Bilan des récompenses pour l’année 2010

Oscars, Golden Globes, Baftas, Césars, Goyas et IFMCA !

Actualité • Publié le 17/03/2011 par

Paradoxal. C’est pour le moins le terme qui qualifie le mieux la relation qu’entretient le microcosme de la musique de film avec ces grand-messes de remises de prix qui, de janvier à février, viennent clôturer symboliquement l’année écoulée… Si en effet, dans leur grande majorité, les passionnés semblent en apparence ne leur accorder qu’un intérêt lointain et limité, n’hésitant pas dès que le besoin s’en fait sentir à dénoncer encore et encore un exercice jugé vain et tronqué, il leur suffit en fin de compte de se trouver presque machinalement parmi les différents nommés un favori pour que les conversations ne tardent pas à s’enflammer aussitôt, qu’il s’agisse pour les uns de fustiger avec passion une injustice éhontée ou pour d’autres de se féliciter d’un choix soudainement amplement justifié et mérité, preuve qu’au fond tout cela ne laisse jamais réellement indifférent ! Et pendant ce temps, certains parmi les principaux intéressés (les compositeurs donc) s’emploient encore à ce que quelques rendez-vous parmi ceux considérés comme les plus prestigieux (au premier rang desquels le Festival de Cannes) se dotent enfin d’un prix spécifique dédié à la musique…  Vous y comprenez quelque chose vous ? C’est que, malgré les réserves légitimes qu’elles suscitent immanquablement et derrière moult strass et paillettes, ces cérémonies attendues n’en demeurent pas moins de véritables vitrines, et sans doute d’ailleurs ne sont-elles que cela. Est-il dès lors vraiment nécessaire d’en attendre plus ?

 

Aux Etats-Unis, si le Grammy Awards obtenu par Randy Newman pour la partition de Toy Story 3 est, parmi la pléthore démentielle de prix distribués lors de cette soirée consacrée à l’industrie musicale américaine, presque totalement passé inaperçu, le Golden Globe puis l’Oscar raflés respectivement les 16 janvier et 27 février derniers par Atticus Ross et Trent Reznor pour leur contribution au Social Network de David Fincher ont au contraire beaucoup fait parler d’eux, amenant des commentaires très tranchés. On peut en effet s’amuser de voir ainsi ces illustres académies accorder leurs faveurs dès que l’occasion se présente (et à quelques notables exceptions près) à des artistes et musiciens issus avant tout de scènes musicales sans rapport avec le cinéma plutôt que de piocher parmi les compositeurs qui ont fait du 7ème Art leur terrain de prédilection. Pourtant, en l’occurrence, on ne saurait non plus balayer d’un simple et trop rapide revers de la main ce choix qui n’est pas sans récompenser également ici une adéquation, bien réelle pour une fois, entre image et musique et qui dans le film fait bel et bien mouche. Ross et Reznor méritaient-ils leurs statuettes ? Sempiternelle question qu’on laissera donc à chacun le soin de trancher…

 

GOLDEN GLOBES


MEILLEURE PARTITION ORIGINALE

  • The King’s Speech (Le Discours d’un Roi) | Alexandre Desplat
  • Alice In Wonderland (Alice au Pays des Merveilles) | Danny Elfman
  • 127 Hours (127 Heures) | A.R. Rahman
  • The Social Network | Trent Reznor & Atticus Ross
  • Inception | Hans Zimmer

 

ACADEMY AWARDS


MEILLEURE PARTITION ORIGINALE

  • How To Train Your Dragon (Dragons) | John Powell
  • The King’s Speech (Le Discours d’un Roi) | Alexandre Desplat
  • 127 Hours (127 Heures) | A.R. Rahman
  • The Social Network | Trent Reznor & Atticus Ross
  • Inception | Hans Zimmer

 

 

S’il n’a cette fois pas eu les faveurs des cérémonies américaines, Alexandre Desplat quant à lui récolte par contre les fruits d’une carrière plus que jamais internationale en s’imposant comme le grand gagnant de l’année en Europe, recevant tour à tour un BAFTA chez nos amis britanniques pour The King’s Speech (Le Discours d’un Roi) et un César chez nous pour le (si peu français, mais passons…) The Ghost Writer. Allez avouons-le, s’agissant de cette dernière distinction, nous n’aurions pas été mécontent que la statuette dorée allât finalement à Philippe Sarde dont la partition concoctée pour le (très français lui) La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier aurait fait un choix qui à coup sûr n’aurait pas manqué de panache, près de 35 ans après les triomphes du Juge et l’assassin et de Barocco, seuls Césars attribués jusqu’ici au compositeur. Petit détour enfin de l’autre côté des Pyrénées : Alberto Iglesias y a reçu en février un nouveau Goya pour la belle et mélodieuse musique de También la Lluvia (Même la Pluie), un prix qui par ricochet éclabousse joyeusement le jeune label indépendant Quartet Records, éditeur de la bande originale, ce dont là aussi on ne peut que se réjouir…

 

BAFTA


MEILLEURE PARTITION ORIGINALE

  • How To Train Your Dragon (Dragons) | John Powell
  • The King’s Speech (Le Discours d’un Roi) | Alexandre Desplat
  • Alice In Wonderland (Alice au Pays des Merveilles) | Danny Elfman
  • 127 Hours (127 Heures) | A.R. Rahman
  • Inception | Hans Zimmer

 

CÉSARS


MEILLEURE MUSIQUE ÉCRITE POUR UN FILM

  • Océans | Bruno Coulais
  • The Ghost Writer | Alexandre Desplat
  • L’Arbre | Grégoire Hetzel
  • Liberté | Delphine Mantoulet & Tony Gatlif
  • Bus Palladium | Yarol Poupaud
  • La Princesse de Montpensier | Philippe Sarde

 

GOYAS


MEILLEURE MUSIQUE ORIGINALE

  • Balada Triste de Trompeta | Roque Baños
  • Biutiful | Gustavo Santaolalla
  • También la Lluvia (Même la Pluie) | Alberto Iglesias
  • Buried | Victor Reyes

 

 

Ce petit tour d’horizon étoilé de l’année 2010 ne saurait aujourd’hui de toute façon être satisfaisant sans un ultime classement qui, en toute logique sans doute et plus que n’importe quel autre, devrait nous interpeler tous, ce qui finalement est loin d’être le cas.  Constitué de votants du monde entier qui ont fait de leur passion pour la musique de film leur métier ou pour le moins un véritable sacerdoce (s’y côtoient chroniqueurs, éditeurs, organisateurs de festivals…), l’IFMCA (International Film Music Critics Association) a elle aussi rendu son verdict. Celui-ci en est-il pour autant plus légitime ?  D’aucuns le considéreront en tout cas avec une certaine bienveillance, tant la vitrine ainsi exposée est belle et fournie. Au premier rang des nombreuses catégories retenues,  on retrouve Alexandre Desplat élu notamment compositeur de l’année et la partition de How To Train Your Dragon (Dragons) signée John Powell, meilleure partition originale de l’année. Mais un tel palmarès est aussi et surtout une occasion unique pour de jeunes compositeurs de se faire connaître : jetez donc, si ce n’est déjà fait, une oreille attentive aux œuvres du portuguais Nuno Malo (révélation de l’année) ou de la turque Pinar Toprak (meilleure partition pour une comédie), vous ne le regretterez certainement pas… Retenons enfin que c’est finalement le coffret Spartacus, la fameuse 1000ème édition supervisée par Robert Townson pour Varèse Sarabande, qui est élue meilleure réédition de 2010, tandis que La-La Land Records est lui auréolé du titre de meilleur label.

 

IFMCA AWARDS


MEILLEURE PARTITION DE L’ANNÉE

  • The Ghost Writer | Alexandre Desplat
  • How To Train Your Dragon (Dragons) | John Powell
  • Inception | Hans Zimmer
  • The King’s Speech (Le Discours d’un Roi) | Alexandre Desplat
  • Tron : Legacy (Tron : l’Héritage) | Daft Punk

MEILLEUR COMPOSITEUR DE L’ANNÉE

  • Alexandre Desplat
  • Danny Elfman
  • James Newton Howard
  • John Powell
  • Hans Zimmer

RÉVÉLATION DE L’ANNÉE

  • Oscar Araujo
  • Arnau Bataller
  • Daft Punk
  • Herbert Grönemeyer
  • Nuno Malo

MEILLEURE PARTITION ORIGINALE POUR UN FILM DRAMATIQUE

  • Amalia | Nuno Malo
  • Black Swan | Clint Mansell
  • The Karate Kid | James Horner
  • The King’s Speech (Le Discours d’un Roi) | Alexandre Desplat
  • True Grit | Carter Burwell

MEILLEURE PARTITION ORIGINALE POUR UNE COMÉDIE

  • The Lightkeepers | Pinar Toprak
  • Lo | Scott Glasgow
  • Nanny McPhee Returns | James Newton Howard
  • Potiche | Philippe Rombi
  • Vampires Suck (Mords-moi Sans Hésitation) | Christopher Lennertz

MEILLEURE PARTITION ORIGINALE POUR UN FILM D’ACTION, D’AVENTURE OU UN THRILLER

  • Buried | Victor Reyes
  • The Ghost Writer | Alexandre Desplat
  • Inception | Hans Zimmer
  • Robin Hood (Robin des Bois) | Marc Streitenfeld
  • Salt | James Newton Howard

MEILLEURE PARTITION ORIGINALE POUR UN FILM FANTASTIQUE, D’HORREUR OU DE SCIENCE-FICTION

  • Alice In Wonderland (Alice au Pays des Merveilles) | Danny Elfman
  • Daybreakers | Christopher Gordon
  • Harry Potter And The Deathly Hallows (Harry Potter et les Reliques de la Mort) | Alexandre Desplat
  • The Last Airbender (Le Dernier Maître de l’Air) | James Newton Howard
  • Tron : Legacy (Tron : l’Héritage) | Daft Punk

MEILLEURE PARTITION ORIGINALE POUR UN FILM D’ANIMATION

  • How To Train Your Dragon (Dragons) | John Powell
  • L’Illusionniste | Sylvain Chomet
  • Legend Of The Guardians : The Owls Of Ga’Hoole (Le Royaume de Ga’Hoole) | David Hirschfelder
  • Tangled (Raiponce) | Alan Menken
  • Toy Story 3 | Randy Newman

MEILLEURE PARTITION ORIGINALE POUR UN DOCUMENTAIRE

  • The Battle Of Britain | Miguel d Oliveira
  • Bébés | Bruno Coulais
  • Océans | Bruno Coulais
  • Waiting For Superman | Christophe Beck
  • The Wildest Dream : Conquest Of Everest | Joel Douek

MEILLEUR THEME MUSICAL DE L’ANNÉE

  • Alice’s Theme | Alice In Wonderland (Alice au Pays des Merveilles) | Danny Elfman
  • The Truth About Ruth | The Ghost Writer | Alexandre Desplat
  • Forbidden Friendship | How To Train Your Dragon (Dragons) | John Powell
  • Test Drive | How To Train Your Dragon (Dragons) | John Powell
  • Flow Like Water | The Last Airbender (Le Dernier Maître de l’Air) | James Newton Howard

MEILLEURE PARTITION ORIGINALE POUR LA TÉLÉVISION

  • Czas Honoru | Bartosz Chajdecki
  • Doctor Who | Murray Gold
  • Human Target | Bear McCreary
  • Lost | Michael Giacchino
  • Ull Per Ull | Marc Vaillo

MEILLEURE PARTITION ORIGINALE POUR UN JEU VIDÉO OU UN MÉDIA INTERACTIF

  • Castlevania : Lord Of Shadow | Oscar Araujo
  • Dark Void | Bear McCreary
  • James Bond 007 : Blood Stone | Richard Jacques
  • Legend Of The Guardians : The Owls Of Ga’Hoole | Winifred Phillips
  • Lego Universe | Brian Tyler

MEILLEURE RÉÉDITION OU RÉENREGISTREMENT DE L’ANNÉE

  • The Alamo (Alamo) | Dimitri Tiomkin | Tadlow Music/Prometheus
  • Batman Returns (Batman le défi) | Danny Elfman | La-La Land Records
  • Black Sunday | John Williams | Film Score Monthly
  • Conan The Barbarian (Conan le barbare) | Basil Poledouris | Tadlow Music/Prometheus
  • Family Plot (Complot de famille) | John Williams | Varèse Sarabande
  • The Goonies (Les Goonies) | Dave Grusin | Varèse Sarabande
  • Independance Day | David Arnold | La-La Land Records
  • Lawrence Of Arabia (Lawrence d’Arabie) | Maurice Jarre | Tadlow Music
  • Miklos Rozsa Treasury | Miklos Rozsa | Film Score Monthly
  • Spartacus | Alex North | Varèse Sarabande

ÉDITEUR DE L’ANNÉE

  • Film Score Monthly
  • Intrada
  • La-La Land Records
  • MovieScore Media
  • Varèse Sarabande

 

Florent Groult

Florent Groult

Rédacteur en chef adjoint
Né en 1974, originaire de Normandie, Florent Groult grandit au contact de la musique classique et, par trois coups de baguette (le King Kong de 1933, Forbidden Planet et Jaws) assénées au travers d'un écran TV, est touché assez tôt par la magie du cinéma. Il était sans doute inévitable que les deux finissent un jour ou l'autre par se conjuguer en une seule et même passion. Ce sera chose faite en 1993, à l'occasion de la sortie française du Dracula de Francis Ford Coppola. Fasciné dès lors par l’interaction entre musique et image qui lui révèle des horizons infinis de découvertes, il rejoint d'abord les membres de l’association caennaise CinéScores, contribuant modestement à leur fanzine et leur émission de radio sur une antenne locale (1994-1999), avant de participer à la création de l'association Colonne Sonore / L'Ecran Musical (1999-2002). En 2008, il co-fonde avec Olivier Desbrosses- UnderScores : le Magazine de la Musique de Film pour lequel il occupe depuis le poste de rédacteur en chef adjoint. En 2011, il contribue à l'ouvrage collectif intitulé John Williams : Un Alchimiste Musical (Editions L'Harmattan) et signe ses premières notes de livret pour le label spécialisé Music Box Records. Il devient par ailleurs cette même année membre de l'International Film Music Critics Association (IFMCA). La passion plus que jamais vivace, l'aventure continue aujourd'hui...
Florent Groult