Ubeda 2011 : les chroniques du festival

Press Room | Tapis Rouge | Par Florent Groult | Publié le 07/08/2011   

  1. Une poignée de conférences
  2. Deux récitals valent mieux qu'un
  3. Europa, Europa
  4. Climax symphonique
  5. The Choral Adventure
  6. Jerry Goldsmith Awards
  7. El espiritu de Ubeda

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Charmante cité andalouse aux murs baignés de soleil et dont les rues désertées à l’heure de la sieste ne sont pas sans rappeler aux plus cinéphiles d’entre nous un certain film de Narciso Ibañez Serrador, Ubeda est devenue avec le temps une ville étape obligatoire pour l’équipe d’UnderScores. Pour tout dire, le séjour s’apparenterait presque à une intense épreuve cycliste avec ses ascensions, ses faux plats, ses sprints intermédiaires et ses risques de fringales, un événement dense pendant lequel le manque de sommeil ne peut être compensé que par le plus agréable des dopages qui soit, cocktail imparable à base de charcuteries fondantes, de tortillas, de cervezas y sangrias !

 

Précédée de trois jours entiers d’ateliers réservés aux musiciens et compositeurs, professionnels ou non, et d’une première sympathique mise en bouche musicale menée par l’AMU, l’harmonie municipale, cette septième édition du Festival International de Musique de Film a été officiellement inaugurée au matin du jeudi 21 juillet au cours d’une désormais traditionnelle conférence de presse qui, une fois de plus, aura mis l’accent sur la notion de famille inhérente à l’esprit de la manifestation, notamment au travers des propos enthousiastes de son principal instigateur, David Doncel Barthe : «La musique de Rocky, interprétée hier par l’AMU, résume bien notre travail ici : courage, force, tenacité…»

 

Mais c’est à que reviendra le plaisir d’ouvrir les réjouissances. «Je suis très fier d’être le président d’honneur de cette édition. J’étais ici il y a cinq ans, la chaleur et la ferveur des organisateurs ont laissé à l’époque sur moi une trace très forte. En France, nous n’avons pas d’événement de cette ampleur et je le regrette. C’est l’occasion pour nous de rencontrer d’autres compositeurs venus de partout et, en discutant avec eux, je m’aperçois que nous avons tous les mêmes problèmes. La musique de film meurt un peu une fois passés les films qu’elle accompagne, et c’est bien de pouvoir lui donner une autre vie à travers ce festival et ses concerts.»

 

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Comme à l’accoutumée, le programme prévu pendant ces quatre jours fournis aura été rythmé en premier lieu par plus d’une dizaine de conférences et d’interventions. Tour à tour, les principaux artistes annoncés ont été invités à venir s’exprimer sur leur parcours, leurs rencontres et la conception que chacun d’eux ont de leur art.

 

A ce petit jeu, c’est sans nul doute qui se sera montré le plus incisif. «Ce qui me caractériserait le mieux, c’est sans doute cette envie de faire passer la musique avant l’image, même si ce n’est jamais vrai puisqu’il y a osmose véritable.» Fin pédagogue, le compositeur séduit d’emblée son auditoire par un discours d’une grande clarté. Extraits vidéos à l’appui (L’Amant, 37°2 le Matin, The Talented Mr. Ripley [Le Talentueux M. Ripley]), cigarette à portée de main, n’hésitant pas à illustrer ses exemples au piano, il évoque son attachement au thème, à la mélodie et à l’importance de la relation humaine entre un compositeur et un réalisateur qui aboutit à une collaboration artistique pleine et entière, et qu’importe finalement que celle-ci s’avère réussie ou ratée. Balayant par des propos fermes ses malencontreuses expériences sur The Tourist ou Troy (Troie), dénonçant au passage l’attitude «indigne» de son successeur sur ce dernier film, il finira surtout par s’adresser directement aux jeunes réalisateurs présents dans la salle : «Vous pouvez vraiment faire que la musique de film évolue ou stagne. Votre culture ne doit pas seulement se limiter à elle, elle doit s’ouvrir à toutes les musiques pour pousser vos compositeurs à être toujours créatifs, à ne pas marcher sur leurs propres pas ou sur ceux de leurs prédécesseurs.»

 

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Interrogé sur Microcosmos, Coraline, Don Juan ou The Secret Of Kells (Brendan et le Secret de Kells), fera lui aussi plusieurs remarques tout à fait instructives. A propos du choix des voix pour ses partitions, il répondra notamment : «C’est toujours très intuitif. Au moment de travailler sur Le Peuple Migrateur, j’éprouvais une grande admiration pour Nick Cave et Robert Wyatt et je voulais faire ce film avec eux. Parfois, il est plus juste de partir d’une simple envie de travailler avec quelqu’un plutôt que de le faire d’une manière plus cohérente et raisonnée.» De même, il aborde la notoriété que lui a apporté Les Choristes avec beaucoup d’humilité et une mise en garde pleine de bon sens : «C’est bien sûr très agréable, mais je pense que nous devons faire attention au succès. Les gens croient ensuite que vous savez comment faire. Rien n’est jamais acquis, et chaque film est comme un premier film. Charlie Chaplin disait qu’il pensait que la vie était trop courte pour se croire autre chose que des amateurs.» Enfin, non sans un certain sourire malicieux, Coulais nous dévoile un peu ce qui va bientôt faire son actualité : «Alain Chabat est quelqu’un qui a lui-même un sens singulier de la comédie. Pour Le Marsupilami, il ne voulait donc pas de musique comique et drôle. Ce sera un mélange de gros orchestre, de sonorités étranges, de voix a capella et de guitares sud-américaines.»

 

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Le festival cette année était placé sous l’ombre bienveillante du regretté , et l’assistance pouvait compter sur deux de ses anciens camarades de travail pour ranimer la flamme. Entre deux évocations de ses propres travaux pour la franchise vidéo-ludique Medal Of Honor, la série Supernatural ou le projet caritatif mené en réaction au tremblement de terre de l’année passée en Haïti, , dont c’était ici la seconde participation consécutive, rappelle non sans une certaine pointe d’émotion combien la musique de Kamen était à l’image de l’homme lui-même : généreuse. racontera quant à lui ses derniers souvenirs au moment de travailler pour First Daughter (Des Etoiles Plein les Yeux). Installé à Londres et alors qu’il venait à peine d’annoncer publiquement sa maladie, Kamen se contenta de présenter au piano ses thèmes sans pouvoir faire de maquettes. Neely, qui travaillait pendant ce temps à Los Angeles, prit sur lui de les concevoir lui-même, et c’est au moment de les présenter qu’il apprit le décès de son mentor. Grâce à l’intervention de Kevin Costner, cette ultime partition sera finalement conservée et achevée par . Egalement interrogé sur son travail actuel et sa place au sein du studio Remote Control, répond avec aplomb : «J’ai été embauché en raison de mon travail avec Vangelis dont Hans est un grand fan. J’y ai débuté en tant qu’orchestrateur sur plusieurs projets, et un jour il m’a dit : «Installe-toi ici, prends un studio.» C’est un endroit complètement fou. Il y a tellement de compositeurs là-bas qu’il y a bien sûr des rumeurs qui disent que Hans n’écrit plus de musique, mais je peux vous dire qu’il est le compositeur le plus travailleur d’Hollywood. Et dans la mesure où il est le premier arrivé et le dernier à partir du studio, il est bien difficile d’avoir une vie ! Il n’est pas rare de dîner avec lui à 4 heures du matin !» Le compositeur présentera aussi plusieurs extraits de films dont The Great Buck Howard (Mister Showman), Elvis And Anabelle ou la série The Pacific.

 

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«Personnellement, je le vois comme une sorte d’Orson Welles de la musique de film, le compositeur de tous les excès.» C’est par ces mots que l’incontournable Stéphane Lerouge, assumant pleinement son rôle de «Sarde-sitter» attitré, introduit le compositeur français dont les apparitions publiques, faut-il le rappeler, se comptent ses dernières années sur les doigts d’une main. Pendant près de deux heures d’une conférence que le créateur de la collection Ecoutez le Cinéma ! anime avec beaucoup d’attention, livre ainsi ses souvenirs concernant quelques-unes de ses plus grandes collaborations : Claude Sautet, Roman Polanski, Jean-Jacques Annaud, Costa Gavras, Bertrand Tavernier… Chaque extrait de film choisi n’aura alors de cesse que d’illustrer brillamment cette si simple et pourtant si cruciale affirmation : «Si la musique n’apporte pas quelque chose au film, elle n’a aucun intérêt.» Banalité ? A en croire le silence respectueux suivi des chaleureux applaudissements qui accompagne la musicalité singulière des images de Coup de Torchon, Les Choses de la Vie, Le Locataire, Le Bossu, Le Choix des Armes ou Ghost Story (Le Fantôme de Milburn), l’évidence est là. Il est décidément des lapalissades qui font toujours plaisir à entendre.

 

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La foule s’est pressée pour assister à la conférence de  : il faut bien avouer qu’au travers notamment de la série Battlestar Galactica, il est l’une des grandes têtes d’affiche de ce festival. Très à l’aise, le jeune compositeur aura répondu avec passion et humour à toutes les questions posées dans la salle, n’hésitant pas également à se poser au piano pour interpréter avec sa compagne, la chanteuse Raya Yarbrough, deux extraits musicaux, à la plus grande joies des festivaliers. «Contrairement à ce que peut souvent laisser croire ma musique, je n’ai pas grandi entouré de duduks et de taiko drums !» Après avoir longuement abordé ses débuts dans le sillage d’Elmer Bernstein, et notamment son travail de reconstruction de la partition Kings Of The Sun (Les Rois du Soleil), McCreary se confie à propos de Human Target : «C’était une expérience extraordinaire parce que c’était la première fois que je travaillais avec un producteur qui soit comme moi, et comme vous tous ici, un féru de musique de film. Human Target m’a permis d’écrire le genre de musique avec laquelle j’ai grandi.»

 

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L’intervention de aura mis l’accent sur le parcours peu conventionnel du compositeur : ses études de trompettiste classique, sa découverte du jazz puis de la musique électronique par le biais d’un disque ramené par son père, ses nombreuses incursions dans le domaine de la variété et enfin son entrée dans le monde du cinéma : «Un jour, après avoir envoyé des démos de mes musiques un peu partout, je suis appelé pour assister gratuitement à la projection d’un film. Après la séance, je vois des gens discuter entre eux, et comme je ne comprends pas ce que je fais ici, je quitte la salle et rentre chez moi. Un peu plus tard, je reçois un coup de téléphone et quelqu’un me dit : «Pourquoi êtes-vous parti ? Le réalisateur veut discuter avec vous de la musique !» Un ami lui avait passé l’une de mes cassettes. C’était pour Never Cry Wolf et je ne connaissais alors rien de la musique de film.» Une autre rencontre importante marquera le compositeur au cinéma : «Pour Point Break, Kathryn Bigelow voulais une partition moderne et électronique. A ce moment-là, elle était mariée à James Cameron. Elle est partie un week-end pour lui montrer des bouts de son film avec ma musique et elle est revenue en me disant qu’il fallait presque tout changer ! Cameron pensait que c’était un film épique et qu’il avait besoin d’une musique orchestrale. Ce fut très intéressant car les partitions que j’avais écrites pour le cinéma avant cela étaient toutes électroniques.»

 

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