Hardware (Simon Boswell)

Enfer mécanique

La décade prodigieuse • Publié le 25/12/2018 par

HardwareHARDWARE (1990)
HARDWARE
Compositeur :
Simon Boswell
Durée : 44:01 | 17 pistes
Éditeur : Flick Records (2013)

 

4 Stars

Quel hybride bossué, quel rejeton de l’enfer Lucio Fulci aurait-il bien pu enfanter si le poète des chairs mortes s’était violemment amouraché de Terminator, et plus particulièrement de son climax luisant d’acier noir ? Hardware détient davantage qu’un embryon de réponse… Tout juste un an après que le fou dangereux Shinya Tsukamoto eut extirpé Tetsuo de son cerveau en surchauffe, le cyberpunk balançait dans les salles obscures un nouveau cocktail Molotov. Ceci avec l’infernale bénédiction de Lemmy Kilmister, l’übber-kaiser de Motörhead, qui se fend d’une apparition éclair en chauffeur de taxi, et d’Iggy Pop donnant de la voix en maître des ondes déjanté. Simon Boswell ne pouvait aspirer à compagnie plus hirsute, lui dont les premières lignes du curriculum vitae s’ornent d’obscurs bricolages punks et d’une poignée de bis horrifiques dans la Cinecittà en pleine décomposition des eighties. A l’instar du film, dont les effets grossiers qu’il énumère en un sidérant catalogue parviennent, merveille des merveilles, à faire mouche à tout coup, le compositeur brandit haut le majeur à l’adresse du bon goût et des harmonies de soie. Tandis que Public Image Limited scande The Order of Death sur une scène de sexe emmaillotée de filtres hyper-bleus, Boswell procède à l’inventaire de son fatras industriel qu’il fait ricocher, dans de grandes gerbes d’étincelles, sur le crâne tatoué de la bannière étoilée d’un terrifiant robot tueur.

 

Hardware

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse
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