Prix UCMF 2017 : le palmarès et bien plus encore

La seconde édition de remise des prix de l'UCMF s’est tenue le 20 avril

Évènements • Publié le 24/04/2017 par

Autant afficher notre enthousiasme d’entrée : la seconde édition de remise des prix décernés par l’Union des Compositeurs de Musiques de Films (UCMF), qui s’est tenue ce jeudi 20 avril dans l’enceinte de la SACEM, fait partie de ces soirées qui mettraient du baume au cœur aux plus pessimistes. Mais évoquons d’abord le palmarès. Cette année, la petite nouveauté tenait dans l’apparition d’une catégorie consacrée aux « Nouveaux Médias » : c’est Vincent Courtois qui l’a emporté grâce à sa musique pour le film interactif de Gilles Porte, Tantale, devant celles de Fabrice Mondor et du groupe Telematics pour la web-série Vénération, de Arnaud « FlyByNo » Roy pour le jeu vidéo Endless Legend, et du trio Thomas Cappeau / Jean-Sébastien Vermalle / Samuel Rehault pour la web-série Tank. Le « Jeune Talent » de l’année est Sophie Hunger : sa musique pour Ma Vie de Courgette, déjà précédemment nominée aux César, est récompensée face à celles de Marc Verdaguer pour La Mort de Louis XIV, de Olivier Marguerit pour Diamant Noir et du groupe Zombie Zombie pour Irréprochable.

 

Le prix « Audiovisuel » a ensuite été remis, non d’ailleurs sans un sincère frémissement de satisfaction de la part de l’assemblée des compositeurs réunis dans la salle, au vétéran Jean Musy pour sa contribution au téléfilm Mon Frère Bien Aimé. Il était opposé à Stéphane Moucha (Les Petits Meurtres d’Agatha Christie), Grégoire Hetzel (Entre Deux Mères) et Robin « Rob » Coudert (Le Bureau des Légendes). Lors de son allocution, le trop rare et discret compositeur a également reçu l’hommage de son ami de toujours, le parolier Claude Lemesle : l’occasion d’évoquer leurs débuts à tous deux auprès de Joe Dassin ou de dévoiler une savoureuse anecdote sur l’enregistrement du fameux Je n’ai pas changé de Papy Fait de la Résistance, effectué à l’époque dans les toilettes d’un appartement-studio pour permettre à Jacques Villeret de chanter dans la plus stricte intimité ! Enfin, le prix de la Meilleure Musique Originale dans la catégorie « Cinéma » revient à la partition du Frantz de François Ozon, et donc à un Philippe Rombi particulièrement ravi de voir (enfin !) se concrétiser une importante nomination en France. La concurrence était d’ailleurs rude puisqu’il était en compétition avec trois autres partitions parmi les plus remarquées de l’année passée chez nous : Les Saisons de Bruno Coulais, Cézanne et Moi d’Eric Neveux et Chocolat de Gabriel Yared. Bravo !

 

Philippe Rombi

 

Deux prix spéciaux ont par ailleurs été attribués lors de la soirée. Le premier fut l’occasion d’un bel hommage à Ennio Morricone : le compositeur, qui a accueilli chez lui à Rome une délégation de l’UCMF en janvier, s’est ainsi vu remettre le prix sur scène le 7 mars dernier, devant les spectateurs réunis pour un concert à l’Olympiahalle de Munich, en Allemagne. Une séquence que nous avons pu découvrir en vidéo, et qui aura dévoilé un compositeur particulièrement ému par l’honneur qui lui est fait de recevoir une distinction directement décernée par les compositeurs français d’autant que, comme cela a été rappelé, Ennio Morricone n’a toutes ces années durant jamais négligé le lien qui l’unit à notre pays, ne cessant notamment d’être un soutien de l’UCMF depuis sa création en 2002. En guise d’intermède musical, le pianiste Jean-François Bouvery a alors interprété trois morceaux du maestro italien : Chi Mai, la pièce Rag in Frantumi ainsi que le thème principal de Nuovo Cinema Paradiso.

 

Le second prix spécial de la soirée a été quant à lui remis pour la première fois à un binôme, le réalisateur-producteur Jacques Perrin et le compositeur Bruno Coulais. Sur scène, ce dernier ne tarit pas d’éloge pour celui qui l’a appelé pour la première fois à l’occasion de Microcosmos en 1996 : « C’est quelqu’un d’exceptionnel, c’est un guide, un ami, et vraiment j’ai beaucoup de chance de travailler avec lui (…). Le seul maître pour lui, c’est le film, quitte à se ruiner, à prendre tous les risques : pour moi c’est peut-être cela qui fait sa qualité humaine. » Actuellement en Chine, c’est par une vidéo effectuée avant son départ que Jacques Perrin salue à son tour cette distinction : « Je suis très content, satisfait et heureux que, au bout de notre parcours qui a tenu quand même quelques années, on reconnaisse un mérite, notre constance, notre estime réciproque. »

 

Mais le plus important et notable pendant cette soirée était sans aucun doute ailleurs que dans les distinctions : pour une fois, comme rarement peut-être, ce sont les discours tenus par les uns et les autres et dans lesquels transparaissait à chaque phrase ou presque la passion d’un métier, qui ont retenu toute l’attention. A ceux qui douteraient encore de la nécessité et de l’utilité d’un organisme tel que l’UCMF, laquelle fêtera donc en septembre prochain ses quinze années d’existence, Jean-Claude Petit, actuel président du conseil d’administration de la SACEM, a eu à cœur de rappeler « que le secteur de l’audiovisuel, c’est-à-dire la musique à l’image, représente le tiers des droits d’auteur à la SACEM. Ce n’est pas rien, et ça augmente chaque année. L’audiovisuel emploie beaucoup de monde, dans des conditions de travail qui ne sont pas toujours idéales, et cela ne s’est pas vraiment amélioré avec les technologies nouvelles. Dans ce cadre, je crois que l’UCMF est devenue indispensable (…), un interlocuteur incontournable non seulement pour la SACEM mais aussi pour le gouvernement, les élus. Il y bien sûr le SNAC (Syndicat National des Auteurs et des Compositeurs – NDLR) et l’UNAC (Union Nationale des Auteurs et Compositeurs – NDLR) mais qui représentent l’ensemble du monde de la musique. Sans l’UCMF, nous n’aurions pas vraiment de représentant de ce secteur audiovisuel… » 

 

Jean Musy et Bruno Coulais

 

Mais c’est sans doute à Eric Demarsan qui, avec autant de fierté que de malice, a pris la présidence de l’UCMF pour l’année à venir, qui a offert les propos les plus vibrants, autant pour les compositeurs que pour nous autres simples passionnés. « C’est un honneur et un privilège de succéder à des présidents prestigieux tels que Jean-Claude Petit et Michel Portal, et de représenter toute une frange d’illuminés amoureux des images en général, du cinéma et des histoires qu’il nous raconte en particulier, des enfants ébahis qui aiment colorier des sentiments avec de la musique. Pour cela, ils ont des outils, des crayons, des gommes, du papier, des ordinateurs, des banques de sons, mais surtout du talent, de la sensibilité, de l’imagination. Et avec tout ça ils écrivent parfois des chefs-d’œuvre, mais avec combien de difficultés, d’embûches, de compromissions budgétaires, avec parfois des combats artistiques avec des metteurs en scène qui ne nous font pas confiance parce qu’ils savent mieux que les autres, ou parce qu’ils ne savent rien du tout du pouvoir de la musique sur une histoire filmée, ou encore parce qu’ils pensent que le verbe prime sur la musique, ce qui peut être vrai dans certains cas d’ailleurs : les Français sont plus littéraires que musiciens, d’accord, mais ce n’est pas une raison. Heureusement, il y a quand même de belles rencontres, de fructueuses et longues collaborations (…). J’aimerais tellement que notre discipline si particulière soit reconnue à sa juste valeur, que la musique de film ne soit pas qu’un bouche-trou, un simple accompagnement, ou faite pour sauver une scène ratée comme cela est arrivé certainement à beaucoup d’entre nous. Faut-il rappeler que nous sommes aussi co-auteur d’un film au même titre que le scénariste et le réalisateur ? Oui, car c’est important. Compositeur de musique de film, c’est un vrai métier, qui s’apprend et se travaille, ça ne s’improvise pas. Il faut à la fois avoir de l’audace et de l’humilité, apprendre non pas à renoncer à soi-même, mais ajuster son soi-même à l’univers d’un autre créateur, le cinéaste. »

 

Ce véritable plaidoyer pour la création, entre autres déclarations ce soir-là, a fait son petit effet et a marqué les esprits, à en juger par les réactions enthousiastes de nombre d’invités après la cérémonie. Bien entendu ce n’est pas là le premier discours volontariste auquel nous assistons, mais celui-ci en particulier, pour une raison difficile à cerner, a paru sonner avec une infinie justesse à bien des oreilles. Voilà qui est peut-être bête à dire, mais cela fait toujours un bien fou de temps à autre…

 

Jean-Michel Bernard et Eric Demarsan

Florent Groult

Florent Groult

Rédacteur en chef adjoint
Né en 1974, originaire de Normandie, Florent Groult grandit au contact de la musique classique et, par trois coups de baguette (le King Kong de 1933, Forbidden Planet et Jaws) assénées au travers d'un écran TV, est touché assez tôt par la magie du cinéma. Il était sans doute inévitable que les deux finissent un jour ou l'autre par se conjuguer en une seule et même passion. Ce sera chose faite en 1993, à l'occasion de la sortie française du Dracula de Francis Ford Coppola. Fasciné dès lors par l’interaction entre musique et image qui lui révèle des horizons infinis de découvertes, il rejoint d'abord les membres de l’association caennaise CinéScores, contribuant modestement à leur fanzine et leur émission de radio sur une antenne locale (1994-1999), avant de participer à la création de l'association Colonne Sonore / L'Ecran Musical (1999-2002). En 2008, il co-fonde avec Olivier Desbrosses- UnderScores : le Magazine de la Musique de Film pour lequel il occupe depuis le poste de rédacteur en chef adjoint. En 2011, il contribue à l'ouvrage collectif intitulé John Williams : Un Alchimiste Musical (Editions L'Harmattan) et signe ses premières notes de livret pour le label spécialisé Music Box Records. Il devient par ailleurs cette même année membre de l'International Film Music Critics Association (IFMCA). La passion plus que jamais intacte et vivace, l'aventure continue aujourd'hui...
Florent Groult
  • Tadlow Music
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