Jerry Fielding, du swing à l’avant-garde

  1. Introduction
  2. Du jazz avant tout
  3. Le cinéma, enfin
  4. La décade prodigieuse

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Né en 1922 à Pittsburgh, le jeune Fielding présente des dispositions musicales précoces et pratique la clarinette, le piano et le saxophone. Il étudie au Carnegie Institute Of Technology de la ville et fait bientôt partie, avec Henry Mancini, du vivier de jeunes musiciens constitué autour du chef d’orchestre de théâtre et de music-hall Max Adkins. A 17 ans, il écrit ses premiers arrangements pour des spectacles produits localement. Dès le début des années quarante, on le retrouve arrangeur et compositeur pour plusieurs de ces orchestres de swing itinérants qui font alors les beaux jours des salles de danse (ceux d’Alvino Rey, Jimmie Lunceford, Charlie Barnet…).

 

Pendant toute cette période, le musicien acquiert un solide métier. Il apprend à faire sonner un ensemble de manière claire et efficace, à tirer le meilleur parti de ses solistes (ce qui lui servira bien plus tard, notamment dans The Gauntlet), et surtout à intégrer avec aisance des formules mélodiques ou rythmiques tirés de styles musicaux très différents : variété américaine, exotica, danses latino, jazz west coast… Il collabore également avec d’excellents musiciens de jazz comme Buddy Colette, Pete Candoli ou Shelly Manne, croise le chemin des arrangeurs Johnny Mandel, Russel Garcia ou Billy May, qui allaient tous d’une manière ou d’une autre toucher au cinéma.

 

Dans les années 50, il dirige pendant quelques années son propre orchestre de danse, un big band à tout faire, qui évolue entre jazz et arrangements de standards ou de chansons populaires. Il enregistre pour Decca plusieurs albums à thématique exotique dans le goût de l’époque (certains de ses enregistrements ont été réédités récemment par le label Jasmine sous le titre Faintly Reminiscent). La formation était réputée autant pour la qualité de ses interprètes, la crème des musiciens de studio de Los Angeles, que pour la difficulté des compositions et des arrangements de son chef. A côté du répertoire instrumental, Fielding et ses musiciens accompagnent des chanteurs de variété aussi célèbres que Frank Sinatra, Debbie Reynolds ou Doris Day.

 

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Pendant cette période, Fielding est également directeur musical d’émissions de télévisions très populaires, comme celles de Groucho Marx. Ecarté de Hollywood par le maccarthisme durant plusieurs années, il trouve refuge à Las Vegas et continue à mettre son savoir faire au service d’une certaine conception du spectacle à l’américaine.

 

Jusqu’au milieu des années soixante, sa musique se rattache globalement a un genre de la variété symphonique mâtinée de jazz, dans des arrangements luxuriants. La conception orchestrale de certaines pages ultérieures de Fielding n’est pas si éloignée des tentatives d’un Stan Kenton pour élargir la palette sonore du big band traditionnel, alliant une ampleur quasi-symphonique à des couleurs latino-américaines. Le principal orchestrateur de Fielding pour le cinéma, Lennie Niehaus, fut d’ailleurs membre de l’orchestre de Kenton comme saxophoniste et arrangeur (après la disparition de Fielding, Niehaus prendra également sa suite en devenant le compositeur attitré de Clint Eastwood).

 

Ses musiques pour le cinéma porteront la marque de cet héritage dans leurs lignes de cuivres, leurs contours mélodiques, la sûreté de leur coloris orchestral. Certains de ses thèmes de western, comme ceux de Lawman (L’Homme de la Loi) ou Chato’s Land (Les Collines de la Terreur), possèdent même une souplesse et un balancement proche du swing, assez éloignée du style western classique pratiqué par Dimitri Tiomkin, Franz Waxman ou même Elmer Bernstein.

 

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L’arrangeur de big band se révèle également par la place importante occupée par les bois et les cuivres dans l’équilibre orchestral, et par le brio des échanges mélodiques entre pupitres. Ce passage par la musique populaire, qui aurait pu être anecdotique et destiner un musicien de moindre envergure à une carrière simplement commerciale, allait ainsi jouer un rôle central dans la constitution d’une personnalité musicale puissante et originale. Et faire de lui un des compositeurs de cinéma les plus aptes à écrire une musique naturellement et spontanément américaine.

 

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