Cracovie 2012 : chroniques du festival

Press Room | Tapis Rouge | Par Florent Groult | Publié le 13/08/2012   

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Le poids de l’Histoire ne pèse pas, semble-t-il, sur Cracovie. Pourtant, la charmante cité polonaise pourrait fort bien se satisfaire de la richesse de ses mille ans et laisser son passé l’empoussiérer doucement… Au contraire, elle paraît afficher en ce début de XXIème siècle une jeunesse et un dynamisme étonnants, bien décidée à faire de ses atouts historiques le moteur de son indéniable modernité. Quelques jours sur place et le constat s’impose de lui-même : le visiteur diurne n’a pas fini d’en prendre plein les yeux et les oreilles à chaque coin de rue, tandis que la vie nocturne paraît, elle, devoir s’avérer fatale pour le plus endurci des célibataires… Et c’est bien ici aussi que se tient depuis cinq ans l’un des festivals internationaux de musique de film les plus prestigieux.

 

Du 24 au 26 mai dernier s’est donc tenu le Festiwal Muzyki Filmowej de la ville de Cracovie. Bien sûr on espère toujours que ce genre de manifestation soit avant tout une affaire de rencontres : sur ce point, on ne saurait exiger des organisateurs polonais qu’ils instaurent la même chaleur familiale qui a fait le sel du festival espagnol d’Ubeda (aujourd’hui Cordoue) depuis des années. Mais si l’accueil est mesuré, l’événement tout entier n’en est pas moins chaleureux et fait surtout montre d’un professionnalisme exemplaire.

 

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Le programme de cette cinquième édition a d’abord accordé une large place à des conférences aux approches variées. Spécialiste des relations publiques et président de la compagnie Costa Communications, Ray Costa a ainsi longuement pu éclairer l’importance de son travail auprès des compositeurs et la difficulté de pousser ses clients sur le devant de la scène hollywoodienne : «Être compositeur de musique de film, ce n’est pas sexy pour les médias !» annonce-t-il d’emblée non sans humour, «le métier implique une vie souvent solitaire.» Evoquant les campagnes de promotion entourant les différentes grandes cérémonies de récompenses (Oscar, Golden Globes, Tony, BAFTA, Grammy…), il insiste sur le rôle crucial que peuvent jouer les médias (le Hollywood Reporter, le L.A. Times…) pour attirer l’attention et la nécessité de tirer parti de toute occasion qui se présente, telle que réunir les compositeurs avec les acteurs principaux des films, ou encore leur organiser des rencontres avec des chanteurs en vue, autant d’instants évènementiels qui peuvent constituer des atouts précieux dans la course aux nominations. «Bien entendu, il est impossible de nous adresser directement aux votants, c’est interdit» explique-t-il avec un sourire malicieux, «mais la plupart étant membres de l’American Society of Composers, Authors and Publishers (ASCAP), ils sont invités dès qu’une soirée est organisée.» Et puis il est parfois nécessaire de canaliser les efforts : «En 2011, tout le monde s’accordait à dire qu’Alexandre Desplat méritait d’être nominé à l’Oscar dans la mesure où il était cette année-là considéré comme l’un des compositeurs les plus talentueux et prolifiques. Seulement, il avait travaillé pour huit films ! La question est alors de savoir quelle partition nous devons promouvoir plus que les autres…»

 

Ray Costa en profite également pour pointer du doigt les absurdités et égratigner un système dont les règles peuvent changer du tout au tout d’une année sur l’autre sans grand discernement. Les cas d’inéligibilité de telle ou telle partition sont ainsi parfois édifiants : «Prenez le cas de Happy Feet qui a demandé trois ans de travail à John Powell : au bout du compte il y a 1h20 de musique originale, des allers/retours incessants entre la Californie et l’Australie, des enregistrements avec plusieurs centaines de choristes, et pour à peine quinze minutes de chansons préexistantes arrangées spécialement, la partition a été disqualifiée. De même, vous pouvez nominer deux compositeurs pour une même musique, mais ils doivent pour cela avoir véritablement travaillé ensemble. Pour My Week With Marilyn, Alexandre Desplat n’a écrit que le thème principal et Conrad Pope, qui est lui-même un excellent compositeur, a travaillé autour de ce thème. Pour cette simple raison la partition toute entière était inéligible cette année.» Mais le métier réserve fort heureusement son lot de satisfaction. «L’une des campagnes dont  je suis le plus fier est celle de The Passion Of The Christ (La Passion du Christ) : l’exposition a été maximale grâce à un talk-show à la télévision pendant lequel un orchestre et des chœurs interprétaient la musique. Malgré tout, nous n’avons pas obtenu de nomination aux Golden Globe, et j’ai dit à John (Debney) : «Ce n’est pas grave, c’était magnifique.» Et finalement nous avons eu une nomination à l’Oscar.»

 

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Le soir même, le premier grand rendez-vous musical est une première mondiale : l’interprétation en direct, simultanément à la diffusion du film sur grand écran, de l’intégralité de la musique de Perfume : The Story Of A Murderer (Le Parfum : Histoire d’un Meurtrier), composée par , et . Sur scène, le Sinfonietta Cracovia assorti de deux ensembles vocaux est placé sous la direction du chevronné Ludwig Wicki : l’interprétation et la synchronisation sont impeccables, tout juste regrettera-t-on un mixage quelque peu bancal qui relègue parfois en arrière-plan des lignes entières de dialogues devenant de fait difficilement compréhensibles. Mais pour une fois, la musique en recueillant le bénéfice, avouons qu’il serait bien mal avisé de s’en plaindre ! Le public quant à lui, attentif et discipliné, semble tout à fait conquis par les deux heures et demi qu’offre l’expérience qui, quelle que soient les réserves que peuvent susciter chez les uns et les autres le film ou sa partition, est en elle-même une parfaite réussite. «En fait, Tom et moi n’avons absolument rien préparé pour ce concert» nous confiera plus tard Heil, «Ludwig Wicki a effectué tout le travail et compte tenu de son expérience en la matière, nous lui avons fait entièrement confiance. Nous avons donc découvert le résultat en même temps que le public. C’était formidable.»

 

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Autre rencontre, autre sujet : la passion de la musique de film. Parmi quelques journalistes invités à faire part de leurs expériences, prenant la parole à tour de rôle, Robert Townson sera bien évidemment amener à évoquer sa déjà longue carrière chez Varèse Sarabande, revenant notamment longuement sur la production de son coffret Spartacus (un projet dont on sait qu’il lui tenait particulièrement à cœur) ainsi que la distance qu’il garde vis-à-vis des attentes des collectionneurs les plus complétistes («Ma responsabilité est de présenter chaque partition de la manière que j’estime la plus adéquate») tandis qu’Emmanuel Chamboredon (Milan Records) donnera entre deux souvenirs son sentiment pour le moins bienveillant envers la technologie numérique et la dématérialisation : «Il y a trente ans, lorsque j’ai commencé à produire du CD au détriment du vinyle, j’ai été détesté par les fans. Hier soir, il y a eu ce merveilleux concert et ce matin, je suis allé sur le iTunes de Pologne et l’album du Parfum était classé 32ème des ventes ! Au-delà de la question du support, je pense que les gens recherchent plus d’émotion aujourd’hui.» Cette conférence aura également été l’occasion pour l’International Film Music Critics Association (IFMCA) de s’exposer publiquement par l’intermédiaire de plusieurs de ses membres, les polonais Lukasz Waligorski, Damian Soltysik et Lukasz Wudarski ainsi que l’américain Jonathan Broxton, invité tout spécialement pour animer la séance.

 

La soirée qui suit prend la forme d’un beau et grand gala d’anniversaire : à l’occasion des 80 ans de , et en sa présence, c’est un splendide programme entièrement consacré à l’œuvre cinématographique du célèbre compositeur qui est proposé, malheureusement constamment entrecoupé d’interventions (pour la plupart filmées et projetées sur grand écran) de différentes personnalités venues parfois longuement saluer le compositeur, et ce pour les besoins de la télévision polonaise qui diffusera le concert à la fin du mois de juillet.

 

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Centrée sur sa production pour le cinéma de son pays, la première partie déroule les mélodies tirées aussi bien de longs et de courts métrages que de téléfilms signés pour la plupart Zanussi, Wajda, Majewski ou Hoffman : du tango enlevé de Zazdrość I Medycyna aux superbes valses de Trędowata (La Lépreuse) et de Ziemia Obiecana (La Terre de la Grande Promesse), de la marche de Kronika Wypadków Miłosnych (Chronique des Evénements Amoureux) aux thèmes de Iluminacja (Illumination), Hipoteza, Kontrakt (Le Contrat) and Bilans Kwartalny (Bilan Trimestriel), Smuga Cienia jusqu’à la grande et fière polonaise de Pan Tadeusz (Pan Tadeusz - Quand Napoléon traversait le Niemen), l’Orchestre Symphonique et le Choeur de la Radio Nationale de Pologne, placés sous la direction de José Maria Florêncio, offre une belle et profonde sonorité dans les cordes qui sert à merveille l’expressivité mélodique de la sélection retenue.

 

Après un court entracte, la deuxième partie s’ouvre sur un percutant Vampire Hunters qui donne le ton. Cette fois, l’accent est mis sur les partitions les plus internationales, assurément les plus connues à la fois du grand public et des passionnés. Difficile alors de résister au romantisme enivrant de Portrait Of A Lady (Portrait de Femme), aux accents incisifs de The Death And The Maiden (La Jeune Fille et la Mort), à la délicate mélancolie de The Pianist (Le Pianiste) ou au mysticisme troublant de The Ninth Gate (La Neuvième Porte) dont le titre phare, Vocalise, est porté par la voix de la soprano Iwona Hossa. Mais c’est bien entendu la longue et généreuse suite de Dracula qui va littéralement enflammer la salle d’autant que, outre les belles mélodies douces amères connues de tous, elle inclut également la fameuse course contre le soleil, l’une des plus intenses séquences musicales du film de Francis Ford Coppola. «Je vous suis très reconnaissant pour tout ce que vous avez offert à nos oreilles» déclarera notamment Krzysztof Zanussi dans l’une des interventions filmées. Ce soir-là, c’est toute une salle, et par là-même tout un pays, qui de sa ferveur remercie l’un de ses compositeurs les plus respectés et talentueux. Un très grand moment.

 

 

- PAN TADEUSZ (Polonaise)

 

Centre de la vie culturelle en Pologne, Cracovie ne pouvait passer à côté d’une occasion de se mettre en valeur sur le plan cinématographique. Ce sera chose faite au travers d’un grand exercice de promotion organisé sous l’égide de la Commission Cinématographique de la ville et réunissant les différents protagonistes du film Perfume : Story Of A Murderer. Le réalisateur et le compositeur bien sûr, mais aussi les producteurs Christoph Becker et Christine Rothe de la compagnie Constantin Film. Il sera notamment question du choix des lieux de tournage, de la main d’œuvre ou des aspects purement législatifs (droits d’adaptation), et une partie du sujet portera sur la musique : «Il y a d’excellents musiciens à Cracovie, comme on a pu l’entendre» juge Tykwer, «et il serait sans aucun doute intéressant de savoir dans quelle mesure les compositeurs peuvent enregistrer ici.» «C’est avant tout une question de personnes» renchérit Christoph Becker, «musiciens, techniciens, on a besoin de gens à qui on peut faire entièrement confiance.» Mais, comme on peut s’en douter, tout cela ne saurait s’envisager sans tenir compte des contraintes budgétaires : «Avez-vous une politique spéciale en matière de baisse de taxes en Pologne ?» questionne soudain Christine Rothe, incisive, «Voilà un argument essentiel pour convaincre une compagnie de production. Pour le reste, il faut savoir qu’une ville comme Munich, par exemple, n’offrira jamais les possibilités d’une capitale comme Berlin, mais elle a ses propres trésors, les châteaux, les paysages. C’est la même chose ici, à Cracovie : vous devez absolument mettre en exergue vos atouts.»

 

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L’une des conférences les plus denses du festival aura été celle, particulièrement intéressante, portant sur la notion de réussite pour les compositeurs de cinéma à Hollywood, et donc des innombrables difficultés que beaucoup d’entre eux vont rencontrer au cours de leur carrière. «De plus en plus de compositeurs européens travaillent pour des films américains, mais la compétition est féroce» explique Nancy Knutsen, vice-présidente l’American Society of Composers, Authors and Publishers (ASCAP), «Agents, publicistes, avocats, orchestrateurs, il y a tout une équipe derrière et les jeunes compositeurs qui n’ont ni les relations ni l’argent doivent tout faire eux-mêmes.» La directrice de l’agence Air-Edel, Maggie Rodford, insiste : «Sur un film à gros budget, il y a facilement deux cents personnes engagées. Vous devez vous rendre compte qu’afin que tout marche pour un compositeur, à cause des délais toujours plus courts, des impératifs de dernière minute, vous avez besoin d’une équipe solide qui assurera physiquement les différentes tâches.» Le compositeur témoigne à son tour : «La clef, c’est la communication. Les malentendus sont aisés quand on communique mal avec ses collaborateurs. Le travail avec un réalisateur, un producteur, c’est comme n’importe quelle relation : vous arrivez avec des attentes, des espoirs, et au bout du compte cela peut être magique ou décevant, voire même douloureux.»

 

D’autres éléments peuvent-ils faire la différence ? «Le succès peut arriver à n’importe quel moment d’une carrière» affirme Maggie Rodford, «mais l’important, c’est la passion : elle peut vous sortir des situations les plus ardues. Si vous aimez ce que vous faites, les temps difficiles le seront moins.» Et à Nancy Knutsen d’ajouter : «Il y a tant de niveaux de réussite selon le compositeur : parfois c’est tout simplement de parvenir à achever une première partition, pour d’autres c’est d’obtenir un succès commercial. Je connais un compositeur talentueux, qui a les diplômes les plus prestigieux, et qui depuis des années travaille pour des soaps à la télévision américaine. Et il est très heureux, c’est sa propre success story !» On mesure alors sans peine qu’être un jeune compositeur débarquant à Los Angeles n’est pas chose facile. «Beaucoup d’européens sont déçus de ne pas pouvoir passer à l’étape suivante à Hollywood. C’est pourquoi je les encourage souvent à garder le contact avec le milieu cinématographique de leur pays» constate Maggie Rodford. «Mon conseil ? Acceptez toutes les opportunités qui se présentent à vous, même celles qui vous paraissent les moins intéressantes, vous ne savez jamais à quoi cela peut vous mener. Et en toutes circonstances, privilégiez les relations, les contacts.»

 

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Animée par Ray Bennet, chroniqueur régulier pour (entre autres) le Hollywood Reporter, la conférence qui réunit enfin la réalisatrice Julie Taymor et le compositeur , partenaires dans le travail comme dans la vie, s’avèrera elle aussi un rendez-vous passionnant et incontournable. Loin de faire le tour de la question, elle permettra néanmoins de mettre en lumière la force du lien artistique qui lie les deux personnalités. Pendant plus d’une heure, ils évoquent ainsi avec le public leurs collaborations pour le téléfilm Fool’s Fire et les films Titus, Frida, Accross The Universe et The Tempest, ainsi que pour Juan Darién : A Carnival Mass. La complicité entre la réalisatrice et le compositeur est manifeste. A la question de savoir si leur collaboration a permis à chacun de s’ouvrir à un plus haut niveau de créativité, la réponse est sans appel : «Oui!» «C’est un échange» renchérit immédiatement Goldenthal, «Elle est très musicale, et si parfois je cherche mes marques avec une mélodie, elle chantonne quelque chose pour suggérer où je devrais aller. Egalement dans le mélange, dans l’équilibre des choses, elle est vraiment excellente, ça m’aide beaucoup.»

 

Point d’orgue du festival, l’ultime soirée musicale était elle aussi particulièrement attendue. Robert Townson vient ainsi lui-même présenter la première partie du programme : «Lorsque j’ai vu pour la première fois ce hall, j’ai su immédiatement que ce serait un cadre idéal pour accueillir la Symphonie Biomécanique.» Profitons-en en effet pour préciser que, comme l’année passée, c’est le gigantesque hangar d’un complexe industriel désaffecté, vestige de l’époque communiste, qui aura servi de salle de concert, permettant ainsi à quelques 3500 personnes chaque soir d’assister aux représentations. Un endroit unique, inattendu et fascinant pour qui le découvre pour la première fois. Et force est de constater que Robert Townson se s’est pas trompé : drôle de sensation en effet, saisissante pour tout dire, que d’entendre résonner les accords que (Main Title, The Landing, Breakaway, The Droid, The Door, End Title), (Futile Escape, Bishop’s Countdown), (Agnus Dei, Bait And Chase, First Attack, Wreckage And Rape, Lullaby Elegy, The Entrapment, Lento, Adagio) et (Main Title, The Chapel, Ripley Meets Her Clone) ont chacun offert à la mythique saga Alien, d’autant que le Sinfonietta Cracovia, de retour sur scène ce soir-là renforcé par plusieurs formations chorales, parvient plutôt bien à rendre les spécificités organiques de chaque partition, aidé en cela par la direction engagée de Diego Navarro qui avait d’ailleurs créé la pièce en première mondiale en 2009 au festival Fumucité de Tenerife (dont il est le directeur). Pour autant, si la prestation est satisfaisante, la pièce elle-même présentée ce soir-là n’est pas sans défaut : si on comprend aisément qu’elle ait été largement étendue pour l’occasion, la partie consacrée à Alien 3, en cumulant des segments supplémentaires, s’avère finalement un brin longuette (environ vingt-deux minutes contre neuf à l’origine). Et pourquoi diable avoir cru bon de conclure l’ensemble par la tonitruance du bref thème de pour AVPR : Requiem (où est d’ailleurs celui de Harald Kloser ?) alors que la licence Alien Vs. Predator forme bien une saga à part entière, bien différente et de loin inférieure à son aînée ?

 

 

- ALIEN (End Title)

 

 

- ALIENS (Bishop’s Countdown)

 

 

- ALIEN 3 (Adagio)

 

 

- ALIEN RESURRECTION (Main Title)

 

 

- ALIEN VS. PREDATOR : REQUIEM (Requiem)

 

Mais, on l’a compris, la véritable vedette de la soirée est bien sûr . Invité d’abord sur scène pour introduire Alien 3, celui-ci précisera à l’assemblée qu’une lignée de sa famille est justement issue de Cracovie : «Mon sang coule quelque part dans vos veines. Pendant ces deux derniers jours, j’ai arpenté Cracovie, observant les gens, regardant leurs nez en me disant : «Oh ! C’est peut être un cousin…» Mon ADN est ici, quelque part !» lancera-t-il d’une voix forte sous de chaleureux applaudissements. Il en profitera également pour faire part de son émotion et rendre un hommage appuyé à un grand compositeur présent lui aussi aux devants de la salle : «Ce soir, je suis fier d’être au même endroit que le maestro Krzysztof Penderecki. Je l’admire énormément du fond de mon cœur. C’est un véritable honneur pour moi» affirmera-t-il devant un public lui-même révérencieux, frémissant lorsqu’est prononcé le nom du compositeur polonais qui se lève pour le saluer.

 

De fait, la deuxième partie du concert est entièrement consacrée à la musique de Goldenthal par le biais d’une longue sélection intitulée Cinema Of Art And Blood et constituée d’extraits de quatre partitions. Là encore, on ne pourra d’abord qu’exprimer une pointe de regret face à un programme qui fait autant la part belle à des morceaux souvent courts (et pour certains même assez anecdotiques), au risque d’alourdir une soirée déjà bien chargée, plutôt que de privilégier une présentation en véritables suites conçues pour le concert. Mais si la sélection aurait donc mérité d’être resserrée, les trois principales partitions retenues comptent parmi les plus belles de leur auteur et brillent chacune à leur manière. Interview With The Vampire (Entretien avec un Vampire) est sans doute celle qui s’avère la mieux lotie avec une vingtaine de minutes essentielles (Libera Me, Madeleine’s Lament, Santiago’s Waltz, Born To Darkness, Lestat’s Recitative…). Malgré sa véhémence, Titus s’essouffle un peu sur sa longueur (Procession & Obsequis, Revenge Wheel, Arrows Of The Gods…) mais le glorieux Victorius Titus n’a lui assurément pas fini de résonner dans toutes les têtes. Et si finalement l’intimisme de Frida pâtit sans doute le plus de cette présentation morcelée, on ne peut finalement que s’incliner à l’écoute d’une musique délicieusement romantique (The Floating Bed, Self-Portrait With Hair Down…) pour guitares, accordéon, voix et cordes dont on retiendra ce soir-là particulièrement les chansons portées par la voix chaude et sûre de la soprane Joanna Slowinska, soutenue par le trio de musiciens mexicains constitué de Ernesto Anaya, Pancho Navarro and Camilo Nu.

 

La soirée se conclut finalement, avec énergie, grâce à un Batman Forever endiablé (Obligatory Car Chase, March On Rendition) mais presque cette fois trop expédié. Il faut dire que l’orchestre toujours dirigé par Diego Navarro est lui aussi est au bout de son effort et le moins que l’on puisse dire est qu’il n’a pas démérité pendant plus de trois heures passées sur scène. Le public quant à lui est debout, et les applaudissements fusent de chaque rang. Les artistes, visiblement heureux, remontent sur scène et saluent. Au revoir ? A l’année prochaine en tout cas, pour une sixième édition que l’on souhaite aussi dense.

 

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Rédaction : Florent Groult

Réalisation vidéo : Florent Groult & Olivier Desbrosses

Montage vidéo : Olivier Desbrosses

Photographies : Olivier Desbrosses

© UnderScores 2012

 

Remerciements à toute l’équipe du Festiwal Muzyki Filmowej.

Remerciements particuliers à Aleksandra Nalepa pour son aide précieuse, sa disponibilité et sa gentillesse.