John Williams festif à Pleyel

Press Room | Tapis Rouge | Par Stéphane Abdallah | Publié le 08/08/2012   

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, c’est un peu la Rolls Royce des compositeurs de cinéma. Comme une belle anglaise, sa musique est luxueuse, puissante et confortable. Et si on est rarement surpris, on n’est jamais déçu. On sait que , lui même compositeur pour l’image et pour le concert, admire énormément le musicien américain, qu’il a dirigé à plusieurs reprises ces dernières années. Avec le vénérable Orchestre Colonne, il nous proposait le 10 juin dernier à la salle Pleyel un programme réjouissant, quoique qu’un peu convenu, reprenant la plupart des grands succès du compositeur composés pour Steven Spielberg et Georges Lucas. Public jeune, ambiance déboutonnée et festive, un peu « Prom’s » : gageons que la majeure partie de l’auditoire était venue pour retrouver ces piliers. C’est presque une loi du genre dans les concerts de musique de film : chaque extrait a fait l’objet d’une petite introduction du chef, pratique à l’utilité discutable, voire même légèrement discriminante. Quoiqu’il en soit, Petitgirard, toujours très dissert, s’est prêté au jeu avec humour.

 

C’est donc surtout le Williams martial et épique qui était à l’honneur. Et quoi de mieux pour débuter un concert que la marche de Superman ? Véritable ouverture à l’ancienne qui balaye les principaux thèmes de la partition avant une coda brillantissime, elle prélude à un feu d’artifice cuivré où s’enchainent Star Wars, Raiders Of The Lost Ark (Les Aventuriers de l’Arche Perdue), E.T., Jurassic Park, Jaws (Les Dents de la Mer) et quelques autres, pour se terminer en apothéose avec des extraits du premier volet de Harry Potter. Petitgirard opte dans l’ensemble pour des tempi modérés, manquant parfois un peu de nerfs et de rebond, comme dans la longue suite Adventures On Earth de E.T. Signalons cependant une interprétation électrisante de la marche impériale de The Empire Strikes Back (L’Empire Contre-Attaque) ainsi qu’un Duel Of The Fates très enlevé («Accrochez-vous les jeunes, ça va très vite» annonce le chef) avec le chœur de l’Orchestre Colonne, convié pour l’occasion.

 

L’un des moments fort de la soirée fut incontestablement la suite de Close Encouters Of The Third Kind (Rencontres du Troisième Type), l’un des chefs d’œuvre du compositeur. Comme le souligne Petitgirard, Williams est allé chercher ici ses modèles chez les avant-gardistes les plus rudes des années 60/70, Ligeti et Penderecki en tête. Plus poème symphonique que suite, la pièce commence comme une musique de nuit bruitiste pour se terminer, après quelques passages à la Debussy, dans une gloire orchestrale finalement très romantique, comme un voyage à rebours à travers l’évolution du langage musical au XXème siècle.

 

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Un concert Williams sans le générique de Star Wars ne se conçoit pas. Il n’y avait qu’un suspense très relatif sur le contenu du bonus final. Finalement, seul le petit extrait de Schindler’s List (La Liste de Schindler) offrait un îlot de calme au milieu d’une débauche de cuivres et de percussions. On regrette qu’une place plus grande n’ait pas été faite à des pages d’un style plus délicat qui auraient agréablement aéré le programme. Il y a pourtant de bien jolies choses dans The Cowboys (Les Cowboys), Jane Eyre ou The River (La Rivière). Sans doute est-il difficile d’obtenir le matériel d’orchestre de ces partitions moins connues. The Cowboys est pourtant régulièrement dirigé par Williams lui-même…

 

L’orchestre, bien fourni (cinq percussionnistes, six cors, piano, celesta, chimes, cloches tubulaires…), avait de quoi faire chauffer la rutilante mécanique de Williams. Malgré quelques attaques approximatives, les musiciens, visiblement impliqués et même par moments galvanisés par l’enthousiasme du chef, font une belle prestation, avec en particulier d’excellents solistes (cuivres, bois). C’est donc les oreilles un peu fatiguées mais impressionné par la verve et la générosité du musicien américain que l’on quitte la salle, convaincu une fois de plus que la place de Williams est au concert autant qu’à l’image, tant sa musique semble naturellement emplir l’espace sonore. Entendues ainsi sans les images, on réalise à quel point ses compositions sont proches de celles d’un William Walton ou d’un Malcolm Arnold, ses frères d’armes anglais, qui se sont comme lui beaucoup illustrés dans le genre épique. Avec eux, Williams partage une maîtrise et une facilité (apparente) qui ne s’embarrassent guère de questionnements esthétiques, perpétuant un sens du grand geste lyrique qui fait trop souvent défaut à la musique d’aujourd’hui.

 

Fidèle à leurs habitudes, Petitgirard et ses musiciens ont joué une création contemporaine, En Prévision, de la jeune compositrice russe Maria Koval (présente dans la salle). Comme le chef l’a souligné, il s’agit d’une pièce au langage moins direct que Williams, mais son orchestration riche et ses couleurs mystérieuses ne détonnent pas trop dans cette célébration hollywoodienne. C’est l’occasion de saluer le dynamisme et la qualité de la programmation de l’Orchestre Colonne, qui pourrait de ce point de vue en remontrer aux formations largement mieux dotées que sont l’Orchestre National et l’Orchestre de Paris. Actifs depuis plusieurs années dans l’enregistrement de musique de film, Petitgirard et ses musiciens trouvent le temps de donner à Paris des oeuvres rarissimes, comme le superbe Service Sacré d’Ernest Bloch, joué en mai à la Grande Synagogue. Signalons enfin pour être complet que le programme Williams a été donné trois fois successivement à Pleyel et en juillet à Reims dans le cadre des Flâneries Musicales.

 

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