Halloween : la musique tombe le masque

Chroniques | Rétrospective | Par Grégory Bouak | Publié le 08/05/2010   

halloween-banner

 

Plus de trente ans après sa sortie, le chef-d’œuvre de , qui a traumatisé des générations de spectateurs et marqué la véritable naissance du slasher movie, n’a rien perdu de sa maestria technique ni de sa charge terrifiante, maintenant intact le statut de toute-puissance du boogeyman Michael Myers, probablement le plus glaçant du répertoire. Face à cette icône instantanée et désormais éternelle, Carpenter a conçu avec Laurie Strode (fascinante Jamie Lee Curtis) et le docteur Loomis (excellent Donald Pleasence) des héros forts et crédibles, véritables Némésis du tueur auquel ils s’opposeront à plusieurs reprises lors de face-à-face dantesques.

 

Forts de cet énorme succès, Carpenter et Debra Hill (co-scénariste et productrice) seront immédiatement sollicités pour mettre en production un second opus. Mais le réalisateur d’Halloween se contentera finalement d’en écrire le scénario et cédera la caméra à Rick Rosenthal, pour un résultat tout à fait honnête dans la lignée du précédent. Hormis Halloween III, tous les films qui suivront auront pour seul but de montrer Michael Myers trucider le plus grand nombre d’adolescents possible, afin de tenir tête à ses deux principaux concurrents apparus entre-temps : Jason Vorhees et Freddy Krueger. Si Halloween 4 s’avère sombre et effrayant à souhait, avec la bonne idée de faire revenir le docteur Loomis, la formule s’enlise dès l’épisode suivant et atteindra un summum de nullité dans Halloween 6 et Halloween : Resurrection, où l’on relie les agissements de Michael Myers tantôt à une secte satanique tantôt à internet et à la télé-réalité.

 

Le tueur masqué fera des merveilles le temps d’un film dans Halloween H20, puis il faudra attendre la seconde relecture du mythe par Rob Zombie en 2009 pour avoir de nouveau affaire à un vrai réalisateur, le seul depuis . Faisant de «The Shape» le héros d’un film rock et totalement fou, le metteur en scène du nouveau Halloween II illustre la pérennité d’un mythe qu’il est possible de se réapproprier pourvu qu’on ait un peu d’idées et de talent…

 

halloween-1-banner

 

halloween-1-cd-150x150HALLOWEEN (1978)

HALLOWEEN, LA NUIT DES MASQUES

Compositeur :

Durée : 51:51 | 28 pistes

CD : Varèse Sarabande

★★★★☆

 

 

Fils de musicien et musicien lui-même, fait partie de ces quelques réalisateurs, comme Mike Figgis ou encore Alejandro Amenabar, qui se chargent eux-mêmes de composer les scores de leurs films. Cependant, contrairement au réalisateur/compositeur de The Others (Les Autres), Carpenter ne s’est jamais attaqué à une musique orchestrale, tant par manque de maîtrise de l’orchestre que par goût pour le rock électro et par désintérêt pour la musique symphonique hollywoodienne à la John Williams. Œuvrant dans un style intimiste et minimaliste, le metteur en scène parvient à créer avec un minimum de moyens des atmosphères envoûtantes suscitant fascination et malaise. Cela est vrai en premier lieu de la partition d’Halloween, entièrement interprétée au synthétiseur et possédant pour cette raison un cachet particulier.

 

Comme il se doit au cinéma en général et dans le genre horrifique en particulier, la composition repose sur un thème principal fort, unificateur et désormais célébrissime, obsédant et traumatisant à souhait. Quelques notes de piano martelées, répétées inlassablement à un rythme haletant et stressé sur fond de boucles rythmiques grinçantes entraînent le spectateur/auditeur dans l’univers de Michael Myers, fait de folie, de peur et d’obsession. Une ébauche de mélodie en arrière-plan, plus grave, introduit quant à elle l’autre grand sentiment présent dans le film : la tristesse, voire le désespoir, ou du moins la conscience du tragique lié à l’indestructibilité et à l’éternelle résurrection du Mal. Peur et mélancolie sont de fait les piliers de toute histoire d’horreur qui se respecte et se retrouvent mêlées en permanence tout au long de la partition de Carpenter.

 

Par la suite, la musique fonctionnera avec un nombre restreint de mélodies elles aussi fondées sur la circularité, sur l’idée fixe et répétées à l’infini de l’ouverture à la conclusion : le thème de Laurie, sans doute le plus chargé en dépression et en inquiétude, reposant sur un piano et sur des sonorités proches du clavecin ancrant l’histoire dans un passé lié à l’idée de fête traditionnelle ; le motif qui précède les meurtres, lente descente aux enfers marquée par des notes de plus en plus graves et s’achevant sur un accès de violence fait de sons agressifs et crispants censés illustrer les coups de couteau ; le thème de suspense enfin, réemployé à l’envi et dont la simplicité, voire le simplisme (quatre notes, trois aiguës et brèves, une grave et longue), fait toute l’efficacité.

 

Traversé par des bruits électroniques étranges et dérangeants, d’une froideur absolue et d’une cruauté aveugle à l’instar du tueur, le score d’Halloween contribue très largement à l’ambiance absorbante et délétère du film, tout comme l’était en son temps celui de Bernard Herrmann pour Psycho (Psychose), auquel se réfère immanquablement. Vecteur de la terreur absolue, d’une intensité qui n’a d’égale que sa modestie et son économie de moyens, cette musique a fait date dans le genre et nécessite de longues et nombreuses écoutes - malgré la souffrance que cela peut provoquer - afin d’apprécier toutes ses qualités. Un must donc, servi par une réédition complète en 1998 (vingtième anniversaire oblige) permettant de goûter entre deux meurtres quelques savoureux dialogues, notamment ceux de l’excellent Donald Pleasence. Enjoy !

 

TRACKLISTING

 

halloween-2-banner

 

halloween-2-cd-150x150HALLOWEEN II (1981)

HALLOWEEN II

Compositeur : &

Durée : 69:50 | 18 pistes

CD : AHI Records

★★☆☆☆

 

 

Ingrédient-clé de la réussite du premier film, le thème musical d’Halloween se devait d’être réemployé dans Halloween II. Et puisqu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, le producteur ressort sa casquette de compositeur et adapte sa partition pour le premier opus, secondé par son fidèle comparse (The Dentist 1 & 2), qui collaborera avec lui sur presque tous ses films. La bande originale d’Halloween II est donc sensiblement identique à celle de son prédécesseur : le thème principal, inoubliable et toujours très efficace, est repris dès l’ouverture, mais précédé cette fois d’une introduction inédite sombre et menaçante. Il réapparaîtra à plusieurs reprises, notamment dans He Knows Where She Is! et dans Still He Kills (Murder Montage).

 

Vient ensuite le thème de Laurie qu’on retrouve sous une forme étrangement modifiée dans Mrs. Alves, porteur d’un fatalisme évident puisque la malédiction se resserre autour de la jeune femme lorsqu’on apprend qu’elle est en fait la sœur du tueur. Autres thèmes marquants repris du premier opus : le thème de suspense et d’attente, lourdement martelé et répété lui aussi à l’infini tout au long de Laurie And Jimmy et de Michael’s Sister ; le motif associé aux attaques du Grand Requin Blanc alias The Shape (par exemple dans le très évocateur The Shape Stalks Again), très scandé et illustrant l’avancée inexorable du prédateur vers une proie qu’il massacrera avec autant de brutalité que d’indifférence.

 

Le reste de la partition se situe dans l’exacte lignée de ce que a pu écrire pour Halloween, avec souvent des sonorités encore plus grinçantes, aiguës et perçantes qui plongent le spectateur dans des abîmes de malaise. Les apparitions fantomatiques de Michael Myers sont marquées par une musique très évanescente et abstraite, quasiment extraterrestre, glaçante à souhait et illustrant parfaitement la nature fantastique du personnage (Flats In The Parking Lot). Ses interventions dans l’hôpital (The Shape Enters Laurie’s Room et In The Operating Room) occasionnent alors des morceaux planants pleins d’un sombre mystère, tendus et oppressants. Ces quelques passages sont sans doute les plus intéressants car ils ne constituent pas une redite littérale du score précédent et se permettent quelques nouvelles expérimentations. Bien sûr, l’album d’Halloween II, qui s’achève sur l’inévitable et amusante chanson Mr. Sandman, autre titre-phare de la saga et de quantité de films d’horreur américains, ne séduira qu’un public très limité, fans absolus de la franchise ou amateurs de musiques synthétiques cheap et datées. Très efficace dans le film, la partition composée et recyclée par Carpenter et Howarth n’en demeure pas moins difficile - voire désagréable - à écouter en dehors.

 

NB : Suite à l’album édité en 1990 par Varèse Sarabande, qui durait seulement trente minutes, une nouvelle édition a vu le jour en 2009 chez AHI, le label du compositeur déjà responsable de la réédition de Halloween III : Season Of The Witch en 2007, et contient presque quarante minutes supplémentaires.

 

TRACKLISTING

 

halloween-3-banner

 

halloween-3-cd-150x150HALLOWEEN III : SEASON OF THE WITCH (1982)

HALLOWEEN III : LE SANG DU SORCIER

Compositeur : &

Durée : 68:27 | 25 pistes

CD : AHI Records

★★★☆☆

 

 

Pour la troisième et dernière fois, signe la partition musicale d’un épisode de la saga Halloween. De nouveau composée en association avec , la musique d’Halloween III : Season Of The Witch avait été éditée une première fois au moment de la sortie du film puis était demeurée indisponible durant de nombreuses années. Vingt-cinq ans plus tard, la voici rééditée dans une édition de luxe - attention, 1000 exemplaires seulement ! - contenant l’intégralité du score : 68 minutes, soit 32 de plus que dans la version précédente. Les collectionneurs auront donc quantité de matériau inédit à se mettre sous la dent - ou sous l’oreille, comme on voudra - tandis que les spectateurs qui découvriraient le film aujourd’hui pourront directement accéder à l’édition complète.

 

À l’instar du film, l’intérêt de la bande originale d’Halloween III est de ne recycler aucun des éléments présents dans les deux premiers opus, ce qui signifie, musicalement parlant, l’absence totale des thèmes issus des deux scores précédents. On ne s’en plaindra pas puisque déjà Halloween II recyclait ad nauseam les thèmes présentés dans Halloween et que le simple fait d’apporter un peu de nouveauté confère à Halloween III un cachet particulier. Cela dit, la relative quiétude due à l’absence de l’oppressant motif associé à Michael Myers est rapidement bouleversée par la noirceur absolue et le pessimisme radical de cette nouvelle composition. En effet, si les thèmes connus ont disparu, la tonalité dominante reste exactement la même (c’est-à-dire très monochrome et fondée sur des expérimentations électroniques d’une sécheresse et d’une sévérité sans faille), tout comme les instrumentations (sonorités synthétiques grinçantes et dérangeantes) et le choix de privilégier à nouveau une forme répétitive et obsessionnelle. À ce titre, le morceau le plus mémorable est sans doute Halloween Montage, correspondant au jingle diffusé pendant la publicité destinée à envoûter les enfants et à faire exploser leurs masques maléfiques : lénifiante à souhait, cette chansonnette à la fois drôle et malsaine rend compte à elle seule de l’esprit particulier du film.

 

Beaucoup plus atmosphérique que mélodique, la musique déploie peu à peu ses sombres harmonies tout au long du voyage qui mènera les héros au bout de l’enfer. Permanente succession de pistes toutes plus glauques les unes que les autres, elle évite soigneusement, par son absence de thème vraiment identifiable et son refus d’illustrer l’action de façon trop littérale, tout effet horrifique facile et toute émotion superflue. Au lieu de cela, elle plonge le spectateur/auditeur toujours plus loin dans le mystère et le malaise, évoquant à merveille le climat de malveillance et de magie noire qui imprègne le film. Hypnotique et entêtante jusqu’au vertige (écoutez donc Chariots Of Pumpkins et The Rock), parfois étonnamment solennelle (les sonorités d’orgue confèrent à Drive To Santa Mira et à I Really Love This des accents d’oraison funèbre), elle crée un suspense très prenant même lorsqu’elle détourne systématiquement les rares scènes d’action en nouveaux morceaux de déprime au rythme incroyablement lent (First Chase et Challis Escapes). Seuls quelques brusques crissements dissonants viennent perturber de temps à autre la progression de l’ensemble et annoncer un virage dramatique inattendu (dans le Main Title, Goodbye Ellie ou encore Where Is She?).

 

Certes, le score d’Halloween III : Season Of The Witch, entièrement synthétique, sonne aussi kitsch et daté que les deux précédents et, en tant que parfaite incarnation de toute la tradition électronique des années 80, pourra rebuter bon nombre d’auditeurs. Très caractéristique du style Carpenter/Howarth et très proche, en toute logique, d’Escape From New York ( New-York 1997) et de The Fog, son aspect monochrome et sa constante morosité pourront susciter l’ennui. Cependant, tout comme le film qu’elle accompagne, cette musique constitue au final une expérience de qualité, à laquelle l’album édité par AHI Records rend parfaitement justice.

 

TRACKLISTING

 

halloween-4-banner

 

halloween-4-cd-150x150HALLOWEEN 4 : THE RETURN OF MICHAEL MYERS (1988)

HALLOWEEN 4

Compositeur :

Durée : 52:46 | 15 pistes

CD : AHI Records

★★½☆☆

 

 

Côté musique, a définitivement jeté l’éponge pour Halloween 4, tout en continuant d’empocher les royalties générées par la réutilisation de son thème, et c’est donc qui s’y colle. Le générique de début est assez prometteur, plein de menace, funèbre et dramatique à souhait, faisant entendre un souffle maléfique et des sonorités sépulcrales ressemblant à des chœurs samplés. Tout aussi atmosphérique mais non moins inquiétante, la scène de cauchemar inaugurale est baignée dans des nappes synthétiques glaçantes brutalement rompues par des déchirements agressifs d’une efficacité indéniable. Hélas, dès la fin du premier morceau, Howarth réemploie le thème principal composé par Carpenter sous une forme légèrement modifiée, à la fois plus sèche, plus rapide et plus martelée, qui s’explique évidemment par le retour du boogeyman sur le devant de la scène mais n’en entraîne pas moins une lassitude et un agacement croissants, car le compositeur va l’utiliser dans presque tous les morceaux suivants.

 

Pour sa première partition en solo, il est donc regrettable qu’Howarth n’ait pas pu - ou voulu ? - exploiter davantage un canevas personnel. On reconnaît bien sa patte 100% synthétique et atmosphérique, mais il semble que l’âme qui imprégnait les scores des deux précédents volets, co-écrits avec Carpenter, ait désormais disparu au profit d’une musique qui certes fonctionne bien dans le film mais s’avère au final beaucoup moins riche et sophistiquée que celle d’Halloween III. Une fois passé quelques séquences intimistes (Be Back By 9:30) ou horrifiques (Schoolhouse, Power Company) situées dans la lignée de celles d’Halloween II, on n’a droit qu’à une reprise épuisante des motifs du premier opus : celui accompagnant les scènes d’attente et d’angoisse (Downstairs Alone) et celui illustrant les attaques de Michael Myers (Return Of The Shape). Heureusement que le film est bon, parce que du point de vue musical, on tourne en rond et l’on finit par s’ennuyer ferme !

 

NB : Après Halloween III (2007) et Halloween II (2009), en 2011 c’est au tour de Halloween 4 d’être réédité chez AHI Records, avec un petit quart d’heure supplémentaire. Tiré à hauteur de 1000 exemplaires à l’instar de ses deux prédécesseurs, ce score est un cadeau exclusivement réservé aux fans !

 

TRACKLISTING

 

halloween-5-banner

 

halloween-5-cd-150x150HALLOWEEN 5 : THE REVENGE OF MICHAEL MYERS (1989)

HALLOWEEN 5

Compositeur :

Durée : 57:38 | 16 pistes

CD : Varèse Sarabande

★½☆☆☆

 

 

Deuxième score d’ en solo, Halloween 5 : The Revenge Of Michael Myers continue d’entériner le déclin tant musical que cinématographique de la saga. Après un générique (Halloween 5 / The Revenge) relativement intriguant illustrant par des sonorités étranges et fugitives les images d’un couteau en train de découper une citrouille, c’est de nouveau la bonne vieille rengaine composée par qui occupe le devant de la scène et qui rend l’écoute isolée de plus en plus fastidieuse. Selon un refrain désormais bien connu, ajoutons également que le reste du score emploie le thème de suspense du premier film (A Stranger In The House) et le motif associé aux attaques du tueur (Trapped). Peut-on constater un quelconque renouvellement du matériau thématique et instrumental ? Que nenni ! On trouve ici et là des gratouillis de guitare électrique histoire de faire un peu plus branché (Stop The Rage), mais dans l’ensemble l’album enchaîne les longues pistes brouillonnes dont presque rien ne se dégage sinon des dissonances synthétiques fort peu agréables à écouter et qu’on dirait sorties d’un clavier bontempi martelé par l’index d’un enfant de six ans…

 

Seule bonne idée d’, mais si fugitive : l’emploi de voix de gorge rappelant celles des moines tibétains, psalmodiant sur un mode menaçant et satanique afin de souligner la nature profondément maléfique du tueur (The Shape Also Rises, First Victim). De même, le début de The Attic instaure une atmosphère funèbre et tragique du meilleur effet rappelant Prince Of Darkness (Prince des Ténèbres) pour retomber dans la médiocrité une minute après. Pourquoi donc ne pas avoir davantage exploité ce canevas ? Pourquoi ne pas être parti dans une direction nouvelle, plus ambitieuse, plus propice au renouvellement ? On ne demandait pas au compositeur de réécrire The Omen (La Malédiction), mais il y a quand même un juste milieu entre la grandiose et terrifiante partition symphonique de Goldsmith et le pauvre score électronique d’ ! Heureusement que sur l’album figurent quelques chansons tirées - ou non - du film, très agréables à écouter pour les nostalgiques des années 80 : ce sont de loin ces quelques morceaux qui retiendront l’attention, mais est-il bien nécessaire de faire l’acquisition d’Halloween 5 pour pouvoir les écouter ?

 

TRACKLISTING

 

halloween-6-banner

 

halloween-6-cd-150x150HALLOWEEN 6 : THE CURSE OF MICHAEL MYERS (1995)

HALLOWEEN 6 : LA MALÉDICTION DE MICHAEL MYERS

Compositeur :

Durée : 57:45 | 13 pistes

CD : Varèse Sarabande

★☆☆☆☆

 

 

Troisième et dernier score composé par (mais en réalité le cinquième auquel il a collaboré), Halloween 6 est, à l’instar du film, de trop. Il est donc fascinant de constater que, malgré la médiocrité croissante des films et des musiques, chaque nouvelle bande originale des Halloween ait été systématiquement éditée - tout comme les Nightmare On Elm Street - alors que celles des Friday The 13th, de meilleure qualité, sont presque toutes demeurées inédites. Sans doute est-ce parce que l’édition de scores entièrement synthétiques ne coûte pas cher et que la saga Halloween a toujours su trouver des acheteurs… Quoi qu’il en soit, l’album d’Halloween 6, l’un des plus longs de la série, dure quasiment une heure : quel ennui…

 

Tout ce que nous pourrons dire à propos de ce score a déjà été dit à propos d’Halloween 5 : même réemploi permanent des thèmes composés par pour le premier film (thème principal, thème de Laurie, thème de suspense, thème de l’attaque) et entre deux, même vide sidéral. Cependant, l’emploi de chœurs synthétiques censés créer une atmosphère démoniaque et menaçante se justifie pleinement cette fois-ci puisqu’il est réellement question d’une secte satanique dans le film. Birth Ceremony et Thorn sont donc sûrement les deux morceaux les moins inintéressants de l’album puisqu’ils renouent à leur tour avec le style de Prince Of Darkness, sans doute le meilleur travail du tandem Carpenter/Howarth à ce jour. Pour le reste, on est arrivé à l’épuisement plus que total de la formule… Heureusement, le septième Halloween sera mis en musique par , qui livrera le meilleur score de la saga après celui de Carpenter et le seul - hélas - à faire appel à un orchestre symphonique.

 

TRACKLISTING

 

halloween-7-banner

 

halloween-7-cd-150x150HALLOWEEN H20 (1998)

HALLOWEEN, 20 ANS APRÈS

Compositeur :

Durée : 51:44 | 17 pistes

CD : Varèse Sarabande

★★★★☆

 

 

Encore auréolé du succès de The Usual Suspects, , compositeur attitré de Bryan Singer, a sans doute été choisi pour composer la musique d’Halloween H20 grâce à ses scores à la fois séduisants et horrifiques pour Snow White : A Tale of Terror (Blanche-Neige : le Plus Horrible des Contes) et Apt Pupil (Un Elève Doué). Hélas pour lui, les producteurs de Dimension Films ont tellement aimé les musiques des Scream composées par Marco Beltrami qu’ils vont en abreuver le métrage de Steve Miner au point d’éjecter une bonne partie du score original. À la vision du film, truffé de stridences symphoniques déjà entendues dans la trilogie de Wes Craven, on peut constater que le studio n’a pas rendu justice au travail d’Ottman. Varèse Sarabande a fort heureusement édité un CD entièrement consacré à son score rebaptisé pour des questions de droits Portrait Of Terror. Présentée ainsi, la musique d’Halloween H20 devient alors une œuvre indépendante, véritable symphonie de la terreur qu’Ottman dédie au genre tout entier.

 

Portrait Of Terror débute en fanfare sur ce qui reste aujourd’hui encore un fait unique : une reprise majestueuse du thème d’Halloween, non pas au synthétiseur mais par l’orchestre tout entier ! Piano, flûtes, violons, puis cuivres et bois se chargent d’instaurer un climat ténébreux et envoûtant. La force de est alors de rendre le thème plus lyrique que stressant, plus dramatique que maléfique. Renforcée par des chœurs et par une voix féminine ensorcelante, la mélodie principale est donc une parfaite synthèse du style de Carpenter et de celui d’Ottman, qui investit totalement le mythe en y injectant ses orchestrations faites d’acoustique et d’électronique, son goût prononcé pour les voix solistes, ses brusques accès de rage aux sonneries de cuivres très étranges. La suite de la partition sera à l’avenant, tissant des atmosphères mystérieuses et inquiétantes en ne délaissant jamais vraiment les mélodies, souvent tristes et angoissées, alternant séquences réflexives et scènes d’action furieuses.

 

Parsemée de sons insolites et de grincements divers, la musique renvoie à Snow White pour ses volutes vénéneuses peu à peu gangrenées par l’horreur et annonce les morceaux de bravoure frénétiques de Urban Legends : Final Cut (Urban Legend 2 : Coup de Grâce). Dominée par un piano cristallin aux sonorités proches de celles du clavecin et par des cordes lancinantes, elle fait aussi fugitivement entendre des fragments de berceuses, des halètements étouffés et l’appel terrifié d’une petite fille dans le lointain, ce qui contribue à accentuer le malaise et à faire de Portrait Of Terror une expérience éprouvante. Traversée de beaux moments d’élégie, plus éloignée des musiques de slashers traditionnelles qu’il n’y paraît et en tout cas fort différente des compositions de Marco Beltrami, la musique de pour Halloween H20 est une réussite virtuose qui a le mérite d’arriver assez tôt dans la carrière du compositeur pour affirmer définitivement un style et éviter l’effet de lassitude qui surviendra quelques années plus tard. Une partition à découvrir, la meilleure depuis celle composée par pour le film d’origine.

 

TRACKLISTING

 

halloween-8-banner

 

halloween-8-cd-150x150HALLOWEEN : RESURRECTION (2002)

HALLOWEEN : RÉSURRECTION

Compositeur :

Durée : 55:17 | 24 pistes

CD : Varèse Sarabande

★★½☆☆

 

 

Suite à la partition de pour le septième opus, seul essai symphonique de la série, les probables restrictions de budget impliquent pour Halloween : Resurrection un retour à la musique électronique. Et c’est là qu’on recommence à grincer des dents, ayant encore en tête les laborieuses expériences d’ sur les épisodes 4 à 6. Qu’on se rassure néanmoins : la composition de est relativement satisfaisante, ses ordinateurs étant assez perfectionnés pour nous épargner un son eighties de mauvais aloi. Son travail sur les atmosphères, à mi-chemin entre mélancolie et angoisse, s’avère même très intéressant, et sa maîtrise du rythme plutôt impressionnante.

 

Après une reprise très dramatique et martelée du thème célébrissime de , le compositeur installe une tension implacable et ne relâche la bride à aucun moment. A l’aide d’une véritable armada de sonorités synthétiques grinçantes et dissonantes, il tranche dans le vif et agresse l’auditeur de façon quasi-permanente. La musique s’emballe fréquemment lors d’haletantes courses-poursuites et l’on est soi-même tenté d’aller se cacher pour échapper à tant de violence et de sauvagerie ! Cela dit, si l’aspect terrifiant - et surtout difficilement audible - de cette partition est son principal atout, c’est aussi son principal défaut, qui la rend peu accessible ; seules les oreilles exercées et consentantes y survivront. Moins kitsch cependant que la musique de Jason X, sa concurrente parue la même année, Halloween : Resurrection est sans doute la meilleure composition non orchestrale de la série après celles des premier et troisième opus, rendant un hommage satisfaisant à la figure de «The Shape».

 

TRACKLISTING

 

halloween-9-banner

 

halloween-9-cd-150x150HALLOWEEN (2007)

HALLOWEEN

Compositeur :

Durée : 50:20 | 24 pistes

CD : Hip-O Records

★★☆☆☆

 

 

Satisfait de sa collaboration avec sur The Devil’s Rejects, Rob Zombie fait de nouveau appel à lui pour le remake de Halloween. Le compositeur de Dawn Of The Dead (L’Armée des Morts) et de Slither (Horribilis) reprend alors le fameux thème de Carpenter en l’adaptant à sa manière, y ajoutant une voix féminine angoissée ainsi que quelques sonorités électroniques grinçantes supplémentaires. Cette énième version est peut-être supérieure à celle de pour Halloween : Resurrection, mais n’apporte tout de même pas grand chose de nouveau. C’est seulement après ce passage obligé que élabore un univers plus personnel sous la forme de longues plages tantôt atmosphériques et dépressives tantôt brutales et dissonantes, toutes plus infernales que jamais. Digne petite sœur de The Devil’s Rejects mais rappelant également certaines partitions d’ (Halloween 4 surtout, pour son extrême noirceur) et les Texas Chainsaw Massacre (Massacre à la Tronçonneuse) de Steve Jablonsky, la musique d’Halloween plonge dans la psyché tordue et profondément maléfique du tueur, entraînant l’auditeur dans un monde menaçant où plus rien ne sera familier ni rassurant. Seules quelques rares minutes associées au personnage lumineux de la mère de Michael et aux souvenirs de la petite enfance autoriseront un semblant de mélancolie et de tendresse.

 

Contrairement à , qui choisissait de fonder son score sur l’obsession, l’idée fixe, la répétition jusqu’au vertige et au malaise, préfère la progression erratique, aveugle, imprévisible, les collisions de sonorités toutes plus étranges et inattendues les unes que les autres, aboutissant lors des scènes de meurtres à des explosions de rage et de brutalité qui se noient dans la dissonance. Un orchestre est crédité au générique, mais il est fort peu aisé d’entendre en quoi il consiste exactement - hormis ici et là quelques cuivres grondants et un piano très grave - car Bates s’appuie avant tout sur les synthétiseurs. Il est compréhensible, dans ce cas, que sa musique s’avère particulièrement difficile à apprécier en dehors des images, et c’est sans doute pourquoi les producteurs n’ont pas voulu se risquer à sortir un disque, ce qui est regrettable pour le compositeur étant donné que tous ses prédécesseurs ont vu leur travail édité.

 

Ultime déception : si dans toute la première partie du film, celle qui porte vraiment la marque de Rob Zombie, a carte blanche pour faire ce qu’il veut, ce n’est plus vrai dans la seconde, remake du premier film. En effet, sans qu’on sache vraiment s’il s’agit des vœux du metteur en scène, des producteurs ou du compositeur lui-même, presque tout le score se mue à son tour en un remake de celui de à partir du moment où Michael Myers, devenu adulte, s’évade de prison. Tous les thèmes originaux - thème du générique, thème de Laurie, thème de suspense, thème de l’attaque, thème des meurtres - sont systématiquement recyclés, adaptés sous des formes guère différentes de celles de départ et utilisés jusqu’à l’épuisement, ce qui rend la deuxième moitié du film encore plus fastidieuse. Étant donné que l’album de chansons édité par Hip-O Records ne contient de que les variations sur les thèmes de Carpenter, il contribue à entériner la mauvaise opinion que l’on pourra avoir du film et du score. Quel dommage…

 

TRACKLISTING

 

halloween-10-banner

 

halloween-10-cd-150x150HALLOWEEN II (2009)

HALLOWEEN II

Compositeur :

Durée : 50:36 | 16 pistes

CD : Abattoir Recordings

★★★☆☆

 

 

Deux ans après le remake du film d’origine, Rob Zombie et remettent le couvert pour un film plus convaincant que le précédent à tous points de vue, s’affranchissant pour de bon de l’hommage servile à Carpenter. Cette fois-ci, le compositeur s’offre le luxe d’une édition chez un label qu’il a créé lui-même et qu’il a judicieusement nommé Abattoir Recordings ! Les fans du compositeur, mais aussi de la saga, auront donc enfin l’occasion d’apprécier le travail de en dehors des images. Afin de rectifier un peu le tir, celui-ci propose en fin d’album une longue suite tirée du film précédent (H1 Killing Spree) qui fait donc entendre quelques reprises des motifs de Carpenter. Pour le reste, hormis le Halloween Theme 2009, différent de celui de 2007 car il n’utilise pas la voix soliste, le matériel est nouveau à 100% et c’est tant mieux.

 

Cela dit, bien malin qui saura faire la différence entre les expérimentations menées par le compositeur dans Halloween II et celles contenues dans ses autres partitions écrites pour Rob Zombie, à savoir Halloween et The Devil’s Rejects ! Tout y est uniformément sombre, confus, dissonant, cacophonique, lobotomisant, démoniaque… la liste des qualificatifs pourrait s’étendre à l’infini ! Plus que tous les autres compositeurs de la saga, semble s’être attaché à créer un climat de folie hyperbolique, comme s’il voulait nous entraîner avec lui au plus profond de la psyché terrifiante du tueur, sorte de labyrinthe délirant de complexité et de noirceur. Fondée sur l’absence quasi-totale de thèmes et de motifs réellement identifiables, sa musique ne connaît que le chaos et l’anarchie : entièrement synthétique, elle rassemble une grande profusion de sons mêlant l’atmosphérique et le grinçant, tous plus dérangeants les uns que les autres, ce qui fera dire aux auditeurs les plus rétifs qu’il ne s’agit pas de musique mais, au mieux, de sound design et, au pire, de bruit.

 

Bates fait quelques clins d’œil ici et là aux principaux représentants de la musique horrifique synthétique des années 80 : on pense parfois à Brad Fiedel (Terminator), à Jay Chattaway (Maniac Cop) et bien sûr à (le générique d’Halloween 4). Mais dans l’ensemble, il parvient à élaborer et à exploiter son propre canevas, succession ininterrompue de séquences étranges ou cauchemardesques correspondant à merveille aux images psychédéliques et ultra-violentes de Rob Zombie. Les longues marches nocturnes de Michael Myers à travers les champs et ses nombreuses visions oniriques occasionnent des morceaux hallucinés et hallucinants ponctués de vrombissements et de percussions dramatiques, marqués par des murmures hypnotiques puis des bribes de berceuses mélangées à des râles menaçants (I Killed A Man, I Won’t Let You Down). La rage fait merveille quant à elle dans Love Shack ou dans le long Rabbit In Red, où l’on reconnaît la prédilection du compositeur pour la musique industrielle.

 

Plus définitif que ses concurrents Charlie Clouser et Steve Jablonsky, qui œuvrent dans un registre similaire, en arrive à tel degré d’extrémisme qu’il se transcende lui-même et accède à une indéniable grandeur. Le début de Brackett Finds Annie, seul morceau de lyrisme - totalement désespéré, évidemment - et de poésie au milieu de cet enfer, n’en paraît alors que plus bouleversant et témoigne du talent réel de ce compositeur, trop souvent réduit à des travaux peu marquants (le décevant Watchmen, les inédits See No Evil [Le Regard du Diable] et Day Of The Dead). Virtuose dans les ténèbres et la démence, la musique d’Halloween II est donc une expérience à tenter pour les béophiles courageux. Mais pour les autres, qu’ils soient ou non sous l’emprise de stupéfiants, attention au bad trip !

 

TRACKLISTING

 

halloween-photo