John Carter (Michael Giacchino)

Chroniques | Chroniques Express | Par Olivier Desbrosses | Publié le 16/03/2012   

john-carter-cd-150x150JOHN CARTER (2012)

JOHN CARTER

Compositeur :

Durée : 74:15 | 19 pistes

Éditeur : Walt Disney Records

★★★★★
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Un univers de fantasy foisonnant de créatures et de décors extra-terrestres, une princesse en danger, un héros archétypal… Un rêve pour tout compositeur ambitieux, et une opportunité que n’avait pas l’intention de rater. S’il n’a jamais travaillé auparavant avec Andrew Stanton, réalisateur de Finding Nemo (Nemo) et Wall-E, le compositeur est un habitué des studios Pixar, ayant déjà donné le meilleur de lui-même pour The Incredibles (Les Indestructibles), Ratatouille, Cars 2 et Up (Là-haut), qui lui a d’ailleurs offert son premier Oscar.

 

Ce qui se dégage au prime abord de la partition de John Carter, c’est un parfum de grande aventure hollywoodienne comme on n’a plus que rarement l’occasion d’en entendre dans les salles obscures, tant les exécutifs des studios sont persuadés que le public rejette désormais cette approche symphonique à l’ancienne. Stylistiquement, le score se rapproche avant tout de la saga des Medal Of Honor sur laquelle le compositeur a brillamment fait ses premières armes il y a une douzaine d’années. A l’identique, Giacchino se lâche sans retenue, comme il n’a jusqu’à présent eu que rarement l’occasion de le faire au cinéma, dans des élans romantiques et épiques d’une grande richesse. On peut également y discerner une parenté certaine avec Maurice Jarre, en particulier dans les percussions d’Emil Richards (par exemple, la fin de Thark Side Of Barsoom ou encore The Second Biggest Apes I’ve Seen This Month), ce dernier ayant d’ailleurs fréquemment collaboré avec le compositeur lyonnais. Pas très étonnant, d’abord parce que le pitch du film peut aisément être rapproché de Lawrence Of Arabia (un homme se retrouve seul, dans un désert totalement étranger, et va devoir apprivoiser les autochtones, avant de devenir leur leader et de les mener au combat), ensuite parce le score de Jarre pour le film de David Lean fait partie des musiques temporaires utilisées sur le premier montage de John Carter

 

Qui dit « old school » sous-entend bien sûr pléthore de développements thématiques, et le compositeur ne s’en est pas privé. Son héros y gagne un thème plein de noblesse et extrêmement malléable qui subira de nombreuses variations tout au long du métrage. Tout d’abord aérien et mystérieux, il évolue ensuite vers des déclinaisons plus guerrières, en passant par un savoureux pastiche de western (Get Carter) et une valse légère et enjouée (Gravity Of The Situation), avant de s’achever en apothéose épique dans le dernier acte. Certaines séquences bénéficient aussi d’une thématique propre, comme celles du mariage et de la grande bataille qui s’ensuit (The Prize Is Barsoom et The Fight For Helium) : un morceau de bravoure qui évoque même les grandes heures de John Williams sur les sagas d’Indiana Jones et de Star Wars. L’action n’est d’ailleurs pas en reste, et on ne peut que s’enthousiasmer à l’écoute d’un Sab Than Pursues The Princess tellement frénétique qu’il rappelle par instants le dynamisme de Speed Racer et constitue une brillante démonstration de l’énergie considérable que le compositeur est capable de développer : envolées de cordes, cuivres retentissants, rythme ébouriffant et fulgurances héroïques évoquant carrément la tonalité d’un swashbuckler (la scène pourrait d’ailleurs tout à fait se dérouler sur le pont d’un trois-mâts). Enfin, la princesse Dejah, héroïne à la fois volontaire et fragile, se voit revêtir d’une mélodie proprement sublime, d’une extrême délicatesse, qui rappelle dans sa construction le magnifique Parting Words de Lost et constitue le cœur émotionnel de la partition. D’abord presque hésitant, tout de cordes frémissantes (au début de Thark Side Of Barsoom), son thème prend de plus en plus d’assurance (Carter They Come & Carter They Fall et A Change Of Heart) avant de s’élancer crescendo dans une emphase qui, encore une fois, n’est pas sans rappeler l’approche décomplexée d’un Williams. L’album s’achève sur John Carter Of Mars, une longue suite qui synthétise l’univers thématique du film, débutant par une marche guerrière enluminée de percussions et de chœurs belliqueux avant d’offrir un très beau développement du thème de la princesse et de se conclure très logiquement sur une ultime variation de celui du héros.

 

De toute évidence, l’émotion est la préoccupation principale du compositeur, qui laisse peu ou prou de côté les tics souvent associés à la musique de science-fiction pour se concentrer avant tout sur les personnages, faisant preuve d’une apparente naïveté qui est aussi l’une des principales qualités de la partition et démontre l’intelligence de son approche. On y trouve d’ailleurs la même sincérité que dans le film d’Andrew Stanton. Et si le style inimitable du compositeur y est intact et transpire de chaque note, il se fait également plus riche, plus large, plus massif que jamais auparavant, fréquemment nourri de chœurs tantôt éthérés, tantôt épiques, très présents tout au long de l’album. Loin du minimalisme caractéristique de Lost, Giacchino donne ici à sa partition une densité, une texture plus luxuriante, et construit un canevas musical chatoyant qui fait parfaitement écho à la richesse de l’univers de Barsoom. John Carter est probablement la partition la plus mature et la plus assurée de la (relative) jeune carrière du musicien. Et quand on connaît le niveau de qualité habituel de ses compositions, on ne peut que se dire, à l’écoute de celle-ci, que a cette fois placé la barre très haut.

 

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