Ubeda 2010 : le journal du Festival

Press Room | Tapis Rouge | Par Olivier Desbrosses | Publié le 21/07/2010   

  1. Au commencement était Ubeda
  2. Pour une poignée de compositeurs
  3. Et pour quelques compositeurs de plus
  4. Toutes les bonnes choses ont une fin

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Le soleil descendant doucement vers l’horizon darde ses derniers rayons sur les collines desséchées, couvertes seulement de quelques oliviers aux formes torturées. Nimbée d’une lumière crépusculaire, la petite cité médiévale se tient fièrement au sommet d’un monticule juste un peu plus élevé que les hauteurs environnantes. A ses portes, le désert attend la nuit, immobile. Seules quatre ombres longilignes se profilent en direction de la bourgade. L’échine courbée, les voyageurs atteignent enfin les portes de la ville. Un à un, ils mettent pied à terre et secouent la poussière déposée inlassablement sur leurs vêtements au cours de leur long et périlleux périple en Ford Fiesta. Enfin, ils ont atteint leur destination. L’équipe d’UnderScores est arrivée à Ubeda.

 

Nous voici donc à pied d’œuvre, plus en force que jamais, pour vous faire partager l’expérience exceptionnelle que constitue ce rendez-vous annuel des amateurs de musique de film. Parce que cette année, nous sommes quatre ! Quatre passionnées (ici désignés sous des alias évocateurs : Cadfael, Morticia, Pazu - dit El Niño - et Hellboy) qui auront pour seule et unique mission de vous faire vivre cet événement presque comme si vous y étiez…

 

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« Olé, olé, olé ! » C’est sur ces mots que le compositeur , debout sur la scène devant un auditoire encore clairsemé, a ouvert le programme officiel de ce sixième Festival. Difficile en effet d’occulter si vite la finale de la Coupe du Monde de football qui a vu dimanche dernier la victoire de la glorieuse équipe d’Espagne et dont l’aura plane bien sûr encore (on s’en serait douté…) jusque dans l’enceinte de la petite ville andalouse. Mais trêve de banalités, les quatre comparses de votre site préféré ne se sont pas mis sur leur trente-et-un ce jeudi matin, armés de pied en cap, juste pour ça : on ne plaisante pas avec la musique de film, non mais ! … Si ? On peut ?

 

Première journée donc pour le festivalier accablé par la chaleur (y que calor…) en compagnie de plusieurs compositeurs appelés à passer leur oral. Christopherson retrace d’abord le parcours qui l’a emmené de ses improvisations au synthétiseur devant son poste de télévision, allant jusqu’à sampler les miaulements de son chat pour illustrer un spot publicitaire (!), à l’écriture pour la centaine de musiciens de l’orchestre interprétant son score pour le jeu vidéo Lost Planet 2. Nous enchaînons aussi sec sur un entretien avec le susnommé Jamie (que vous pourrez lire un de ces jours sur UnderScores), et l’inauguration officielle du Festival d’Ubeda présidée par un visiblement ravi de revenir prendre un bain de fans pour la seconde année consécutive.

 

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Le temps de quelques mondanités par Morticia, notre spécialiste des relations publiques (B’jour, Mr. Townson ? Comment va, Mr. Townson ? Au plaisir, Mr. Townson…) et voilà que le deuxième invité entre en scène. Ex-ingénieur en télécommunication devenu orchestrateur pour des compositeurs tels que Roque Baños ou Juan Bardem, , récemment remarqué sur Imago Mortis et Hierro, anime une conférence passionnante où il entreprend de décortiquer minutieusement son processus créatif. Mais il sera contraint de se rendre à l’évidence : le temps est malheureusement une donnée qui fait souvent défaut à Ubeda, et il devra restreindre son intervention. Une chose est néanmoins sûre : l’homme fait montre d’un talent en devenir, à suivre de très près…

 

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Quelques annonces plus tard (voir ici) et non sans avoir joui d’une pause bien méritée (« Tres cervezas por favor, y un coca para el Niño… »), il est déjà temps de juger sur paroles d’un autre talent, déjà immense, celui d’un visiblement enchanté d‘avoir été invité en Espagne. Avant même le début de la conférence, Pazu entre dans un état second, lui qui ne s’est pas encore remis du choc causé par l’écoute intensive de Marmaduke et Cats & Dogs 2. Cette passionnante master class nous offre l’occasion d’en découvrir un peu plus sur la personnalité de ce compositeur qui est devenu en quelques années l’un des chouchous des passionnés. « La plus grande chose que j’ai retenu de mes relations avec et Michael Kamen, c’est que leur musique sonnait comme leur personnalité ». Voilà qui en dit déjà beaucoup… Et si en plus on vous dit que l’homme est adorable ? Déjà en contact épistolaire avec nous depuis quelque temps, il nous sautera littéralement au cou (oui, les garçons aussi !), provoquant chez El Niño une réaction proche de l’arrêt cardiaque, qui ne sera évité que par l’ingestion massive de plusieurs petites bouteilles de CocaCola…

 

Allez ouste ! Pas le temps de rêvasser, il faut quitter derechef le bel Hospital de Santiago et se diriger vers le théâtre municipal où se déroule la cérémonie de remise des Awards. Cette année, petit pas (un de plus) pour l’aura d’UnderScores dans le monde de la musique de film, vos serviteurs étaient particulièrement fiers d’assister à l’évènement, ayant été au préalable sollicités par l’organisation du Festival pour prendre part au vote final en tant que membres du jury. On adressera donc nos chaleureuses félicitations aux différents gagnants dans chacune des catégories : Manel Gil (meilleure musique pour un long métrage avec Bel Ami), Felix Raffel (meilleure musique pour un court métrage avec The Boy Who Wouldn’t Kill), Ivan Llopis (meilleure musique pour un court d’animation avec Margarita), Andrès de la Torre (meilleure musique pour un documentaire avec Disney a travès del espejo), Markus Lehmann-Horn (meilleure musique pour un film promotionnel avec Liebherr Imagefilm), Jesus Calderon et Javier Ideami (meilleure chanson avec Satu Detik). s’impose comme le grand vainqueur de cette année puisqu’en plus de remporter le prix de la meilleure création libre pour l’enthousiasmant Witches, il reçoit également celui, amplement mérité selon nous, de meilleur compositeur. Vous pouvez d’ailleurs découvrir une grande partie des œuvres en compétition sur le site du Festival. Et non, on ne vous dira pas pour qui on a voté !

 

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Rompant avec la tradition des éditions précédentes, le Festival ne propose pas cette fois dans son programme de grande soirée pour la remise des Goldspirit Awards. Le palmarès a d’ailleurs déjà été dévoilé il y a quelque temps déjà, et il ne reste à révéler que le nom du compositeur qui sera sacré « révélation de l’année ». C’est désormais chose faite pendant cette même cérémonie, la statuette étant fièrement attribuée au compositeur qui, avec sa grandissime partition pour The Red Canvas, a remporté les suffrages, on l’imagine, haut la main, comme il l’a fait ces derniers mois pour de nombreuses autres récompenses similaires.

 

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C’est enfin dans un décor idéal que se déroule, en soirée, le premier concert du Festival, dans la magnifique cour d’une hacienda nimbée d’une couleur de circonstance, rouge sang, la scène montée devant un beau magnolia en fleurs… Pour la première mondiale (excusez du peu…) du récital True Blood, fait son entrée accompagné, première surprise, d’un plus chevelu que jamais qui est pour l’occasion invité à diriger la petite formation appropriée : quatre violoncelles, deux guitares, piano, harpe, percussions et une voix, celle de , qui sait mieux que quiconque faire vibrer d’émotion son auditoire.

 

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True Blood est une œuvre d’ailleurs construite sur la notion d’ambiance : pour s’accorder à merveille avec les images du show télévisé diffusé sur HBO, il fallait cette écriture précise mais dépouillée qui vient égrener ses accords et sonorités hypnotiques, et par là même renforcer le fantastique travail d’écriture de son créateur, Alan Ball. On succombe ainsi sans retenue à cette présentation live de la musique de , en particulier les versions ici interprétées des morceaux Hairclip et Grave To Groove, le récital chambriste proposant une sélection parfaite issue des deux premières saisons de la série, ainsi qu’un nouveau thème vraisemblablement tiré de la troisième actuellement en cours de diffusion aux Etats-Unis. La chanson Take Me Home, interprétée par une littéralement habitée (accompagnée au piano par un survolté), reçoit pour sa part un accueil si chaleureux qu’elle fera évidemment l’objet d’un rappel : il faut dire que la belle sait comment toucher droit au cœur et que les modulations de sa voix sont tout simplement ébouriffantes (ce concert sera d’ailleurs visible intégralement en vidéo sur UnderScores dès que nous auront trouvé le temps de finaliser le montage, donc pas demain non plus !)

 

La nuit s’est installée depuis déjà bien longtemps, et l’appartement cossu (vraiment ?) qui accueille l’équipe d’UnderScores s’est transformé en salle de rédaction. Seuls les cliquetis des claviers et le ronronnement des appareils déchargeant leur précieux contenu audio, photo ou vidéo troublent un silence concentré. De temps à autre, Cadfael grogne, résistant pour la forme à un Hellboy déterminé à voir couché par écrit la synthèse de ce début de Festival. 4h07 : le compte rendu de la journée passée est enfin prêt. La seconde débute dans quelques heures…

 

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