Portrait de Michael Kamen

55

Portraits • Publié le 21/11/2013 par

Par un cruel hasard, ou une curieuse coïncidence, 55 est peu ou prou le nombre de scores écrits par Michael Kamen pour le cinéma et la télévision, et l’âge du compositeur au moment de son décès.

 

Au-delà de l’émotion profonde et sincère ressentie depuis le 18 novembre 2003, il y a la rage de se dire qu’à 55 ans, avec des monuments comme sa symphonie A New Moon In The Old Moon’s Arms, Band Of Brothers et Open Range, Kamen avait encore tellement à offrir.

 

Il était un géant. Toute son œuvre reflète à la fois un talent insolent et une personnalité simple, incroyablement généreuse. Un cocktail  qui a fait de lui un artiste absolument incontestable. Et si les autres géants du métier avaient disparu à 55 ans ? Goldsmith se serait tût en 1984. Williams, en 1987, Bernstein en 1977… Est-il possible d’imaginer notre passion sans les airs issus de Legend, Total Recall ou encore Basic Instinct, sans les mélodies incroyables de Jurassic Park, Schindler’s List et des trois premiers Harry Potter ? Sans la malice jouissive d’Airplane! et Ghostbusters, sans la gravité de The Age Of Innocence et Far From Heaven ? Impensable d’imaginer notre univers musical sans toutes ces pierres angulaires de la musique de film.

 

Même si l’on peut se réjouir aujourd’hui de la vague récente de rééditions dédiées à l’œuvre de Kamen (de Back To Gaya à la trilogie originale des Die Hard en passant par Road House, Renegades, Crusoe et Mona Lisa), il réside, au-delà de ces célébrations toujours appréciées, le sentiment d’une injustice profonde quant à son œuvre inachevée.

 

Tout ce que Kamen nous avait offert, tout ce qu’il offrait (il postait sur le forum de son site internet la veille de son décès et avait trois scores sur le feu) et tout ce qu’il avait encore à offrir a sans doute été le mieux exprimé par l’immense émotion d’Annie Lennox, amie très chère de Kamen, venue récupérer l’Oscar de la meilleure chanson pour Into The West (The Lord Of The Rings : The Return Of The King) en février 2004. Une chanson qui évoque, sans la nommer, la mort. Celle de Frodo, à jamais malade d’avoir été le porteur de l’Anneau. Celle de Kamen, tout autant, ce soir là à Los Angeles et dans nos cœurs… Annie Lennox dédiait alors, en larmes, son interprétation de la chanson avec ses quelques mots simples : « À ma mère décédée l’an dernier et à mon très cher ami Michael Kamen. Ils me manquent tellement ».

 

Olivier Soude

Olivier Soude

Contributeur
Jamais la conscience du rôle de la musique pour l’écran n’aurait jailli si tôt sans les repiquages (avec les bruits ambiants de la pièce !) de génériques de dessins animés et de génériques de fin de (télé)films dès le début des années 80. A force d’écouter en boucle, forcément, l’intérêt grandit. En 1984, quand sort Indiana Jones And The Temple Of Doom, c’est le choc musical! La K7 de la bande originale du film constitue la toute première pièce de sa collection. Ceci explique sans doute pourquoi pour lui, aujourd’hui encore, l’œuvre de John Williams reste inégalée. Au début des années 90, à la faculté d’Amiens, sa rencontre avec d’autres mordus de béos enracine définitivement sa passion et sa curiosité pour cet art particulier. En 1996, au Barbican Center de Londres, après un concert, il échange quelques mots avec John Williams. Peu de temps avant de débuter la carrière d’enseignant à laquelle il se destine, en 1998, il commence à participer au fanzine Dreams To Dreams. Il s’entretient alors avec certains des compositeurs anglo-saxons qui le fascinent. Sa rencontre à Lunéville en 1999 avec Michael Kamen restera le point culminant des années passées en tant que rédacteur de Dreams Magazine. Olivier Soudé participe à UnderScores depuis 2008.
Olivier Soude
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