Tetsuo: The Iron Man / Body Hammer / Bullet Man (Chu Ishikawa)

Real Steel

La décade prodigieuse • Publié le 08/03/2019 par

Tetsuo Complete BoxTETSUO: THE IRON MAN / BODY HAMMER / BULLET MAN (1989 / 1992 / 2010)
TETSUO / TETSUO II / TETSUO III
Compositeur :
Chu Ishikawa
Durée : 159:54 | 46 pistes
Éditeur : Sony Music Japan International Inc. (2010)

 

4 Stars

 

L’entendez-vous, ce fracas de la fin des temps, cet obsédant tintamarre suggérant aux imaginations devenues folles d’énormes maxillaires d’acier qui, impitoyablement, concassent et broient ? Entendez-vous, massive, chaotique, la symphonie du métal qui se révolte soudain, abandonnant sa froide rigidité pour se tordre dans des affres d’apocalypse et prendre en d’indescriptibles noces les humains chétifs ? C’est le cri sans fin jailli des entrailles de Tokyo, dont jamais l’architecture infernale ne fut exhibée plus convulsivement que sous l’objectif au grain râpeux de Shin’ya Tsukamoto. C’est également la musique de Chu Ishikawa, qui, au même titre que les fêlures antisociales et le nihilisme sidérant du réalisateur, possède tous les attributs d’une arme de destruction massive. Les turbines tombées aux mains de punks tournent à plein régime, perforant au plus intime les chairs suppliciées, et, traquées par des spasmes indus qui saturent tout l’espace, les mélodies tremblent comme des chiots apeurés. Même le dragon américain longtemps rêvé, en arrachant nos deux fous dangereux à la léproserie du cinéma underground japonais, tout juste vingt ans après le choc Tetsuo, ne put les distraire de leur fascination pour le chaos absolu, qui réduit en poussière mais régénère aussi.

  Tetsuo a vu le loup !

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse