Another Earth (Fall On Your Sword)

Chroniques | Chroniques Express | Par Sébastien Faelens | Publié le 09/09/2011   

another-earth-cd-150x150ANOTHER EARTH (2011)

ANOTHER EARTH

Compositeur :

Durée : 54:15 | 19 pistes

Éditeur : Milan Records

★★★★☆
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Il arrive parfois qu’en écoutant certains groupes, on se dise que leur musique «fait musique de film» ; c’est justement le cas de (FOYS). L’électronique de ce duo formé par Will Bates et Phil Mossman compte parmi ses influences de nombreuses références cinéphiliques et ses shows se situent souvent à la frontière entre le concert et l’installation vidéo. Et si FOYS a déjà quelques bandes originales à son actif (Aardvark et la série Bite Me, Mossman ayant également collaboré avec David Holmes pour Steven Soderbergh), leur travail pour Another Earth est véritablement une «musique visuelle».

 

Le film de Mike Cahill étant un drame avec des éléments de SF, c’est bien un score à dominante électronique que FOYS a créé, avec toutefois quelques interventions vocales et acoustiques. Dès l’ouverture du disque avec The First Time I Saw Jupiter, c’est en faisant dialoguer des sons apparemment issus d’époques différentes - pulsations basiques, résonnances et autres lignes de basses - que Bates et Mossman élaborent la progression dramatique du morceau et un thème principal étiré au maximum. Trois minutes suffisent pour provoquer un étrange dépaysement et plonger l’auditeur dans une attente teintée d’une légère inquiétude. Dans Rhoda’s Theme, l’exposition de la mélodie est plus tardive et moins évidente encore. C’est entre autres de là que vient sa force car FOYS privilégie d’abord une longue mise en place de laquelle émerge enfin une voix féminine bouleversante, conjuguée à la chaleur d’un violoncelle. Ce morceau de six minutes est sans  doute le premier pic émotionnel du score alors que, justement, un environnement électronique assez chargé semble s’imposer aux personnages et donc aux auditeurs. Après I Am Over There, où le rythme semble s’accélérer et semer la confusion, c’est avec indécision que s’exprime Purdeep’s Theme, sous la forme d’un clavier à la fois rudimentaire et lointain. Tandis que The Specialist; Look At Ourselves voit le violoncelle se noyer dans une spirale résignée et subir la pression de vagues électroniques, le thème de Rhoda provoque un élan d’espoir dans Rhoda’s Theme; Running To John, un morceau qui se fige à sa toute fin pour laisser le violoncelle s’épanouir doucement dans Forgive. Le Love Theme vient ensuite conclure ce climax émotionnel avec une grande simplicité, le duo piano/violoncelle étant enfin libéré de toute contrainte.

 

Another Earth démontre l’apport de la musique électro lorsqu’elle est utilisée intelligemment : FOYS séduit par le choix de sonorités décalées pour créer un univers sonore inédit mais également par l’idée d’en faire le contexte dans lequel les instruments acoustiques et la voix féminine vont s’exprimer plus ou moins librement. Au-delà de cette réflexion, ce score, remarquable par son élaboration et son approche vraiment sensitive, se révèle étrange, hypnotique et tout simplement… beau.

 

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