Secret Sharer / Tsotsi (Guy Farley)

Le marin des mers de Chine

Disques • Publié le 14/05/2014 par

Secret SharerSECRET SHARER / TSOTSI (2014 / 2005)
SECRET SHARER / TSOTSI
Compositeur : Guy Farley
Durée : 58:06 | 27 pistes
Éditeur : Caldera Records

 

4 Stars

Pour sa toute première sortie, l’équipe du jeune label allemand Caldera s’est tournée vers Guy Farley, avec non pas un mais deux scores édités. Farley, compositeur britannique d’une cinquantaine d’années porté sur le devant de la scène grâce à Modigliani en 2004, est reconnu pour ses mélodies délicates et sa maîtrise de la palette orchestrale, qu’il s’agisse des sonorités occidentales ou de teintes ethniques, notamment africaines et asiatiques. Ces deux facettes du compositeur s’expriment à merveille dans Secret Sharer, qui se taille la part du lion sur le disque avec une quarantaine de minutes représentées. L’album s’ouvre sur le thème principal, d’une beauté envoutante et intemporelle, décliné tantôt au piano, tantôt à l’accordéon ou à la harpe, et soutenu par les cordes. Tel le cargo du film perdu sur les mers du Sud de la Chine, l’auditeur se laisse porter, le score évoquant tout autant le lyrisme de mélodistes tels que Barry, Delerue ou Umebayashi.

 

L’intrigue se noue, les cordes expriment la tension avec un motif récurent assez herrmannien dans sa construction irrésolue. Le pupitre des percussions et celui des cuivres, jusqu’ici discrets, s’immiscent dans la danse le temps d’une scène de combat. Les flûtes ethniques du fameux soliste Tony Hinnigan sont introduites pour évoquer l’Asie. Le thème principal ainsi interprété acquiert une fragilité qui reflète la situation périlleuse dans laquelle se sont mis les deux personnages principaux. Au fur et à mesure que l’étau se resserre sur eux, Farley réintroduit la thématique du combat et ses développements font écho aux grandes heures de l’œuvre de Patrick Doyle. Le score se referme sur les variations du thème principal, lyrique mais jamais poussif. Il est difficile de sortir de l’écoute de Secret Sharer, superbe score symphonique d’une maîtrise digne des plus grands et dont le thème addictif valsera longtemps dans vos têtes.

 

La musique de Farley pour Tsotsi ne fut pas conservée par la production. Parce que très ethnique, le score est ici largement remonté et expurgé afin d’exposer en une douzaine de minutes la quintessence de la contribution du compositeur. Et le talent de Farley pour mixer les cordes occidentales avec la musique africaine à travers des rythmiques acoustiques enlevées s’avère remarquable. Et puis il y a la voix cristalline, bouleversante, de Nicola Emmanuel qui, lorsqu’elle résonne, propulse la magnifique musique de Farley dans la stratosphère. Pour compléter le programme, Caldera propose une dernière piste dans laquelle le compositeur revient, en quelques minutes, dans un Anglais remarquablement bien déclamé, sur Secret Sharer. Le packaging de l’album est élégant, les notes de Gergely Hubai précises et la qualité sonore irréprochable. Si chaque sortie proposée par le label s’avère du même tonneau, on ne peut que se réjouir et souhaiter bon vent à Caldera !

 

Secret Sharer

Olivier Soude

Olivier Soude

Contributeur
Jamais la conscience du rôle de la musique pour l’écran n’aurait jailli si tôt sans les repiquages (avec les bruits ambiants de la pièce !) de génériques de dessins animés et de génériques de fin de (télé)films dès le début des années 80. A force d’écouter en boucle, forcément, l’intérêt grandit. En 1984, quand sort Indiana Jones And The Temple Of Doom, c’est le choc musical! La K7 de la bande originale du film constitue la toute première pièce de sa collection. Ceci explique sans doute pourquoi pour lui, aujourd’hui encore, l’œuvre de John Williams reste inégalée. Au début des années 90, à la faculté d’Amiens, sa rencontre avec d’autres mordus de béos enracine définitivement sa passion et sa curiosité pour cet art particulier. En 1996, au Barbican Center de Londres, après un concert, il échange quelques mots avec John Williams. Peu de temps avant de débuter la carrière d’enseignant à laquelle il se destine, en 1998, il commence à participer au fanzine Dreams To Dreams. Il s’entretient alors avec certains des compositeurs anglo-saxons qui le fascinent. Sa rencontre à Lunéville en 1999 avec Michael Kamen restera le point culminant des années passées en tant que rédacteur de Dreams Magazine. Olivier Soudé participe à UnderScores depuis 2008.
Olivier Soude
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