a longtemps conforté ses parents dans l’idée qu’il avait probablement des fréquentations peu recommandables malgré son apparente tranquillité. Mais le célèbre magazine périclite en 2006 et c’est après trois ans d’une retraite bien méritée qu’il reprend du service comme rédacteur puis secrétaire de rédaction d’UnderScores : les années ont passé mais la passion est restée intacte !
Sebastien Faelens
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