Delerue par Delerue

Hommage à Delerue | Biographie | Par Olivier Desbrosses | Publié le 22/03/2012   

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Je suis né en province, à Roubaix pour être plus précis. Dans cette ville où s’agitaient quelque 90.000 personnes, le cinéma se portait bien. Il y avait, je crois me souvenir, sept salles dont les deux plus importantes étaient Le Colisée et Le Casino. A ce propos, je me souviens d’une anecdote : dans le journal local, il y avait une publicité pour le cinéma Le Casino où il était écrit en très gros caractères : « POUR QUATRE FRANCS UN FAUTEUIL ». Le titre du film était imprimé, lui, en petit. Evidemment, toute la semaine on pouvait lire cette publicité, et un jour, une voisine déclara à ma mère : « Pour moi, c’est fini, je ne vais plus au Casino. On voit toujours le même film, Pour Quatre Francs Un Fauteuil. » Mes parents, qui adoraient aller au cinéma, m’y ont amené très jeune, et pour moi c’était vraiment la fête, et aussi le mystère et la magie…

 

Un jour, j’ai trouvé un bout de pellicule 35mm. Je n’ai jamais su de quel film il s’agissait, mais j’ai essayé alors (je devais avoir cinq ans) de construire un appareil de projection avec un jeu de Meccano, des bouts de carton et une lampe de chevet. J’étais mauvais bricoleur. Cela n’a pas changé…

 

Je me suis vite rendu compte qu’il était au-dessus de mes moyens d’essayer de faire bouger « comme au cinéma » les personnages de la pellicule trouvée. Alors, pendant de longues soirées, j’ai décalqué sur du papier transparent des têtes de personnages célèbres que j’avais découvert dans le Petit Larousse. « Pendant ce temps, disait ma mère, il n’embête personne et en plus il s’instruit. »

 

Je faisais donc des rouleaux de ces papiers sur lesquels j’avais dessiné ces têtes célèbres et, grâce à une loupe (chose rare) que j’avais chipé à mon grand père, mon Meccano, une lampe et le carton, je me faisais des projections privées. J’ai passé ainsi de très nombreuses soirées, heureux de retrouver un peu de cette magie que j’aimais tant.

 

Très vite, j’ai essayé d’acheter un Pathé Kid. C’était ce qu’il y avait de moins cher. J’ai fait des économies, mais malheureusement, chaque fois que j’avais réuni la somme nécessaire à l’achat de ce miraculeux Pathé Kid, le prix avait augmenté entre temps. C’est donc très jeune que j’ai compris le principe de l’inflation, car jamais, au grand jamais, je n’ai pu acheter ce fameux Pathé Kid…

 

Donc la passion du cinéma m’a atteint très jeune, et si je ne suis pas devenu metteur en scène ni projectionniste, mais compositeur de musique, comme par hasard, je compose pour le cinéma…

 

Georges Delerue

 


Extrait de Georges Delerue : Une Vie, de Frédéric Gimello-Mesplomb - Éditions Jean Curutchet, 1998 - Reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur. Texte paru précédemment dans les Cahiers du Cinéma (mai 1991). La version complète peut être consultée sur le site de l’auteur.

 

 

LA NUIT AMÉRICAINE - Grand Choral