Santa Clause : l’improbable trilogie de Noël

Chroniques | Rétrospective | Par Grégory Bouak | Publié le 15/12/2010   

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the-santa-clause-1-cd-150x150THE SANTA CLAUSE (1994)

SUPER NOËL

Compositeur :

Durée : 40:06 | 20 pistes

Éditeur : Milan

★★★☆☆

 

 

Pour le premier opus de la trilogie The Santa Clause, c’est le compositeur qui est chargé de conférer aux images toute la magie et l’émerveillement requis par le sujet. Très peu prolifique, ce musicien de seconde zone a néanmoins à son actif quelques réussites telles Frankenweenie (co-écrite avec David Newman), Children Of A Lesser God (Les Enfants du Silence), The Hidden (Hidden) et un épisode des Tales From The Crypt (Les Contes de la Crypte). Pour le reste, il s’agit essentiellement de comédies fort oubliables parmi lesquelles Jungle 2 Jungle (Un Indien à New York), seconde collaboration avec John Pasquin après The Santa Clause. Une fois passées les chansons de rigueur, fort peu intéressantes (surtout la version dance de Jingle Bells), l’album édité par Milan contient un peu plus de vingt-cinq minutes de musique originale. Celle-ci s’avère évidemment aussi conventionnelle que les images qu’elle accompagne, la musique de film de Noël étant à son tour régie par des codes très spécifiques qu’il serait impensable de ne pas respecter : références classiques omniprésentes (cette fois-ci ce n’est pas Casse-Noisette de Tchaikovsky mais Le Songe d’une Nuit d’Eté de Mendelssohn), orchestrations chamarrées faites de cordes soyeuses, de bois caressants et de clochettes en pagaille, thèmes mémorables sous forme de mélodies à la fois malicieuses et enchanteresses.

 

À cet exercice, Convertino s’avère aussi doué qu’on était en droit de l’exiger et propose toute une série de petits bijoux pleins de grâce et de délicatesse qui raviront les amateurs de musique féérique, sans pour autant plagier excessivement la série des Home Alone de John Williams, parangons du genre. Afin de rappeler qu’il s’agit d’une comédie, le mickeymousing est certes présent dans plusieurs pistes mais de façon très modérée, sans jamais créer d’agacement. Le compositeur préfère manifestement soigner les scènes d’émotion et de révélation (Believing Is Seeing, Goodnight, Goodnight… Don’t Forget The Fire Extinguisher, Visitation), à grand renfort de pizzicati charmants et de volutes de piano envoûtantes. Le résultat, marqué par de fréquents moments d’apothéose mais jamais outrancier ni dégoulinant, est donc pleinement satisfaisant, à tel point qu’on aurait même préféré en entendre davantage sur l’album… Si vous ne devez posséder qu’une seule musique de , que ce soit celle de The Santa Clause !

 

TRACKLISTING


 

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the-santa-clause-2-cd-150x150THE SANTA CLAUSE 2 (2002)

HYPER NOËL

Compositeur :

Durée : 33:33 | 12 pistes

Éditeur : Walt Disney Records

★★★☆☆

 

 

Et une nouvelle musique de Noël, une ! Après les classiques de John Williams, de Bruce Broughton, de James Horner, de Danny Elfman et de bien d’autres, c’est au tour du trop méconnu de s’attaquer à ce genre ultra stéréotypé et dans lequel il est finalement difficile de se distinguer. La musique du premier film de la franchise s’inscrivait déjà avec habileté dans la grande tradition en respectant de façon satisfaisante toutes les figures imposées, et Clinton se charge logiquement d’assurer la continuité. Hormis deux scores «sérieux», Wild Things (Sexcrimes) et The Astronaut’s Wife (Intrusion), le compositeur est rapidement devenu un habitué de la comédie lourdingue (la saga Austin Powers), ce qui ne permet pas de considérer d’un très bon œil l’ensemble de ses travaux. Cela est bien dommage car contre toute attente, son score pour The Santa Clause 2, hélas mal servi par un album qui ne lui attribue qu’une seule piste alors que celui de Convertino avait bénéficié d’un meilleur traitement, s’avère l’un des plus réussis et des plus impressionnants du genre.

 

L’ouverture (correspondant à North Pole sur l’album) donne immédiatement le ton : fanfares triomphales et tonalité épique tellement prononcée qu’on se croirait dans un gigantesque film de pirates ou un space opera ! Chœurs dithyrambiques, cuivres fracassants, élans orchestraux ravageurs : jamais le Père Noël n’avait eu droit auparavant à une aussi invincible armada ! À intervalles réguliers les appels de cuivres solennels dans le lointain viendront remémorer au personnage sa mission sacrée (on n’est pas en Amérique pour rien…), tandis que les cordes se lancent dans des arabesques exaltées. Pour le reste, ce n’est évidemment que du déjà entendu : morceaux élégiaques confiés au piano, au hautbois, à la flûte et aux violons pour évoquer la relation du héros avec ses enfants et sa romance naissante avec celle qui deviendra la nouvelle «Mère Noël», et séquences de mickeymousing effréné allant jusqu’à prendre des proportions dantesques et effrayantes lors des méfaits du «Père Noël remplaçant», clone déjanté et redoutable. Bien entendu, tout cela est nappé d’une rafale de clochettes et de tambourins afin de nous rappeler qu’il s’agit bien d’un film de Noël, mais l’ensemble est exécuté avec une telle conviction et un tel brio qu’on ne peut qu’être conquis.

 

Construit, à l’instar du film, en forme de crescendo enchaînant les gags et les scènes d’action à un rythme de plus en plus soutenu, le score de nous régale lors du climax de scènes d’anthologie stupéfiantes, de nouveau marquées par une emphase orchestrale inattendue de la part d’un musicien qui nous avait plutôt habitués jusque là aux petites formations. Aussi inspiré qu’un John Debney en grande forme (Cutthroat Island [L'Île aux Pirates]), pastichant également un David Newman dans ses meilleurs moments (Jingle All The Way [La Course au Jouet]), empruntant parfois à Dvorak, à Tchaikovsky et à Debussy pour une scène d’émerveillement aux orchestrations très «marines», le compositeur nous signale avec The Santa Clause 2 qu’il fait partie des compositeurs de «liste B» à suivre avec attention. Quel dommage qu’une fois encore les producteurs nous aient privés d’un CD du score…

 

TRACKLISTING


 

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the-santa-clause-3-cd-150x150THE SANTA CLAUSE 3 : THE ESCAPE CLAUSE (2006)

SUPER NOËL MÉGA GIVRÉ

Compositeur :

Durée : 34:06 | 8 pistes

Éditeur : Walt Disney Records

★★★☆☆

 

 

Afin que les retrouvailles entre gens de bonne compagnie soient totales, rejoint l’équipe de The Santa Clause 2 pour un troisième épisode. Ravi de participer de nouveau à un film de Noël (ainsi qu’il l’explique sur son site officiel), il ne se fatigue pas trop pour autant et semble recycler entièrement son travail pour l’opus précédent. Non que les mélodies soient vraiment identiques, mais on a tout de même l’impression d’entendre exactement la même musique que dans le second film. Cela dit, comme on a déjà pu le constater pour quantité d’autres produits du même type, les scores de films de Noël se ressemblent tous plus ou moins et le compositeur de The Santa Clause 3 n’est donc pas vraiment à blâmer : il fait avant tout ce qu’on lui demande et sert parfaitement les besoins du film, livrant au final une partition apte à séduire tous les amateurs du genre.

 

Il est intéressant de voir comment, à l’instar des films de plus en plus spectaculaires et dotés d’un budget à l’avenant, les bandes originales ont évolué de la tonalité quasi intimiste du début à une emphase débridée dans les épisodes suivants : ici, les fanfares se remettent à claironner et entraînent le spectateur dans la grande aventure, faisant du Père Noël un héros de film épique. Certes, les thèmes ne valent pas ceux de John Williams (Home Alone), de Bruce Broughton (A Miracle On 34th Street [Miracle sur la 34ème Rue]) et d’Alan Silvestri (The Polar Express [Le Pôle Express]), mais les orchestrations rutilantes - cordes, piano, bois et clochettes par milliers - suffisent à dépeindre un univers chamarré et radieux empli d’accents à la fois émouvants et triomphaux. Les réunions familiales occasionnent de jolis moments de lyrisme et les rouages de l’usine à jouets donnent lieu à un mickeymousing savoureux, ponctué des sifflotements des elfes et de leurs nombreuses marches sautillantes, tandis que les méfaits de Jack Frost permettent au compositeur de déchaîner l’apocalypse à grand renfort de cuivres sévères et de chœurs masculins dramatiques. Quant aux chœurs féminins angéliques, ils sont omniprésents et confèrent à l’ensemble la touche merveilleuse attendue…

 

Que du conventionnel et du déjà entendu, donc - et de la guimauve hollywoodienne à s’en provoquer des indigestions, diront les mauvaises langues - mais le tout est dirigé d’une main tellement experte qu’on se laissera séduire sans difficulté. Pour l’écoute isolée, les producteurs ont tâché de faire un peu mieux que par le passé (le morceau présent sur l’album de The Santa Clause 2 était vraiment frustrant), et proposent une suite de 15 minutes sur l’album édité par Walt Disney Records ; hélas, cet album n’est disponible qu’en téléchargement et encore, uniquement sur le territoire américain ! Les non-Yankees pourront donc aller se faire voir et n’auront pour se satisfaire que les deux petits morceaux disponibles sur le site internet de . Allez, ne pleurez pas, vous pouvez aussi revoir le film !

 

TRACKLISTING


 

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