The Dogs Of War (Geoffrey Burgon)

Ni Dieu Ni Maître

La décade prodigieuse • Publié le 31/01/2019 par

The Dogs Of WarTHE DOGS OF WAR (1981)
LES CHIENS DE GUERRE
Compositeur :
Geoffrey Burgon
Durée : 62:00 | 32 pistes
Éditeur : La-La Land Records (2015)

 

4 Stars

 

À Hollywood, où l’ouvrage tonitruant n’a rien d’une denrée rare, les mercenaires n’ont jamais connu la crise. Ces personnages de cinéma à part entière y trimballent depuis maintenant plus de 50 ans leur carrure musculeuse ou efflanquée, leurs gros calibres, auxquels ils tiennent comme à la prunelle de leurs yeux, et bien sûr le cynisme de ceux qui en trop vu pour se bercer encore de chimères idéalistes. A première vue, Christopher Walken et ses chiens de combat correspondent en tout point à ce rude portrait-robot. Mais en réduisant à la portion congrue le tonnerre des pétoires, d’ordinaire essentiel dans un genre allergique aux arguties, le film de John Irvin dévoile un surprenant profil de contrebandier. Musicien lettré, Geoffrey Burgon ne pouvait manquer l’occasion de déclamer autre chose sur les hommes de guerre que la sempiternelle litanie de poncifs dopés à l’héroïsme de parade. Ce à quoi il s’affaire avec une remarquable gravité, sa lunette scrutatrice sans cesse à l’affût du moindre frémissement d’émotion sur la glaise dont les soudards solitaires se sont façonné un masque quotidien. Un aussi funèbre phrasé eût habillé singulièrement les scènes de raid sanglant, si la post-production ne lui avait été en grande partie fatale. Le présent album n’en devient que plus précieux, en ouvrant un puits béant de mélancolie où chutent comme une pierre les manigances politiques et les turpitudes du dieu dollar.

 

Woof woof !!! 

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse