The Grey (Marc Streitenfeld)

Chroniques | Chroniques Express | Par Sébastien Faelens | Publié le 06/06/2012   

the-grey-cd-150x150THE GREY (2012)

LE TERRITOIRE DES LOUPS

Compositeur :

Durée : 35:18 | 16 pistes

Éditeur : Lakeshore Records

★★★★☆
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Complice de Ridley Scott depuis A Good Year (Une Grande Année) en 2006, semble voir sa filmographie s’épanouir avec le réalisateur de Prometheus. Et en participant à The Grey (Le Territoire des Loups) réalisé par Joe Carnahan et produit entre autres par Scott, il impose sa présence particulière dans un domaine inexploré. Car ce territoire-là est à l’image du musicien : ouvert, plus enclin à l’incertitude, aux doutes… et à la découverte.

 

Malgré les paysages uniformément glacés de l’Alaska et l’aridité de l’intrigue, le compositeur paraît évoluer en terrain connu. Writing The Letter, comme quelques autres morceaux de l’album, assortit à un motif de cordes des ambiances et des notes électroniques à la fois vaporeuses et stridentes, comme pour décrire l’influence de l’environnement sur l’homme acculé. Plus tard, Walking en reprendra d’ailleurs l’atmosphère sans le motif, illustrant la difficulté des personnages à progresser dans ce milieu hostile. Mais c’est bien l’humain qui retient l’attention au travers des thèmes musicaux en définitive peu nombreux mais cohérents. De prime abord froid et distant, c’est justement par des mélodies ténues que Streitenfeld se fait le relais sensible des ressorts psychologiques : Suicide, qui évoque la mort comme une possible échappatoire, et You Are Gonna Die, qui fait du recueillement un refuge, posent les bases d’une émotion, entre tragédie et fragilité, qui servira de contrepoids au cauchemar gris de Eyes Glowing et The Morning After.

 

On serait tenté d’opposer purement et simplement ces deux aspects de la partition car le second, en décrivant la menace et l’horreur, verse souvent dans l’ambiance atonale et s’attache plus aux sonorités qu’à la mélodie. Mais cette sensibilité pudique et ses touches diffuses gagnent en densité précisément au contact des passages menaçants : liés par opposition, l’intelligence émotionnelle et la terreur instinctive accompagnent les personnages sur un même chemin dangereux et désespéré, au point que le souvenir du piano dans Wife Memory ou la guitare de Life And Death deviennent presque réconfortants. Après un Lagging Behind versant carrément dans l’horreur spatiale où l’orchestre «aliéné» contraste d’ailleurs avec les instrumentations moins familières des morceaux précédents, Running From Wolfes y ajoute des percussions et des cuivres ronflants qui poussent les personnages à se réfugier dans leurs souvenirs (Daughter Appears, qui reprend le thème de You Are Gonna Die).

 

En reprenant le thème de la mort, Alpha dessine la sortie d’un tunnel vers la lumière salvatrice. Bien qu’il porte le nom du pire prédateur, ce morceau sonne pourtant comme une libération. Into The Fray confirme ensuite l’effacement de toutes les douleurs… Entre dangers et introspections, le score de The Grey retrace avec tact et densité un périple dont la survie n’est pas nécessairement l’enjeu. Tandis que beaucoup se battent pour survivre, certains attendent d’embrasser la Mort.

 

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