Jerry Cotton: FBI’s Top Man (Peter Thomas)

Cotton Club

La décade prodigieuse • Publié le 20/02/2019 par

Jerry CottonJERRY COTTON: FBI’S TOP MAN (1965-1969)
JERRY COTTON
Compositeur :
Peter Thomas
Durée : 58:16 | 28 pistes
Éditeur : All Score Media (2010)

 

3.5 Stars

 

L’Amérique, Jerry Cotton veut l’avoir et il l’aura. A une époque où les 007 de fabrication pirate, poussant aussi dru que des champignons dans le sillage de l’impavide Sean Connery, trimbalaient smoking et permis de flinguer aux quatre coins du monde, il y avait quelque chose de naïvement touchant à voir l’espion teuton s’accrocher comme à une planche de salut à son rêve américain. Pour peaufiner ces tendres mirages venus d’outre-Atlantique, tous les moyens étaient bons, y compris bombarder le troisième couteau hollywoodien George Nader en tête d’affiche. S’il songeait déjà à donner un galop d’essai aux délices psychédéliques dont il truffa peu de temps après le fameux Raumpatrouille, Peter Thomas dut bien vite se résoudre à tempérer sa douce folie créatrice, qui n’eût que très moyennement fait couleur locale. Mais le crime jazz exhale son propre charme, en particulier lorsqu’il est, comme ici, employé avec une malice dédramatisant la galerie de bobines patibulaires dont regorgent les clubs interlopes et les impasses obscures. Bien qu’elle fasse mine de parader au pas de l’oie, la marche offerte à Jerry Cotton évacue d’une pichenette les passementeries trop cuivrées et s’amuse, sans moquerie, des intrigues alambiquées dont notre héros doit se dépêtrer. L’ironie n’empêche pas pour autant l’élégance, et c’est un tapis rouge vif, véritable suprême d’easy listening et de chansons mouillées juste ce qu’il faut de champagne, qui déroule ses plis moelleux sous les pieds de Cotton.

  - Pierre, papier, ciseaux... coton !!!

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse