The Kid Stays In The Picture (Jeff Danna)

Bobby nights

Disques • Publié le 02/09/2016 par

The Kid Stays In The PictureTHE KID STAYS IN THE PICTURE (2002)
THE KID STAYS IN THE PICTURE
Compositeur :
Jeff Danna
Durée : 66:03 | 25 pistes
Éditeur : Milan Music

 

4 Stars

Il y a des destins hors-normes, de ces vies étonnantes qui font de chaque respiration un souffle de glamour. Avec son regard de braise et son physique de plagiste latin, Robert Evans connut ce dont Hollywood raffole, une grandeur et décadence magnifique faite de succès, de poudre blanche, de champagne et de gomina. Repéré sur un bord de piscine par Norma Shearer, le bellâtre, une fois ses velléités d’acteur passées, allait devenir à 37 ans le nabab de la Paramount, remettant à flots une major devenue mineure. The Godfather, Chinatown, Love Story, autant de succès qui viendront darder le teint halé de ce Gatsby trop souvent réduit au « par-être ». Le film de Brett Morgen et Nanette Burstein retrace, à renfort d’une voix-off subjective, l’itinéraire atypique de cet enfant gâté.

 
La partition de Danna apparaît comme un digest, une nomenclature de ce chemin de croix fait de rencontres : Old Hollywood, Pack Your Bags, Polanski / Rosemary’s Baby, Sinatra, Cocaine / Murder… Un suivi musical ad hoc pour un récit en forme d’hagiographie non dénué de cette autosatisfaction qui ne contribue que plus encore à l’efficacité des ressorts dramatiques mis en œuvre par les deux documentaristes. Il en résulte un album kaléidoscope où le lyrisme nostalgique de la musique de Jeff Danna côtoie Cat Stevens, Steely Dan ou The Commodores (et leur sublime Machine Gun qui enflammait la piste de Boogie Nights) mais aussi Francis Lai, Michel Legrand et, de manière plus insolite, André Popp (Love Is Blue) ou encore Slash, l’ex-guitariste des Guns ‘n Roses, pour une reprise très personnelle du Love Theme de The Godfather qui vient clore ce formidable album en un électrique point d’orgue.

 

Robert Evans & Francis Ford Coppola

 

Le parti-pris résolument thématique de Danna vient conforter la cohérence de l’ensemble et les orchestrations signées Andrew Lockington sont à saluer, en particulier les arrangements de What I’ll Do d’Irving Berlin, qui ouvre l’album comme un rideau sur une scène. Les lumières sont éteintes, les planches craquent, et l’on dépoussière le grimoire des souvenirs. Ambiance hispanisante (les cordes et les castagnettes de The Sun Also Rises) ou italienne (le mélange mandoline-violon-clarinette de Jews Not Italians et sa trompette solo clin d’œil au Godfather). Hollywood, terre d’immigrés. C’est incontestablement du côté de Nino Rota que l’on trouve de multiples résonances tout au long du score (le thème Old Hollywood, très proche de celui d’Amarcord). L’enchaînement de Once I Was A King avec I Made My Dash marque une transition crépusculaire vers les années 80 où le cuir patiné devient skaï verni et les blondes platine deviennent peroxydées. Crépuscule des idoles.

 

On aime à dire que Cléopâtre n’aurait pas eu son nez que la face du monde en aurait été changée, comme une application de la théorie du Chaos aux phénotypes humains. Bedonnant, la mèche grasse et l’œil torve, Bob Evans aurait sans nul doute connu une destinée bien moins cinégénique. Il n’en demeure pas moins le héros incontournable et incontestable de ce film, un vrai personnage de cinéma, un des derniers remparts d’une époque où l’investissement des producteurs était autant personnel que financier. L’écran demeure hanté par ces mémorables fantômes du passé que l’on se plaît encore tant à aimer pour mieux oublier qu’ils nous manquent. Pour l’instant, « the kid stays in the picture », le gosse reste dans le cadre… « Evans can stay, heaven can wait. »

 

Robert Evans