Michael V. Gerhard : au coeur de La-La Land
Interviews • Publié le 27/03/2010 par

 

 

Fin 2002, les amateurs de musique de film découvrent dans les bacs de leurs disquaires (il en existait encore à l’époque…) ou sur internet (ça existait déjà !) les premiers titres d’un tout nouveau, tout petit éditeur : La-La Land Records. D’abord essentiellement cantonné dans l’édition ou la réédition de partitions-phare du cinéma d’horreur (Re-Animator, From Beyond, Creepshow ou encore le très remarqué score de Christopher Lennertz pour Saint Sinner), le petit label a progressivement pris de l’ampleur et acquis une place bien méritée auprès des grands noms du milieu que sont Varèse Sarabande, Film Score Monthly et Intrada.


Mais c’est en 2009 que La-La Land a définitivement assuré sa place au panthéon des labels spécialisés en accédant aux archives de Paramount Pictures, pourtant réputées inviolables depuis des décennies. La sortie d’Airplane! (Y-a-t’il un Pilote dans l’Avion ?) d’Elmer Bernstein ouvrira ainsi une brèche dans laquelle vont s’engouffrer également tous leurs concurrents, offrant aux amateurs une quantité de partitions espérées en vain depuis des lustres. La-La Land se taillera d’ailleurs aussi sa part du gâteau en éditant des titres réputés, issus ou non du catalogue Paramount, tels qu’Innerspace (L’Aventure Intérieure), I.Q. (L’Amour en Equation) et Seconds (L’Opération Diabolique), tous trois de Jerry Goldsmith, Nate & Hayes (Les Pirates de l’Île Sauvage) de Trevor Jones, les intégrales de The Fugitive (Le Fugitif) de James Newton Howard et du Mars Attacks! de Danny Elfman, ou encore, très récemment, le Dragonslayer (Le Dragon du Lac de Feu) d’Alex North. Co-fondateur de ce label dynamique et désormais indispensable, Michael V. Gerhard a répondu avec franchise et enthousiasme aux questions d’UnderScores.

 

IL ÉTAIT UNE FOIS…


 

Quel est votre parcours ?

Je suis né à Burbank en Californie… J’ai fait toute ma scolarité là-bas et j’y travaille aujourd’hui. Bien qu’aucun de mes parents n’ait été dans le « business », j’ai toujours su que j’étais fait pour ça. Ecrire et mettre en scène sont mes vraies passions, mais puisque cela n’a pas réussi, j’ai tourné mon attention vers mon autre amour : la musique de film.

 

Quel a été le tout premier score que vous ayez remarqué ?

Raiders Of The Lost Ark (Les Aventuriers de l’Arche Perdue). J’avais quatre ans et demi et mon oncle nous a emmenés, ma sœur et moi, voir ce film au cinéma La Reina dans le quartier de Sherman Oaks à Los Angeles. Je me revois très nettement regarder la scène de la poursuite en camion et avoir mon premier orgasme cinématographique. L’action, la mise en scène, les cascades et cette musique. Mon Dieu, cette musique ! Ce sont neuf minutes de perfection musicale couplées à la plus incroyable scène d’action jamais filmée. Ce qui est triste, c’est que ce cinéma est devenu un centre de remise en forme, bien qu’ils aient conservé l’appellation La Reina. Un de mes rêves chimériques est un jour d’avoir assez d’argent pour racheter le bâtiment et le rénover conformément à mes souvenirs d’enfance. Et je projetterai Raiders Of The Lost Ark chaque week-end!

 

LA-LA LAND RECORDS


 

Pourquoi avez-vous décidé de créer votre propre maison de disques ? Comment partagez-vous les responsabilités avec votre associé Matt Verboys ?

Les opérations quotidiennes, les choix globaux de production et les stratégies de négociation sont partagés à 50 %. Matt a plus particulièrement en charge les questions de distribution et la plupart des validations graphiques ainsi que les questions de droits d’auteur tandis que je prends en main le projet, la rédaction des contrats, les finances et les tâches liées à la production des albums (quand je produis moi-même le projet). Quand nous avons fondé notre entreprise en octobre 2002, nous avions un objectif sur cinq ans : nous développer, nous développer, nous développer ! La première année, nous avons produit trois titres. Chaque année qui a suivi, nous avons produit entre dix et quinze disques. En 2009, nous avons cassé ce moule et produit vingt-neuf disques. En 2010, nous espérons en sortir cinquante ! Nous avons l’opportunité extraordinaire d’avoir vu s’ouvrir à nous toutes ces portes au cours de ces dernières années. Un grand nombre de studios réalise qu’il leur est préférable de laisser des entreprises comme la nôtre produire leurs vieux titres plutôt que ceux-ci ne prennent la poussière. De plus, l’avènement de la technologie digitale rend ces projets plus abordables pour nous et cela permet aux studios de disposer d’un master digital pour le téléchargement sur iTunes et autres plates-formes digitales.

 

Quelles sont les circonstances qui ont entouré les débuts de La-La Land Records ?

A cette époque, Matt travaillait pour une petite compagnie de production appelée Numenorean. Il m’a demandé de rencontrer les messieurs qui possédaient cette compagnie et de parler avec eux de la possibilité de créer une branche dédiée à l’édition discographique. Etant eux-mêmes de grands fans de musique de film, ils ont sauté sur l’opportunité. Après avoir travaillé avec eux pendant quelques mois, Matt et moi avons quitté Numenorean et décidé de nous lancer nous-mêmes dans le business. Nous avions deux autres associés quand nous avons commencé… Tous deux nous ont quitté rapidement à cause des difficultés financières (Matt et moi étions célibataires et eux étaient mariés avec des enfants à charge : ils avaient plus de bouches à nourrir que nous). Un autre associé nous a quitté assez tôt, mais Paul Luebbers, quelqu’un de vraiment bien (et dont le nom apparaît sur quelques uns de nos premiers albums) est resté pendant un an et demi.

 

Pouvez-vous nous expliquer les raisons du choix du nom de votre compagnie ?

Ce qui est drôle, c’est que ce n’était pas notre premier choix. A l’origine, nous avions choisi « Hollywoodland Records ». Mais, après avoir effectué quelques recherches, nous avons découvert que les gens d’Universal avaient déposé cette marque, ou du moins étaient en train d’essayer de la déposer, le nom «Hollywoodland » devant devenir celui d’un parc d’attractions. Ainsi, nous avons dû rapidement trouver un autre nom et cela nous est tombé dessus comme la foudre, Matt le premier : La-La Land Records ! Nous l’adorions et le meilleur, c’était que le nom n’était pris par personne ! (La-La Land est un surnom de Los Angeles – NDLR).

 

Quelle est la taille de votre entreprise maintenant ? Combien d’employés ?

Pour le quotidien, nous assurons à deux : Matt et moi-même. Cependant, nous avons l’aide de quelqu’un quand les opérations d’emballage et d’expédition deviennent critiques… Parfois c’est davantage de gens (comme ce fut le cas à Noël). Nous avons quatre producteurs, deux directeurs artistiques, un publicitaire, un publiciste, un avocat, un comptable, un expert comptable, trois ingénieurs formidables et environ une demi-douzaine de brillants rédacteurs tapant comme des malades sur leur clavier pour nos notes de livret. En tout, je crois qu’on peut dire que ce sont environ 25 personnes qui travaillent occasionnellement pour nous.

 

Décrivez-nous précisément votre travail.

Producteur musical, avocat, secrétaire, employé chargé du courrier, publicitaire, pompier, policier, étudiant, enseignant, comptable et pour finir punching ball ! Je fais tout, sauf le mastering des CD. Je laisse ça à des gars comme James Nelson ou Mike Matessino. Ils sont simplement les meilleurs.

 

La-La Land produit des éditions limitées et des éditions régulières. Comment déterminez-vous que tel titre sera ou non limité ?

Le marché l’impose la plupart du temps. Des nouveautés liées aux films en salle et aux séries télévisées en cours sont distribués dans le commerce et, à 90 % du temps, ne sont pas limitées. Les titres plus anciens sont limités car, honnêtement, le marché pour ces titres est infime, moins de 1% du marché global de la musique.

 

La-La Land est maintenant connu comme le premier label à avoir percé les coffres du studio Paramount. Comment avez-vous fait ?

Nous devons remercier Dan Goldwasser pour ça. Dan a toujours voulu produire des bandes originales de film depuis que je le connais. Je lui ai toujours dit que s’il m’apportait un projet, je le laisserai le produire. Donc, un jour, il m’a apporté Paramount… C’était une chance inouïe. Il travaillait dessus depuis un moment. Il a réussit à attirer l’attention de Randy Spendlove  (Directeur Musical pour Paramount Pictures – NDLR) et lui a mis en tête de laisser une entreprise comme La-La Land accéder aux coffres et produire certaines raretés. Nous avons eu une réunion avec Mr. Spendlove au cours de laquelle nous lui avons montré nos produits et discuté de ce que nous voulions faire avec la musique de la Paramount et il a été d’accord… C’était stupéfiant ! Il était comme un génie accédant à notre souhait !

 

Que représentait pour vous le score d’Elmer Bernstein pour Airplane!, et pourquoi avoir choisi ce titre Paramount en premier ?

Pour être honnête, c’est le premier titre sur notre liste de vœux que Paramount nous a accordé. Et ce fut une bonne chose car le score et le film étaient chers à nos cœurs. Dan, Matt et moi sommes des enfants des années quatre-vingts et nous avons regardé des films comme Airplane! une centaine de fois. Ça nous a toujours mis en colère de constater que ce score à ce point parfait d’Elmer Bernstein n’avait jamais été édité, aussi nous voulions faire quelque chose pour remédier à ça. En plus, ça nous a donné l’opportunité de rencontrer les ZAZ et le producteur Jon Davison, de discuter du film avec eux et de la façon de travailler avec Elmer. Pour le dire autrement, nous avons recréé la scène dans Wayne’s World avec Alice Cooper : «Nous ne sommes pas dignes !  Nous ne sommes pas dignes !»

 

Dans un premier temps, vous avez édité des musiques de jeux vidéo, puis vous avez arrêté. Pourquoi ?

Nous avons eu des succès assez honorables en la matière, mais une fois que le label Sumthing Else a émergé, nous avons décidé de recentrer notre énergie sur des projets de scores de cinéma et de télévision.

 

En 2009, La-La Land a sorti son plus grand nombre de CD, avec vingt-neuf albums produits… Cela a donc été une très bonne année commerciale ?

La meilleure année de notre histoire. Nous avons vu le volume des ventes atteindre les sommets que nous avions toujours visés. Un vrai boom, et considérant l’état actuel de l’économie, ce fut une vraie surprise. Nous sommes reconnaissants envers nos clients et nous espérons continuer à leur proposer des produits du niveau de ceux auxquels nous les avons habitués.

 

2009 a vraiment été une année charnière pour votre label. Au-delà de l’accès aux coffres de la Paramount, vous avez conclu un autre accord avec le label Atlantic Records, ce qui vous a permis de ressortir des titres populaires comme Mars Attacks! et The Fugitive

Nous étions présents à une convention du magazine Fangoria en 2008 et ce charmant monsieur qui travaille pour Rhino vient à notre table et nous demande si nous serions intéressés par la possibilité de rééditer des titres épuisés du catalogue WEA. Avant que vous ayez le temps de dire « Ack ! Ack ! », nous avions déjà sauté sur l’opportunité. Cela s’est avéré une expérience pleine d’enrichissement qui a abouti à quelques sorties formidables ! L’année 2010 verra poindre plusieurs titres de notre Expanded Archival Collection, certaines issues du catalogue WEA et d’autres de Sony BMG.

 

La-La Land Records a réussi l’exploit d’éditer le score de Innerspace, l’un des scores de Jerry Goldsmith les plus réclamés. Vous avez réussi à négocier avec le label Geffen Records ?

Geffen n’a rien à voir là dedans. Les droits liés au score sont revenus au studio Warner et c’est d’eux que nous les avons obtenus.

 

Vous venez juste d’annoncer la ressortie de Dragonslayer d’Alex North…

Dragonslayer était aussi sur notre liste de vœux Paramount, mais les éléments étaient manquants. Jusqu’à ce que nous amis d’Intrada interviennent. Doug Fake m’a conseillé de contacter Nick Redman à la Fox et de voir si ces éléments manquants n’étaient pas présents dans la donation de Len Engel. Par chance, ils y étaient ! Donc nous devons remercier trois personnes déterminantes pour cette ressortie : Douglass Fake, Nick Redman et le défunt Len Engel.

 

Qu’attendre de La-La Land en 2010 ?

Beaucoup de projets enthousiasmants vont sortir au cours de l’année, des scores de Jerry Goldsmith, Michael Kamen, Danny Elfman, Les Baxter et John Williams. Sans oublier d’autres merveilleux compositeurs…

 

Quelles relations entretenez-vous avec les autres labels ? Etes-vous au courant de leurs projets ?

Pas vraiment. De temps en temps je parle avec Lukas (Kendall) de FSM et avec Roger (Feigelson) d’Intrada, mais dans l’ensemble nous nous occupons de nos petites affaires chacun de notre côté, en espérant que nos dates de sorties ne coïncident pas les unes avec les autres. Nous sommes tous des fans de musique de film, aussi sommes nous tous impatients quant aux sorties des autres labels lorsqu’elles se dévoilent.

 

SECRETS DE PRODUCTION


 

Quels sont vos critères pour sélectionner les scores que vous décidez de produire ? Est-ce que vous pesez l’aspect financier et le côté artistique avant de lancer la production ?

Cela dépend des projets. Dans la majorité des cas, nous nous posons cette question : « Est-ce que je paierais $20 pour ça ? » Au-delà, il y a tout les facteurs financiers et de distribution que Matt et moi-même considérons à chaque fois. Au final, il faut que ces titres se vendent.

 

Comment faites-vous pour construire des relations avec les studios et les ayant-droit ?

En étant honnêtes, amicaux et, franchement, en ne les emmerdant pas.

 

D’un point de vue général, comment réagissent les compositeurs quand vous décidez de produire l’édition d’un de leurs scores ? Sont-ils coopératifs ?

De temps en temps, vous tombez sur un compositeur, comme Trevor Jones, qui n’aime tout simplement pas que sa musique soit distribuée par quelqu’un d’autre que lui-même, sous son propre label. Le problème avec cette attitude, c’est que, comme dans ce cas précis, il ne produit ses scores que rarement ! Mais c’est un cas isolé. Nous avons habituellement d’excellents rapports avec les compositeurs avec lesquels nous travaillons, qu’il s’agisse de vétérans ou de novices. Nous faisons grand cas de leur talent, accueillons leur point de vue créatif et souvent nous les laissons participer le plus possible à la production de l’album, sur la façon dont leur score est représenté, s’ils le souhaitent.

 

A partir du moment où vous lancez la production d’un album, comment cela se passe pour obtenir les droits, rechercher les masters, la remasterisation éventuelle, la pochette, les notes du livret… ?

Cela dépend du projet. La méthode est à chaque fois différente. Il n’y a pas de mode d’emploi qui s’applique. Je crois que c’est l’une des raisons qui font que j’adore ce que je fais : il n’y a jamais de moment ennuyeux.

 

Quand vous n’éditez pas le score complet, comment décidez-vous de ce qui va apparaitre sur le CD ?

Je les écoute. Je passe en revue le score dans le film et je regarde quels sont les morceaux qui sont importants. Si l’on doit faire des coupes, je m’en occupe. Comme sur Mars Attacks !, parce que j’avais le sentiment que ça ne valait pas le coup de mettre quelques minutes sur un deuxième CD. Et puis il y a des cas où vous avez l’obligation de respecter le montage du compositeur pour l’album d’origine.

 

Que se passe-t-il quand un autre label veut sortir le même titre que vous ?

C’est toujours une question d’argent à Hollywood… Le studio donnera les droits au plus offrant. La plupart du temps nous perdons l’enchère. Parfois, nous sommes chanceux, par exemple pour la mini-série Battlestar Galactica. Varèse Sarabande et La-La Land avions tous deux demandé les droits à peu près au même moment. Nous avons également tous deux demandé les droits pour le score de la minisérie Traffic. Par pur hasard, nous avons obtenu BSG. Le reste, comme on dit, est entré dans l’histoire.

 

Assistez-vous aux sessions d’enregistrement ?

J’adore y aller quand on m’y invite. Je ne décline jamais l’invitation. C’est vraiment très amusant d’être témoin de la naissance de la magie.

 

Vous êtes-vous cassé les dents sur certains projets ?

Les trois plus gros échecs sont Bubba Ho-Tep, The Hurt Locker (Démineurs) et Excalibur. Dans le cas du score de Bubba Ho-Tep, nous avons dégainé un peu trop vite, on en a fait la pub et le master du CD était fait suite à l’accord verbal conclu avec les ayant-droits. Malheureusement, comme ça arrive parfois avec les productions indépendantes, il y a eu un problème avec l’un d’eux à la dernière minute avant de finaliser le contrat et le projet est tombé à l’eau. On en est ressorti avec un master sur les bras et un trou dans notre catalogue (LLLCD 1010). Mais au moins j’ai toujours le master du CD et les notes du livret pour ma collection privée! Pour The Hurt Locker, nous étions à quelques heures de l’étape du mastering mais la compagnie de production a décidé d’attendre et de sortir éventuellement eux-mêmes le score. Des mois plus tard, il s’est avéré que le label Lakeshore Records allait le sortir. C’est la vie ! (NDT : en français). Enfin, pour Excalibur, tout était prêt, et j’avais le droit légal de le faire mais Trevor Jones ne voulait pas qu’un autre label s’en occupe car, encore une fois, il était supposé vouloir sortir ce score sous son propre label, bien qu’il ne l’ait toujours pas produit ni distribué depuis…

 

A ce point de votre carrière, quel est votre meilleur souvenir, et votre pire ?

Nous avons eu quelques succès phénoménaux avec Battlestar Galactica et une grande quantité d’éditions limitées. C’est toujours bon de faire un carton, comme avec Innerspace. Et puis des fois… vous ne récoltez même pas de quoi remplir votre assiette. Prenons le cas précis de Kiss Kiss Bang Bang : à ce jour, je pense que c’est l’un des meilleurs scores de John Ottman et l’un des films les plus sous-estimés de ces dix dernières années.

 

Des 116 albums produits entre 2002 et décembre 2009, quel est celui dont vous êtres le plus fier ?

Ce sont tous mes bébés et je les aime tous de la même façon, mais si je devais en retenir un dont je suis particulièrement fier, ce serait Batman: The Animated Series. C’était un rêve et j’espère pouvoir produire d’autres tomes un jour.

 

MV ET LA MUSIQUE DE FILM


 

Au-delà de vos activités, qui est votre compositeur favori ?

John Williams est Dieu. J’adore Jerry Goldsmith, mais la musique de Williams a empli mon enfance de merveilleux souvenirs. J’aime aussi Ennio Morricone, Bernard Herrmann, Franz Waxman, Danny Elfman et James Horner. Alan Silvestri, Michael Kamen et Hans Zimmer également.

 

Quels sont vos graals ?

Parallèlement à plus de Batman, j’adorerais voir sortir The Car (Enfer Mécanique) de Leonard Rosenman un de ces jours. Un complet d’Independence Day serait renversant de même qu’un complet Spartacus. J’ai le sentiment que nous verrons ces trois-là édités cette année.

 

Selon vous, qu’est ce qui fait un bon score ou un mauvais score ?

Je procède au test ultime… Je vois si je peux siffler l’air après une ou deux écoutes. Je sais, c’est basique mais ça marche. Et pour un mauvais score, prenez n’importe quoi de Cat Stevens !

 

Quel est le dernier score que vous avez entendu et qui vous a plu ?

Sherlock Holmes. Le score de Zimmer m’a beaucoup plu.

 

Que pensez-vous de l’état de la musique de film actuelle ?

J’estime que nous sommes dans une impasse avec la musique actuelle. Tandis qu’il y a de fantastiques musiques produites actuellement, j’ai le sentiment qu’il n’y a pas assez de « création ». Les cadres et les producteurs doivent laisser les compositeurs évoluer et les laisser travailler leur magie et non les forcer à épouser les musiques temporaires ou des idées saugrenues. Vous embauchez un compositeur pour écrire de la musique pour vous, alors laisser le faire son boulot !

 

Enfin, quelle est votre opinion sur ce marché spécifique ? Quel est son futur selon vous ?

Les CD deviennent des antiquités, même si nous avons encore quelques belles années devant nous. La vidéo a peut être tué la radio, mais iTunes aura signifié la mort du disque. Steve Jobs peut aller se faire voir ! Sérieusement, tout va dépendre du public de ce marché de niche et comment va-t-il ou non continuer à revendiquer son attachement pour le support physique et les connexions émotionnelles qui vont avec. Avec les studios qui ont la mainmise sur les droits digitaux de la majorité de leurs propriétés, c’est un vrai défi pour un label indépendant consacré aux bandes originales de films…

 

 

 


Entretien réalisé en janvier 2010 par Olivier Soudé.

Transcription & traduction : Olivier Soudé.

Photographies : © MV Gerhard / La-La Land Records.

Olivier Soude

Olivier Soude

Contributeur (2008-2018)
Jamais la conscience du rôle de la musique pour l’écran n’aurait jailli si tôt sans les repiquages (avec les bruits ambiants de la pièce !) de génériques de dessins animés et de génériques de fin de (télé)films dès le début des années 80. A force d’écouter en boucle, forcément, l’intérêt grandit. En 1984, quand sort Indiana Jones And The Temple Of Doom, c’est le choc musical! La K7 de la bande originale du film constitue la toute première pièce de sa collection. Ceci explique sans doute pourquoi pour lui, aujourd’hui encore, l’œuvre de John Williams reste inégalée. Au début des années 90, à la faculté d’Amiens, sa rencontre avec d’autres mordus de béos enracine définitivement sa passion et sa curiosité pour cet art particulier. En 1996, au Barbican Center de Londres, après un concert, il échange quelques mots avec John Williams. Peu de temps avant de débuter la carrière d’enseignant à laquelle il se destine, en 1998, il commence à participer au fanzine Dreams To Dreams. Il s’entretient alors avec certains des compositeurs anglo-saxons qui le fascinent. Sa rencontre à Lunéville en 1999 avec Michael Kamen restera le point culminant des années passées en tant que rédacteur de Dreams Magazine.
Olivier Soude