Young Sherlock Holmes (Bruce Broughton)

Élémentaire, mon cher Broughton

Disques • Publié le 16/07/2019 par

Young Sherlock HolmesYOUNG SHERLOCK HOLMES (1985)
LE SECRET DE LA PYRAMIDE
Compositeur :
Bruce Broughton
Durée : 154:51 | 47 pistes
Éditeur : Intrada

 

5 Stars

Après avoir passé plusieurs années à œuvrer pour la télévision, le compositeur américain Bruce Broughton est propulsé sur le devant de la scène en 1985 avec Silverado, qui sera nominé à l’Oscar de la meilleure musique. Le compositeur enchaîne avec Young Sherlock Holmes, pour lequel il ne dispose que de quatre semaines et demi pour écrire le score. Emballé par le film, qui enchaîne les scènes à un rythme soutenu, Broughton délivre un score majeur, extrêmement construit, reposant sur une thématique riche qui reflète à la fois la période, l’enthousiasme des jeunes personnages et la complexité de l’enquête. Interprété avec panache par le Sinfonia of London et enregistré aux mythiques studios d’Abbey Road, Young Sherlock Holmes connait, plus de trois décennies après sa sortie, une seconde édition officielle, à nouveau chez Intrada.

 

Pour situer la période historique du film, Broughton, par ses choix de composition et de couleurs orchestrales, recrée une ambiance à la Elgar qui évoque parfaitement le règne de la reine Victoria. Afin de coller aux scènes d’hallucination, il propose également des passages atonals dérivés de l’orientalisme russe du XIXème siècle, mais aussi de Lutoslawski, Penderecki, Henze ou encore Stravinski. Comme les couleurs orchestrales de ces sections atonales sont les mêmes que celles des passages tonals, le score bénéficie d’une réelle homogénéité, en dépit de toutes ces influences.

 

Young Sherlock & Young Watson

 

Young Sherlock Holmes s’ouvre sur deux thèmes, présentés successivement dans le Main Title. Le premier, exposé par le picolo, est lié à l’enquête. Le second, une marche lumineuse, intervient dès qu’il est question d’aventure. Ces deux thèmes constituent les fondements du score et sont utilisés de manière récurrente et sous toutes sortes de variations de tempi et d’orchestration. Le personnage d’Elisabeth permet l’apparition d’un thème d’amour très tendre. Bien que coupé finalement au montage, l’originalité du personnage d’Elisabeth, qui était davantage impliquée, reposait sur le fait que c’est d’elle que Holmes tire l’origine de son célèbre raisonnement hypothético-déductif. Voilà pourquoi le thème d’amour est dérivé du thème de Holmes. La proximité mélodique des deux thèmes lie les deux jeunes gens, tels des âmes-sœurs, dès la première apparition d’Elisabeth dans le film. L’oncle d’Elisabeth, l’excentrique inventeur Waxflatter, bénéficie lui aussi d’un thème, un peu bizarre, tout à fait approprié à sa personnalité. Mais Broughton n’en fait pas un thème comique pour autant, et le décline d’ailleurs d’une façon sinistre lorsque le vieil homme meurt et lorsqu’Elisabeth a une hallucination macabre le concernant plus tard dans le film.

 

La secte égyptienne possède un thème dérivé de O Fortuna, le célèbre passage choral du Carmina Burana de Carl Orff. Lors de la confrontation finale entre Holmes et le professeur Rathe, qui s’avère être derrière tous les méfaits de la secte, Broughton construit la musique de la scène sur un motif de neuf notes et sur ses variations, avec le thème de Holmes inséré aux moments appropriés. L’écriture évoque parfaitement le duel à l’arme blanche que se livrent Holmes et son ennemi juré, dont on ne découvrira la réelle identité qu’après le générique de fin.

 

Holmes & Watson prennent leur envol

 

La nouveauté la plus notable de cette réédition, très attendue après l’édition de 2014, c’est que les mixages originaux de l’ingénieur du son Eric Tomlinson ont été retrouvés et présentent le score tel qu’il était mixé dans le film, plus dense. Tomlinson, décédé en 2015, est une légende du métier. Modeste, il fut pourtant la cheville-ouvrière de plus de cent musiques de films dont la liste donne le tournis : Goldfinger, The Man Who Would Be King (L’Homme qui voulut être Roi), la première trilogie Star Wars, Alien, Dark Crystal, Ladyhawke, Flesh + Blood (La Chair et le Sang), Robocop, le Batman d’Elfman… On se rappelle qu’en 2014, Douglass Fake et Bruce Broughton étaient repartis des bandes multipistes pour créer le double album, aboutissant à un nouveau mixage plus timide mais d’une grande clarté, avec pour résultat certaines différences de rendu, notamment dans deux pistes majeures, Rame Tep et Waxing Elisabeth : les chœurs et les cuivres (notamment le tuba) qui saturent presque dans le mixage du film paraissaient plus éloignés tandis que les cordes et les bois étaient davantage mis en avant. On retrouve enfin dans cette réédition la puissance primale qui, dans le film, transcendait ces deux séquences.

 

Une demi-heure de bonus, elle aussi mixée par Tomlinson,  est présentée sur le troisième disque. On y découvre la version finale du générique du début, une version alternative du combat final entre Eh Tar et Holmes, deux musiques de source, la version sans les chœurs de Waxing Elisabeth et les chœurs seuls de Rame Tep (et non de Waxing Elisabeth comme l’indique – toujours –  à tort le tracklisting). Enfin, le master d’origine (mixé par Dan Wallin) de l’excellent 33 tours d’époque, d’une durée de 36 minutes et inédit jusqu’ici au format CD, complète ce troisième disque. Alors, faut-il se procurer d’urgence cette nouvelle version ? Élémentaire, mon cher Watson !

 

Waxing Elizabeth

Olivier Soude

Olivier Soude

Contributeur (2008-2018)
Jamais la conscience du rôle de la musique pour l’écran n’aurait jailli si tôt sans les repiquages (avec les bruits ambiants de la pièce !) de génériques de dessins animés et de génériques de fin de (télé)films dès le début des années 80. A force d’écouter en boucle, forcément, l’intérêt grandit. En 1984, quand sort Indiana Jones And The Temple Of Doom, c’est le choc musical! La K7 de la bande originale du film constitue la toute première pièce de sa collection. Ceci explique sans doute pourquoi pour lui, aujourd’hui encore, l’œuvre de John Williams reste inégalée. Au début des années 90, à la faculté d’Amiens, sa rencontre avec d’autres mordus de béos enracine définitivement sa passion et sa curiosité pour cet art particulier. En 1996, au Barbican Center de Londres, après un concert, il échange quelques mots avec John Williams. Peu de temps avant de débuter la carrière d’enseignant à laquelle il se destine, en 1998, il commence à participer au fanzine Dreams To Dreams. Il s’entretient alors avec certains des compositeurs anglo-saxons qui le fascinent. Sa rencontre à Lunéville en 1999 avec Michael Kamen restera le point culminant des années passées en tant que rédacteur de Dreams Magazine.
Olivier Soude