Entretien avec Roger Feigelson

Intrada : avec Disney et au-delà !

Interviews • Publié le 18/07/2012 par

  Après avoir fêté dignement ses 25 années d’existence en 2011, notamment avec les éditions de Masada, Stay Tuned, Shoot To Kill (Randonnée pour un Tueur), Squanto : A Warrior Tale ou encore Explorers, Intrada a réussi un véritable exploit avec le lancement de la collection Disney/Intrada, éditant en CD pour la première fois des titres très réclamés comme Up (Là-Haut) ou encore The Black Hole (Le Trou Noir). Le renforcement des liens entre le label de Douglass Fake et le studio aux grandes oreilles n’est finalement pas une surprise, tant les deux entités collaborent depuis les débuts d’Intrada. Pour autant, les éditions de The Black Cauldron (Taram et le Chaudron Magique) et The Avengers ont été des évènements considérables et des avancées stratégiques renforçant la position du label dans un marché resserré après l’annonce de la fin de FSM, le label créé par Lukas Kendall. UnderScores vous propose aujourd’hui un nouvel entretien avec Roger Feigelson, producteur et directeur marketing chez Intrada.

 

Intrada a développé au fil des ans des liens privilégiés avec les studios Walt Disney. Pouvez-vous revenir aux sources de vos relations, en 1987, avec la première édition du score de Goldsmith pour Night Crossing (La Nuit de l’Evasion) ?

C’est le tout premier score Disney que nous sommes allés chercher. A ce moment-là, Night Crossing de Jerry Goldsmith était vraiment mon score inédit préféré. Je ne travaillais pas encore pour Intrada à l’époque, mais j’ai tout de même encouragé Doug Fake à l’éditer. Il a passé un coup fil à Disney et puisque personne auparavant n’avait jamais demandé à sortir l’une des bandes originales de leur catalogue, ils étaient assez perplexes. «Vous voulez faire quoi ? Est-ce un nouveau film ?» Finalement, tout s’est très bien passé et Night Crossing est devenu notre tout premier album Disney. Ensuite, alors que nous étions connus dans la place, ce fut un peu plus facile de sortir certains de leurs projets en cours, comme Honey, I Blew Up The Kid (Chérie, j’ai agrandi le bébé) de Bruce Broughton.

 

Pendant quelques années, Intrada a pu sortir quelques titres Disney comme A Far Off Place (Kalahari) de James Horner en 1993 et même une version longue de Night Crossing en 1994. Puis tout s’est arrêté. Pourquoi ?

Tout cela s’est passé avant que je n’y sois, mais à cette époque le syndicat des musiciens n’avait pas leur nouvelle structure pour les taux historiques de réutilisation des musiques, ce qui rendait les ressorties de scores enregistrés sur le sol américain très chères à produire. Night Crossing avait été enregistré en Angleterre, mais la plupart des scores ont été enregistrés aux États-Unis, donc nous ne pouvions pas bénéficier de ces réductions de taxes et ces scores étaient tout simplement trop chers. Jusqu’à ce que le syndicat crée ces taux historiques, les éditions de fonds de catalogue de titres enregistrés aux États-Unis étaient plutôt rares.

 

Plus de dix ans après, en 2008, Intrada a renoué son partenariat avec Disney avec la sortie remarquée de Baby, Secret Of The Lost Legend (Baby : le Secret de la Légende Oubliée) de Goldsmith suivi l’année d’après par les scores de Horner pour Honey, I Shrunk The Kids (Chérie, j’ai rétréci les gosses !) et Something Wicked This Way Comes (La Foire des Ténèbres). Qu’est-ce qui a changé au point que vous puissiez à nouveau produire les sorties de ces scores ?

Les taxes syndicales l’expliquent en partie. L’autre défi qui s’est présenté vient du fait que cela faisait longtemps que nous avions fait Night Crossing : nos interlocuteurs avaient changé et nous avons eu besoin de les rééduquer sur la raison pour laquelle c’était une si bonne idée de collaborer. En fin de compte, Disney s’est montré plus enthousiaste que je n’aurais pu l’espérer et je leur suis vraiment reconnaissant de nous avoir offert cette opportunité.

 

 

En 2011, Intrada a opéré une avancée stratégique avec Disney en éditant la version CD du score oscarisé de Up (Là-Haut) de Michael Giacchino. C’était la première fois qu’un label indépendant sortait un CD d’une musique de film d’animation Disney depuis The Great Mouse Detective (Basil Détective Privé) d’Henry Mancini. Comment y êtes-vous parvenus ?

C’est Disney qui s’est adressé à nous. Ils ont décidé qu’ils voulaient vraiment disposer d’un support physique pour certains de leurs albums, alors qu’ils avaient peu à peu transféré leur activité vers le téléchargement. J’imagine qu’ils ont vu la qualité des albums précédents que nous avions faits avec eux, et aussi senti que nous étions compétents pour atteindre le public intéressé par ce genre de musique, et que nous pourrions les proposer aux collectionneurs. Ainsi, ils allaient produire les albums et charge à nous de les mettre sur le marché.

 

A côté de cette collaboration, concrétisée par la collection Disney/Intrada, vous avez continué à développer vos propres projets sur des films Disney live comme Shoot To Kill (Randonnée pour un Tueur) de John Scott ou White Fang (Croc-Blanc) de Basil Poledouris et Hans Zimmer. Travaillez-vous pour ces sorties avec une branche différente de Disney ?

Non, il s’agit essentiellement des mêmes personnes. Et Randy est en vérité essentiel pour nous aider à trouver les bandes. Nous avons notre propre liste des titres que nous voulons sortir et lui a également la sienne, et nous discutons desquels vont être édités dans quelle collection. Bien sûr, si Disney veut que le titre soit co-brandé, je ne suis pas en position d’argumenter (rires). S’ils ne souhaitent pas le faire, nous produisons alors le titre par nous-mêmes. Dans tous les cas, c’est gagnant-gagnant pour les collectionneurs !

 

Au début de votre partenariat, vous avez produit les sorties physiques de titres déjà disponibles en téléchargement comme Up, The Black Hole (Le Trou Noir), 20,000 Leagues Under The Sea (20.000 Lieues sous les Mers) et Toy Story 3. Pour certaines de ces sorties, les contenus étaient identiques tandis que pour d’autres, ils furent retravaillés. Pourquoi ?

Up et Toy Story 3 ont été produits par les compositeurs eux-mêmes : c’est la sélection qu’ils voulaient pour le CD. Pour The Black Hole, le disque fut produit en 1979, aussi nous savions qu’il avait été destiné à un marché différent de celui d’aujourd’hui. Et bien sûr, il y avait tant de bonne musique qui n’était pas dans l’album d’origine que nous voulions vraiment voir cette édition rallongée. 20,000 Leagues Under The Sea est assez complet tel qu’ils l’ont fait avec ce qui était disponible. Nous encourageons toujours les expansions quand c’est possible.

 

Puis vous avez édité le score inédit d’un film d’animation Disney, The Black Cauldon (Taram et le Chaudron Magique) d’Elmer Bernstein. Est-ce que cette sortie signifie que Disney est encore plus confiant envers Intrada aujourd’hui ?

Je ne le crois pas, nous avons parlé de ce titre dès le début, avant même que la série co-brandée ait été évoquée. Nous voulions le faire et Randy le voulait aussi. Nous avons parlé des titres animés quand nous faisions Baby, Secret Of The Lost Legend. A l’époque, ils ne voulaient pas céder les droits des scores de films d’animation. Mais avec la série co-brandée, ils gardent le contrôle sur ces titres.

 

Il n’y a pas de chanson dans The Black Cauldron, mais la plupart des autres films d’animations en contiennent…

Qu’il y ait ou pas des chansons dans la bande-son n’est pas vraiment le problème. S’ils souhaitent sortir un titre, que ce titre ait déjà été édité avant ou non, alors tout est possible.

 

 

Avez-vous déjà évoqué avec Randy Thornton la possibilité de produire une compilation des musiques des parcs Disney ?

Oui. Oui, nous en avons parlé.

 

L’année dernière, un coffret portant sur la collaboration entre Tim Burton et Danny Elfman est sorti et contient la version longue de The Nightmare Before Christmas (L’Étrange Noël de M. Jack), édité par Walt Disney Records en 1993. L’existence de ce coffret empêche-t-elle la ressortie de ce score dans la collection Disney/Intrada ?

Ce n’est pas un titre dont nous avons discuté et il y a déjà un album qui est sorti, ce qui pourrait être problématique. Mais il y a tellement d’autres choses qui n’ont pas été exploitées que ce n’est pas une grande priorité pour le moment.

 

Le dernier épisode en date de votre relation avec Disney est la sortie du score d’Alan Silvestri pour The Avengers, aussi disponible en téléchargement mais dont le contenu est plus long sur le CD. C’est la première fois, depuis la création de la ligne co-brandée, qu’Intrada sort un titre contemporain…

Oui, et cela démontre encore leur attention sur le téléchargement plutôt que le support physique. Nous avons pensé que si nous facturions plus cher la sortie physique, nous avions vraiment besoin d’offrir un peu plus de contenu et Disney était favorable à cette idée.

 

Intrada a développé un lien particulier avec Silvestri : The Delta Force (Delta Force) et Judgment Night (Le Jugement de la Nuit), et bien sûr Back To The Future (Retour vers le Futur) qui est une des sorties les plus acclamés de l’année 2009. Puis vous avez édité Predator à deux reprises. Que pouvez-vous nous dire sur cette relation ?

Il est très facile de travailler avec lui et il est toujours très enthousiaste à l’idée de voir sa musique éditée. Souvent, nous assemblons l’album et lui envoyons pour approbation et il est en général très heureux de ce que nous faisons. Tout le crédit en revient à Doug Fake, bien sûr, qui est un musicien et un compositeur lui-même. C’est son sens musical qui le met vraiment un cran au dessus de qui que ce soit d’autre dans la production des albums et je pense que tous les compositeurs avec lesquels nous travaillons ont appris à apprécier et à faire confiance au jugement de Doug lors de l’assemblage d’un album, à moins d’un ajustement ici et là !

 

Pour Disney, Silvestri a aussi mis en musique Lilo & Stitch et A Christmas Carol (Le Drôle de Noël de Scrooge)… Le premier a bénéficié de 10 minutes sur le CD de l’époque et le second n’est disponible qu’en téléchargement. Allez-vous vous pencher sur ces deux scores ?

Je dirais que tout peut être discuté. C’est sur ??ma liste et je vais éventuellement demander à Randy. La liste est longue, mais tout est possible !

 

 

Once Upon A Time est le premier score de Mark Isham édité par Intrada. Comment avez-vous collaboré avec lui ?

ABC nous a contactés pour ce titre parce qu’ils aiment la façon dont nous avons produit les albums précédents avec eux. C’est dans notre série MAF, notre collection illimitée, parce que nous espérons avoir une couverture plus large car il s’agit d’une série TV avec un public plus vaste. Il devrait y avoir un intérêt plus grand que celui des acheteurs de nos sorties habituelles. Avec Isham, nous avons beaucoup parlé par téléphone et par e-mail. Il a fourni une feuille de route pour l’album et nous avons travaillé avec ces spécifications. Mark est très heureux de cette sortie.

 

Peut-on s’attendre à une version définitive, à partir des masters numériques conservés par Disney, de la partition rejetée de Georges Delerue pour Something Wicked This Way Comes ?

J’aimerais le faire ! Je vais m’en tenir à cette réponse !

 

Est-ce que Disney peut travailler avec d’autres labels ou avez-vous obtenu un partenariat exclusif ?

Nous sommes le seul label qui travaille avec Disney en ce moment. Mais les gens de chez Disney peuvent faire ce qu’ils veulent !

 

Quel est votre score favori parmi inédit des archives de Disney et que vous aimeriez éditer ?

Maintenant que The Journey Of Natty Gann (Natty Gann) et Something Wicked This Way Comes de Horner et The Black Chaudron de Bernstein sont sortis, je dirais que c’est Escape To Witch Mountain (La Montagne Ensorcelée) de Johnny Mandel. Ce score possède un formidable thème principal ! Bien sûr, je serais aussi ravi de voir sortir les scores de Broughton pour les parcs à thèmes. J’aimerais aussi beaucoup éditer Angels In The End Zone (Les Ailes de la Victoire) de Frédéric Talgorn, mais il y a probablement un marché très restreint pour ce titre, même dans notre marché de niche !

 

Intrada a célébré l’an dernier son premier quart de siècle. De votre point de vue, comment s’explique cette longévité ? Y a-t-il une formule qui explique ce succès et cette popularité ?

Je dirais que c’est une combinaison d’un certain nombre de choses : la qualité de nos produits, notre intégrité lorsqu’il s’agit de collaborer avec les détenteurs des droits, les éditeurs et les syndicats (je pense qu’ils prennent sincèrement plaisir à travailler avec nous), sans parler du fait que nous gardons le cap sur ??les aspects commerciaux en ajustant la stratégie aux évolutions du marché.

 

Intrada a déjà édité de nombreux titres issus des coffres du studio Universal. Mais la sortie récente de Charade d’Henry Mancini avec la mention «100ème anniversaire d’Universal» marque un tournant. Peut-on s’attendre à d’autres titres portant cette mention ?

Universal et Intrada le souhaitent ! Nous travaillons avec eux pour coïncider avec les sorties Blu-Ray du centenaire. La question des droits pose problème parce que de nombreux titres sont liés à des majors discographiques, ce qui ralentit notre progression. Mais pour tous les titres inédits, nous saisissons l’occasion. Les gens de chez Universal sont très désireux d’avoir une série d’albums pour célébrer ce centenaire.

 

 

Vous avez aussi édité un autre score de Mancini, Hatari!. Comme pour Charade, les versions disponibles étaient des réenregistrements. Comment expliquez-vous qu’il ait fallu attendre tout ce temps pour voir sortir ces pistes originales ?

Je pense que ça s’explique par le fait que pendant des années, les labels qui possédaient ces réenregistrements n’étaient pas intéressés. Pour Charade cela dit, ils nous ont beaucoup soutenus. Concernant Hatari!, cela ne fait que quelques années que le studio Paramount cède les droits sur les titres passés, ce qui constitue un changement majeur.

 

Bruce Broughton peut tirer son chapeau à Intrada, qui a édité une trentaine de CDs de son oeuvre. Que pouvez-vous dire sur cette longue et étroite collaboration ? Et pouvons-nous nous attendre à la sortie de Young Sherlock Holmes ?

Doug et moi sommes de grands fans de son travail. Nous avons tissé d’excellentes relations avec lui. Nous aimons éditer ses scores et lui aime voir son œuvre publiée. Et Young Sherlock Holmes (Le Secret de la Pyramide) sortira dès que nous le pourrons, peut-être cette année. Peut-être.

 

Comment expliquez-vous que les autres labels n’éditent que très peu l’œuvre de Broughton ?

Pour la plupart, je pense que les autres éditeurs nous voient comme le label de Broughton, alors ils l’évitent. À l’époque, FSM avait une exclusivité avec le catalogue Turner, il était donc logique pour eux de sortir The Ice Pirates et Logan’s Run, même si je crois que Doug a effectivement produit l’album Ice Pirates pour FSM.

 

Vous avez annoncé l’année dernière que vous alliez éditer la partition la plus célèbre de Basil Poledouris, Conan The Barbarian (Conan le Barbare) et sa suite, Conan The Destroyer (Conan le Destructeur). Que pouvez-vous nous dire à propos de ces deux sorties à venir ?

La rumeur disait que les masters de Conan The Barbarian étaient perdus depuis longtemps. Mais les éléments en 24 pistes étaient soigneusement rangés dans les coffres d’Universal ! Je suppose qu’en fait personne n’était allé les chercher. Pour Conan The Destroyer, les gens disent que Basil n’était pas satisfait de l’interprétation. Franchement, j’ai grandi avec ce score et l’interprétation ne m’a jamais vraiment frappé comme étant si mauvaise. C’est ce à quoi je suis habitué. Et soyons honnêtes, l’interprétation ne fait pas tout. Quand j’étais au lycée, je travaillais chez Tower Records (une chaîne de magasins de disques américaine – NDLR) dans le département de musique classique, et nous avions l’habitude d’écouter beaucoup d’albums. Mes collègues sont devenus fous parce que je jouais toujours cet enregistrement particulier des Planètes de Holst, interprété par un orchestre universitaire. Mes collègues m’ont demandé : «Pourquoi écoutes-tu cette interprétation merdique des Planètes alors qu’il existe des enregistrements professionnels ?» Et je répondrais : «Je sais qu’il y a des erreurs, mais ces gars-là y ont mis tellement de passion : qui se soucie des erreurs ?» (rires). C’est ça qui compte pour moi : la passion de l’interprétation, pas la perfection de la lecture. C’est presque exactement ce qui s’est passée lorsque nous enregistrions le combat avec les squelettes à la fin de Jason & The Argonauts (Jason et les Argonautes). C’est une pièce compliquée, et Bruce Broughton, qui dirigeait l’orchestre, est revenu dans la cabine après de nombreuses prises et a dit : «Nous l’avons. Mais alors que cette dernière version est techniquement parfaite, vous ne pouvez pas battre l’enthousiasme de la première prise.» Alors, devinez quelle version nous avons mis sur l’album ? Donc Conan The Destroyer comporte des erreurs d’interprétation ? Probablement. Est-ce que je m’en préoccupe ? Pas vraiment. Pour moi, cela constitue une écoute plaisante et cela reflète franchement l’esprit du film. Concernant Conan The Barbarian, le master est fini. Cela fait trois CD et c’est vraiment complet : tout y est, y compris les morceaux alternatifs et le programme de l’album original. Tout le matériel provient des masters 24 pistes qui n’ont jamais été entendus auparavant. Toutes les éditions précédentes provenaient des masters ¼ de pouce – et comme vous le savez, le film est en mono. Donc, il y a des détails dans la musique qui n’ont jamais été entendus auparavant, à moins d’avoir été présent pendant l’enregistrement ! Pour Conan The Destroyer, nous avons tous les éléments, mais nous n’avons pas encore commencé à les combiner pour le moment.

 

 

Avant d’être une édition Intrada, Robocop a été édité en CD, deux fois, par Varèse Sarabande. Pouvons-nous espérer qu’Intrada réédite aussi Starship Troopers, précédemment édité par Varèse Sarabande ?

Je ne le pense pas. Ce score a été publié dans les années 1990 par Varèse, et ils ont dû payer à l’époque une grosse somme d’argent au syndicat des musiciens. Donc, et ceci n’est que spéculation, je pense que Varèse a les droits à perpétuité. Je suppose (et j’aurais négocié le même accord si j’avais été eux) que, puisqu’ils ont payé d’énormes frais de réutilisation pour de nombreux albums dans les années 90, ils contrôlent ces albums des années 90 à perpétuité. Nous l’avons découvert avec Robocop 2 et Robocop 3. Je suppose que c’est le même cas avec Starship Troopers. Si ces scores doivent connaître des versions longues, alors cela viendra d’eux.

 

Après une interruption de treize ans, Intrada a relancé sa collection Excalibur, une prestigieuse série de réenregistrements, en 2007, avec Spellbound (La Maison du Dr. Edwardes) de Miklos Rozsa. Vous avez récemment annoncé la sortie prochaine, cet automne, d’un réenregistrement de The Red House (La Maison Rouge), toujours de Rozsa. Qu’est-ce qui vous a motivé pour un tel réenregistrement et pourquoi avez-vous choisi de l’annoncer avec six mois d’avance ?

Nous devons remercier Paul Talkington pour ce projet : il voulait le faire depuis très longtemps. Quand nous avons enregistré Spellbound, il a été notre associé et s’est beaucoup investi. Avant même la fin de l’enregistrement, il disait : «Maintenant nous devons faire The Red House – nous DEVONS faire The Red House…» Il voulait vraiment l’inclure dans le cadre de la Collection Excalibur. Nous l’avons annoncé plus tôt parce que c’était une façon de marquer le 105ème anniversaire de la naissance de Rozsa.

 

Après l’Angleterre et la Slovaquie, pourquoi avoir choisi l’Ecosse pour The Red House, avec Allan Wilson en tant que chef ?

Tout a été fait par Paul. Paul a supervisé le projet, il a obtenu le score reconstruit par Kevin Kaska, il a embauché l’orchestre, il a travaillé avec Alan, réservé la salle… C’est son projet du début à la fin.

 

Pour une même partition, qu’est-ce ce qui est plus cher : une réédition ou un réenregistrement ?

Les réenregistrements sont très coûteux et c’est pourquoi vous n’en verrez pas un si grand nombre. Il est très difficile d’en recouper les coûts.

 

Suite au succès inattendu d’Explorers en septembre 2011, vous avez décidé de ne plus numéroter les éditions limitées de vos sorties. Pouvez-vous nous résumer votre façon de penser à ce sujet ?

Nous étions frustrés quand un titre se vendait en un jour ou deux, voire quelques heures, parce que nous savions qu’il y avait des gens qui n’obtenaient pas leur exemplaire et qu’il y avait des gens qui avaient dû obtenir le leur sur eBay à des prix excessifs. Ce n’était pas bon pour nous, pas bon pour le marché et honnêtement, nous étions fatigués d’une stratégie de marketing construite autour de gens qui se sentaient poussés à acheter nos sorties. Donc, nous avons cessé de limiter les quantités et nos ventes sont plus ou moins équivalentes. Et les gens n’ont pas à rester debout jusqu’au milieu de la nuit pour voir ce que nous annonçons. Vous pouvez mieux dormir la nuit !

 

Les Français vous en remercient !

Maintenant vous pouvez vous réveiller, prendre votre café, vous connecter sur notre site et nos CD seront là pour vous ! Mais dans le même temps, nous ne voulons pas nous asseoir sur le coût de stockage des invendus. Autant nous ne voulons pas faire pression sur les gens au moment de la sortie, autant nous vous mettons en garde sur le fait que les titres ne seront pas là éternellement et que vous devez les commander avant qu’il ne soit trop tard.

 

 

Intrada a collaboré par le passé avec Lukas Kendall. Que pensez-vous de la disparition de Film Score Monthly ?

Lukas a voulu en sortir. Il y a de bons côtés dans la production et il y en a de mauvais : la paperasse, traiter avec des personnalités fortes – il y en a beaucoup. Je pense que Lukas était fatigué de tout ça. Cependant, il veut se maintenir dans le jeu, aussi il jouera toujours un rôle en nous aidant sur de nombreux projets.

 

De plus en plus de scores qui étaient autrefois très demandés ont été édités ou sont sur le point de l’être. Pensez-vous qu’il existe un risque de rupture sur le marché une fois que chacun aura complété sa liste de souhaits ? Comptez-vous sur un renouvellement des générations ?

Je pense que l’intérêt pour les bandes originales de films décroît lentement. Il y aura toujours de nouvelles personnes qui découvrent ces musiques, mais je ne pense pas que la musique de film aujourd’hui va motiver les gens à devenir collectionneurs.

 

Au-delà, quel serait le risque majeur, de votre point de vue, auquel aurait à faire face ce marché de niche ?

Manquer de titres à sortir ! Notre public est assez fidèle mais finalement nous pourrions être à court de choses à leur offrir !

 

La dernière fois que nous avons parlé, vous avez dit : «Ma pire expérience a généralement à voir avec les ayants-droit qui ne sont pas intéressés pour exploiter ce qui leur appartient. Obtenir les droits pour Slipstream d’Elmer Bernstein a tout simplement été impossible.» Comment avez-vous réagi lorsque le label Perseverance a publié Slipstream, avant d’en stopper la vente à cause de problèmes juridiques ? Ce retrait signifie-t-il qu’il pourrait y avoir une autre réédition ?

J’ai été très surpris quand ils l’ont sorti parce que j’avais été le témoin direct de la difficulté à négocier avec l’ayant-droit. Je me suis dit : «Ils ont franchi cet obstacle, c’est bon pour eux ! Je vais en acheter un exemplaire !» Espérons que Robin puisse résoudre ces petits problèmes et qu’il sera en mesure de le remettre sur le marché.

 

Vous aviez aussi déclaré : «The Salamander (La Salamandre), Volunteers, House Of Usher (La Chute de la Maison Usher) sont juste quelques-uns des titres que je voulais vraiment sortir, mais les masters sont introuvables.» House Of Usher a été édité depuis par Intrada. Avez-vous également fait des découvertes heureuses sur les masters de The Salamander de Goldsmith et Volunteers de Horner ?

Nous devons nous en assurer, mais nous avons peut-être trouvé les bandes pour Volunteers ! Nous devons d’abord les vérifier, et si ce sont en effet celles de Volunteers, nous allons travailler avec les ayant-droits pour éditer ce titre. Rien n’a été trouvé pour The Salamander. Je ne pense pas que nous les trouverons, et que ce score est définitivement perdu.

 

Que peut-on attendre d’Intrada pour le reste de l’année 2012 ?

Nous allons voir davantage de titres de chez Disney, de chez Warner Bros, certaines choses qui rendront les gens très heureux. Plusieurs volumes d’une autre série télévisée restent à venir.

 

Last but not least, John Williams fête ses 80 ans cette année. Peut-on s’attendre à un titre de Williams en 2012 pour célébrer cet heureux événement ?

Euh… non. Pas que je me souvienne. Il n’y a plus grand-chose de son œuvre à éditer, non plus !

 

 


Entretien réalisé les 4 mai & 25 juin 2012 par Olivier Soudé

Transcription & traduction : Olivier Soudé

Photographies : © DR

Remerciements à Roger Feigelson

Olivier Soude

Olivier Soude

Contributeur (2008-2018)
Jamais la conscience du rôle de la musique pour l’écran n’aurait jailli si tôt sans les repiquages (avec les bruits ambiants de la pièce !) de génériques de dessins animés et de génériques de fin de (télé)films dès le début des années 80. A force d’écouter en boucle, forcément, l’intérêt grandit. En 1984, quand sort Indiana Jones And The Temple Of Doom, c’est le choc musical! La K7 de la bande originale du film constitue la toute première pièce de sa collection. Ceci explique sans doute pourquoi pour lui, aujourd’hui encore, l’œuvre de John Williams reste inégalée. Au début des années 90, à la faculté d’Amiens, sa rencontre avec d’autres mordus de béos enracine définitivement sa passion et sa curiosité pour cet art particulier. En 1996, au Barbican Center de Londres, après un concert, il échange quelques mots avec John Williams. Peu de temps avant de débuter la carrière d’enseignant à laquelle il se destine, en 1998, il commence à participer au fanzine Dreams To Dreams. Il s’entretient alors avec certains des compositeurs anglo-saxons qui le fascinent. Sa rencontre à Lunéville en 1999 avec Michael Kamen restera le point culminant des années passées en tant que rédacteur de Dreams Magazine.
Olivier Soude