Pete Rugolo (1915-2011)

Master Class | TrombinoScore | Par Florent Groult | Publié le 16/11/2011   

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Le 16 octobre dernier, le compositeur et arrangeur Pete Rugolo a discrètement tiré sa révérence, paisiblement, à l’âge de 95 ans. Avec lui, c’est bien sûr avant tout la grande famille du jazz qui a perdu l’un de ses plus vénérables représentants.

 

Né le jour de Noël de l’année 1915, cet américain d’origine sicilienne n’a que cinq ans lorsqu’il rejoint pour la première fois (pour ne plus les quitter) les Etats-Unis, et plus précisément Santa Rosa en Californie. Elève de Darius Milhaud, féru des œuvres de Béla Bartók et d’Igor Stravinsky, Pete Rugolo découvre également Duke Ellington et Jimmy Lunceford et finit par être irrésistiblement attiré par le jazz dont il découvre très vite les arcanes. Il débute avec Johnny Richard puis Paul Desmond avant de rejoindre, au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, l’ensemble mené par Stan Kenton pour cinq années d’une collaboration fructueuse faite d’expérimentations musicales (que Kenton englobera lui-même sous l’expression «jazz progressif») qui lui apporteront la notoriété dans le milieu. Plusieurs fois désigné meilleur arrangeur, Rugolo devient notamment en 1949 l’un des directeurs musicaux de la firme Capitol et montre tout de suite son intérêt en faveur du courant bebop et signe des artistes tels que Peggy Lee, June Christy, Mel Torme, Harry Belafonte ainsi que Miles Davis. Alors qu’il prépare un album avec Nat King Cole, il découvre la ville de Los Angeles et décide de s’y établir. Si près des collines de Hollywood, combien de temps, en vérité, un artiste tel que Pete Rugolo pouvait-il résister aux sirènes du cinéma ?

 

Parallèlement à d’innombrables collaborations prestigieuses (dont la liste est trop longue pour figurer ici) ainsi qu’à ses propres enregistrements chez Columbia puis Mercury (dont il sera d’ailleurs l’un des directeurs artistiques), il entre donc aux studios de la MGM en tant qu’arrangeur et chef d’orchestre, participant d’abord au succès de plusieurs comédies musicales telles que Skirts Ahoy! (Des Jupons à l’Horizon), Easy To Love (Désirs d’Amour), Latin Lovers (Lune de Miel au Brésil) et surtout Kiss Me Kate (Embrasse-moi, Chérie) en 1953.

 

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Mais c’est la télévision qui offrira finalement à Rugolo, dès la fin des années 50, un terrain adéquat à l’expression de ses affinités musicales. S’engouffrant dans la voie ouverte peu avant par Henry Mancini, il développe son style jazz pour les séries Richard Diamond : Private Detective et The Thin Man (Monsieur et Madame Détective). Suivront deux décennies d’une riche carrière télévisuelle pendant laquelle il signera nombre de thèmes et de partitions pour des séries et des téléfilms tels que Thriller, 87th Precinct, Leave It To Beaver, Checkmate (Echec et Mat), The Untouchables (Les Incorruptibles), The Virginian (Le Virginien), Kraft Suspense Theatre, Run For Your Life (Match contre la Vie), Alias Smith And Jones (Opération Danger), Family, entres autres… Si les plus attentifs se souviendront peut-être que son nom figurait au générique de la célèbre série The Fugitive (Le Fugitif) pour laquelle il bénéficie d’un confortable orchestre d’une cinquantaine de musiciens, Rugolo reçoit finalement la reconnaissance professionnelle, après plusieurs importantes nominations, au travers de deux Emmy Awards glanés en 1970 à l’occasion du téléfilm The Challengers puis en 1972 pour l’épisode The Defense Of Ellen McKay de la série The Bold Ones : The Lawyers.

 

Ses contributions pour le grand écran, fort peu nombreuses, seront par contre très modestes. Citons surtout Jack The Ripper (Jack l’Eventreur) en 1959, Foxtrot en 1976 et Underground Aces en 1981. Retraité au milieu des années 80, il reçoit en 1993 les honneurs de l’American Society of Music Arrangers and Composers (ASMAC) avant de revenir au grand écran en 1997 pour une ultime (et remarquée) partition pour le film de Michael Oblowitz, This World, Then The Fireworks (Liens Secrets).

 

Particulièrement apprécié et admiré pour son inventivité et l’originalité de ses orchestrations (sa signature jazz était constituée de l’alliance d’une flûte alto et de quatre saxophones), Pete Rugolo ne manquait jamais d’affirmer ses convictions aux jeunes générations de musiciens auxquelles il enseigna : «Ne copiez jamais quoi que ce soit. Développez un style que les gens reconnaîtront comme étant le vôtre, qu’il s’agisse d’une sonorité, d’un motif rythmique, d’une manière différente de faire sonner les cordes ou quoi que ce soit. Prenez une petite idée, une petite perle et développez-la (…). La simplicité est la clé.»

 

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