Le Jour et la Nuit (Maurice Jarre)

Autopsie d'un Massacre

Disques • Publié le 19/07/2019 par

Le Jour et la NuitLE JOUR ET LA NUIT (1997)
Compositeur : Maurice Jarre
Durée : 34:10 | 8 pistes
Éditeur : East West Records

 

 

3 Stars

 

Un drame romanesque de Bernard-Henri Levy avec Alain Delon, Lauren Bacall, Arielle Dombasle… Un écrivain vieillissant s’est retiré au Mexique dans une hacienda délabrée où il vit avec ses proches et des invités. Le film, inepte, aux personnages creux, cumule les situations pompeuses ou grotesques sous une mise en scène ampoulée, seulement servie par la beauté des paysages et de la musique. Gorgée de soleil, la charnière mélodique au lyrisme ample et généreux est une splendeur. On peut s’imaginer alangui sur une plage déserte, et soudain des bribes de mémoire reviennent, colorées, dansantes, qui tournoient sous le palmiers. Mieux encore, la puissance d’expression de l’artiste impose sa vision à l’orchestre, ce qui donne à cette œuvre gracile et galante une dimension véritablement brûlante. Avec ses bouffées variées, ses impressions éblouies, ses images sonores bariolées, son aspect de bal aux orchestres emmêlés, cette composition est une sorte de best of dans lequel on retrouve ce qui fait l’originalité de Jarre, son côté dandy, sa jubilation évidente à retrouver le charme de ses grandes réussites passées. L’univers du compositeur, fait d’ombres et de secrets, de paysages voilés et de soudains jaillissements, de lumières infiniment changeantes, est parfaitement approprié aux intentions de l’écrivain-réalisateur – des intentions qui malheureusement restent à l’état fœtal si l’on en croit le résultat à l’écran.

 

Le Jour et la Nuit

 

EXTRAITS DE LA RENCONTRE ENTRE BHL ET MAURICE JARRE À LA FNAC DES TERNES, LE 15 FÉVRIER 1997


BHL sur le choix du compositeur :

« Maurice Jarre (…), c’est un rêve ancien, un rêve d’enfant. Je fais partie des millions de français qui ont pleuré en écoutant Docteur Jivago, en écoutant Lawrence d’Arabie (…). Cela faisait longtemps que je pensais que si un jour je me lançais dans cette aventure démente qui consiste à faire un film (…), je rêverais que Maurice Jarre compose cette musique. Je lui ai téléphoné, je suis allé le voir à Los Angeles avec les bobines sous le bras et le brouillon du film. Nous avons réservé une petite salle dans les studios de la Paramount, nous l’avons vu ensemble. Ensuite Maurice m’a dit : « Bien sûr, pourquoi pas ? »

 

Jarre sur sa rencontre avec BHL et son retour au cinéma français :

« La rencontre avec Bernard-Henri Levy s’est faite d’une façon très bizarre. Je connaissais son travail, certains de ses livres, j’étais en train de lire Le Lys et la Cendre, que je trouve magnifique (…). C’est alors que le téléphone a sonné. C’était Bernard-Henri Levy. Il m’annonça qu’il venait d’écrire un film et l’avait déjà réalisé. Il souhaitait que je fasse la musique. Immédiatement, ce qui m’a séduit c’est de pouvoir travailler avec un type philosophe et littéraire qui n’avait jamais fait de cinéma (…). J’étais absolument excité à l’idée de travailler avec un jeune réalisateur français qui vienne d’un autre milieu que celui du grand écran. »

 

BHL sur l’orientation de la musique du film :

« L’idée précise, c’est Maurice qui l’avait. Mais j’avais une petite esquisse de ce que je désirais. Je souhaitais une musique romantique (…) ajustée et couplée à cette histoire qui ouvre sur les grands espaces mexicains et qui les accompagne. Je voulais pour la scène centrale des ballons, avec cette petite société qui gravite autour d’Alexandre, une musique qui exalte cette montée dans le ciel et qui accompagne ces personnages (…). J’avais des idées de ce genre-là… »

 

Jarre sur son travail avec BHL :

« Bernard est très humble quand il dit qu’il avait quelques idées sur la musique. J’étais sidéré, en commençant à travailler avec lui, de la précision qu’il avait en ce qui concerne la musique (…). Je me souviens de la première chose qu’il m’ait dite : « Voilà, j’aimerais que la musique ne soit pas envahissante mais qu’elle soit furtive. » Il a employé ce mot. Et si vous écoutez la musique dans le film, vous verrez que, à part trois ou quatre grandes plages orchestrales, la musique intervient quelquefois sans qu’on la sente vraiment arriver, par quelques notes de piano, par des instruments à percussion. Elle se révèle assez discrète, n’occupe qu’une troisième dimension. J’ai suivi les indications de Bernard-Henri Levy. Evidemment il y a une création personnelle, mais je dois dire que chaque fois que je lui ai présenté une idée, on en a parlé. Je n’ai pas cherché à imposer mon point de vue (…). Et finalement la musique a été relativement facile à composer. »

 

BHL sur le travail de Jarre :

« Dans ce film, et c’est un peu la règle, il me semble que la musique ne doit intervenir que lorsqu’elle exprime un sentiment qu’elle seule peut extérioriser (…). Dans ce cas-là, je crois qu’elle s’impose (…). C’est la grande réussite de Maurice Jarre dans Le Jour et la Nuit. Sa musique raconte, elle donne une nouvelle illustration à cette histoire. Elle décrit un récit que le jeu des comédiens, que l’image, que la bande-son ne parvenaient pas à rendre compte à eux seuls. Elle garde une spécificité et je suis personnellement hostile à une musique illustrative qui se contente de répéter ce qui est déjà dépeint par d’autres moyens. »

 

Propos retranscrits dans CineScores n°10 (juin 1997).

 

Le Jour et la Nuit