Maurice Jaubert : une notice biographique
Portraits • Publié le 11/09/2010 par

La route paraît à première vue toute tracée pour ce fils de bâtonnier. Mais Maurice Jaubert porte profondément en lui le germe de la musique auquel il lui sera impossible de résister : malgré un parcours initiatique que d’aucuns jugeront atypique et léger (il délaissera les institutions, refusant notamment de se présenter au très couru concours de Rome), il saura cultiver la graine avec patience et en récolter les fruits.

 

1900


Naissance le 3 janvier à Nice : Maurice est le deuxième fils (après René, et avant Ivan) de François et Haydée Jaubert. Son père est bâtonnier au barreau de Nice, animateur musical du cercle « L’Artistique » et également critique occasionnel.

 

1905


Il effectue ses premiers pas sur le piano familial ; bientôt il jouera très régulièrement et accompagnera son père lorsque celui-ci chantera à la maison. A l’époque, il a pour camarade de jeux un jeune garçon de six ans son aîné appelé Jean Renoir. Le père de ce dernier, le peintre PierreAuguste Renoir, fait d’ailleurs un portrait du jeune Jaubert.

 

1915


Préparant son baccalauréat (il en valide la première partie en octobre, la seconde le sera l’année suivante) au lycée Masséna de Nice, aux côtés de Claude-André Puget, Pierre de Sentenac et Georges Neveux, il entre au Conservatoire municipal de la ville et suit la classe de piano de Mlle Bailet et celle d’harmonie et de contrepoint de M.C. Harquet.

 

1916


Un premier prix de piano en poche, il monte à Paris en octobre afin de préparer à la Sorbonne une licence de lettres et un doctorat en droit. Pour subvenir à ses besoins, il devient surveillant à l’école Bossuet. De la Grande Guerre qui fait rage ces années-là il ne verra, ou plutôt n’entendra (non sans quelque insouciance d’ailleurs), que les alertes sonores annonçant les attaques de zeppelins sur la capitale.

 

1917


De plus en plus passionné de musique, il écrit à sa mère dès février : « Je suis fait pour ça et mon plus grand bonheur serait d’y consacrer, sinon toute, du moins une grande partie de ma vie. » Sa première année de droit validée en juillet, il préfère fuir la vie parisienne qui ne lui convient pas et s’en retourne rapidement à Nice.

 

1918


Il rejoint un groupe d’étudiants catholiques appelé « Cercle Montalembert » dont il devient le président en décembre : il y découvre les poèmes de Francis Jammes et donne des conférences à propos des œuvres de Frédéric Mistral.

 

1919


Exerçant au barreau de Nice où il retrouve son ami Georges Neveux, il devient alors, à l’âge de 19 ans, le plus jeune avocat de France. Il signe pendant les mois d’été sa première œuvre, un Ave Maria pour voix et piano composé pour l’Assomption et envisage d’illustrer Tristesses de Jammes.

 

1920


Il devient, de janvier à mars, l’élève d’un ancien de la Schola Cantorum, Albert Groz. Mais dès le mois d’avril, il est appelé à effectuer son service militaire : il sera sapeur de seconde classe au 7e Génie d’Avignon. Même si la discipline militaire lui pèse énormément, il parvient néanmoins à composer et commence avec enthousiasme Inscriptions sur des poèmes de Neveux.

 

1921


Il quitte Avignon et rejoint pour quelques mois l’Ecole du Génie de Versailles en tant qu’élève officier de réserve de la 6ème Brigade : cette parenthèse près de la capitale lui permet notamment d’assister à une représentation du Pelleas et Mélisande de Claude Debussy. Mais, dès le mois d’octobre, il doit s’embarquer pour Alger où il devient sous-lieutenant au sein de la troisième compagnie (Hussein-Dey) du 19ème Bataillon du Génie ; il rentrera finalement à Nice en mars de l’année suivante et sera démobilisé peu après.

 

1923


Alors qu’il a finalement décidé quelques mois plus tôt de se consacrer corps et âme à la musique, Maurice Jaubert quitte Nice en janvier pour s’installer à Paris (une petite chambre près du Panthéon) où il retrouve son ami Pierre de Sentenac ainsi qu’Albert Groz avec lequel il approfondit ses connaissances en harmonie et contrepoint. Très vite, il se lie d’amitié avec les musiciens Jacques Brillouin, PierreOctave Ferroud et Marcel Delannoy par l’intermédiaire du compositeur Arthur Honegger qu’il a rencontré dès février. Ce dernier lui dédie le prélude de ses Trois contrepoints qu’il vient d’achever.

 

Afin de subvenir à ses besoins, Jaubert rejoint en mars (et jusqu’en juillet) la comptabilité de la Compagnie Algérienne. Outre des mélodies sur des poèmes de Tagore (Mort, ta servante est à ma porte…, extrait de l’Offrande Lyrique du philosophe bengali, traduit par André Gide), de Stéphane Mallarmé (Feuillet d’Album) et de Paul-Jean Toulet (A l’Alcazar Neuf), il compose à l’occasion, une fois de plus, de l’Assomption, un Offertoire pour Chœur Mixte a capella puis une Suite pour Violoncelle et Piano. En décembre, il commence à tenir la chronique « La Quinzaine Musicale à Paris » pour Le Petit Niçois et choisit pour pseudonyme Maurice Gineste, du nom d’une maison de famille au Plan de Grasse.

 

1924


Il compose quatre Romances de Toulet pour chant et piano, Marines pour violon et piano, cinq Chants sahariens (sur des poèmes touareg), une Fantaisie pour piano et orchestre, Quatre Pièces brèves pour orchestre. Il participe aussi aux « Jeudis de Musique du Caméléon » organisés par la cantatrice Marcelle Gérar dans une sorte de bistrot désaffecté de Montparnasse : pour la première fois, sa musique est exécutée en public.

 

1925


Remplaçant Pierre-Octave Ferroud, Jaubert travaille pour la maison Pleyel afin d’enregistrer des rouleaux destinés à un piano automatique (le « Pleyela ») : il y rencontre le compositeur Maurice Ravel. Il compose sur une idée de Claude-André Puget Les Pêcheurs, un divertissement chanté et dansé qui ne sera finalement jamais monté mais dont un Fragment est joué au Caméléon sur Pleyela, le 8 mars. A cette occasion, le compositeur Alexis Roland-Manuel (qui présente le programme) surnomme Jaubert « Le Méditerranéen ».

 

Après un Impromptu pour piano et un cycle intitulé Le Tombeau de l’Amour (quatre mélodies inspirées des Lettres à Emilie sur la Mythologie de Charles-Albert Demoustier), il écrit à l’automne une musique de scène pour la pièce Le Magicien Prodigieux monté par Henri Ghéon et Les Compagnons de Notre-Dame, dont la première a lieu le 3 décembre au théâtre Albert 1er à Paris : destinée à trois voix de femme, Pleyela et batterie, cette partition est l’occasion pour lui de croiser la route d’une jeune cantatrice du nom de Marthe Bréga.

 

1926


Le cinéma vient à lui timidement : devenu réalisateur, son ancien camarade de jeux Jean Renoir lui confie en effet le soin d’élaborer la sélection musicale destinée à accompagner les projections de son dernier film, Nana. Le 7 octobre, Maurice et Marthe se disent « oui » en l’église de la Trinité à Paris (le compositeur vient de lui dédier ses Deux poèmes de Malherbe), sous le regard de Maurice Ravel qui est témoin.

 

1927


Il dirige en janvier la première du Angélique de Jacques Ibert et compose, sur un livret de Georges Neveux, un « opéra de chambre » en deux actes et cinq tableaux intitulé Contrebande. Il rencontre l’écrivain Jean Giraudoux alors qu’il adapte pour chant, quatuor à cordes et piano, deux poèmes tirés du roman Elpénor paru un an plus tôt. Il signe également deux pièces pour piano réunies sous le titre Guitares et finit ses Six Inventions pour piano commencées en 1924. Sa fille Françoise naît le 4 août de cette même année.

 

1928


Si le projet de monter Contrebande au théâtre Bériza sera finalement abandonné à l’été, son quatuor pour harpes Tambourin (destiné à la formation de Marie-Louise Casadesus) et ses Trois Sérénades (sur des poèmes d’Apollinaire, Jammes et Supervielle) sont créés dès le début d’année. Il compose sa deuxième partition pour la scène en collaborant avec Henri Soumagne pour Terminus que donne en septembre la compagnie Gaston-Baty au théâtre de l’Avenue, et réadapte dans la foulée l’essentiel de cette musique pour un spectacle de l’actrice Renée Falconetti intitulé Attractions, qui ne sera lui monté qu’en 1931. Au même moment, il se voit confier la chronique des disques à L’Europe Nouvelle, une fonction qu’il occupera pendant un peu moins d’un an. Cette année-là sort également sur les écrans Maldone, réalisé par Jean Grémillon : Jaubert n’est pas crédité mais il aurait participé à l’élaboration de la partition.

 

 

Florent Groult

Florent Groult

Rédacteur en chef adjoint
Né en 1974, originaire de Normandie, Florent Groult grandit au contact de la musique classique et, par trois coups de baguette (le King Kong de 1933, Forbidden Planet et Jaws) assénées au travers d'un écran TV, est touché assez tôt par la magie du cinéma. Il était sans doute inévitable que les deux finissent un jour ou l'autre par se conjuguer en une seule et même passion. Ce sera chose faite en 1993, à l'occasion de la sortie française du Dracula de Francis Ford Coppola. Fasciné dès lors par l’interaction entre musique et image qui lui révèle des horizons infinis de découvertes, il rejoint d'abord les membres de l’association caennaise CinéScores, contribuant modestement à leur fanzine et leur émission de radio sur une antenne locale (1994-1999), avant de participer à la création de l'association Colonne Sonore / L'Ecran Musical (1999-2002). En 2008, il co-fonde avec Olivier Desbrosses- UnderScores : le Magazine de la Musique de Film pour lequel il occupe depuis le poste de rédacteur en chef adjoint. En 2011, il contribue à l'ouvrage collectif intitulé John Williams : Un Alchimiste Musical (Editions L'Harmattan) et signe ses premières notes de livret pour le label spécialisé Music Box Records. Il devient par ailleurs cette même année membre de l'International Film Music Critics Association (IFMCA). La passion plus que jamais vivace, l'aventure continue aujourd'hui...
Florent Groult