Ubeda 2009 : le journal du festival

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Les murs déjà accablés de chaleur de la petite cité historique, en ce matin du jeudi 16 juillet, ne laissent rien transparaître de l’effervescence qu’abrite l’enceinte de l’ancien hôpital de Santiago… C’est bien aujourd’hui en effet que s’ouvre la cinquième édition du festival de musique de film de la ville d’Ubeda, LE rendez-vous international et désormais incontournable de tous les béophiles passionnés, et ce à quelques heures de voyage seulement de Paris.

 

Alors que notre capitale reste désespérément sourde à la tenue d’une manifestation digne de ce nom (voir les efforts pour le moins minimalistes fournis l’année passée en France au cours du pourtant très opportun Centenaire de la musique au cinéma) et que le festival d’Auxerre semble avoir d’ores et déjà rendu les armes, sacrifié à l’autel d’une crise décidément bien commode, ce sont nos voisins et amis espagnols qui, une fois encore, créent l’évènement et mettent les bouchées doubles pour quatre journées qui s’annoncent mémorables. L’équipe d’UnderScores est donc sur place pour vous conter jour après jour ses aventures et vous faire goûter, morceaux choisis et photos à l’appui, un peu de l’ambiance chaleureuse des lieux et des rencontres, le tout dans la plus pure tradition andalouse : à l’ombre des oliviers, bercés par le doux murmure de la cerveza…

 

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JOUR 1 : JEUDI 16 JUILLET

 

Lors de la conférence de presse inaugurant cette cinquième édition, Robert Townson, directeur artistique du festival, et , Président d’Honneur, ont insisté sur le fait que cet événement était le seul à «célébrer la musique de film» de cette façon, c’est-à-dire en faisant la part belle à l’enthousiasme, la passion, les rencontres et tout ce qui contribue à rendre cette expérience humainement inoubliable. Et c’est avant tout ce regard que nous souhaitons vous faire partager.

 

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Enthousiasme et émotion étaient effectivement à l’honneur lors de cette première journée. Pour preuve, la première conférence, consacrée à , et au cours de laquelle Robert Townson et Colette Delerue ont évoqué avec nostalgie leurs souvenirs respectifs de l’homme «dont la musique semblait être un langage naturel». Après un interlude chaleureux qui a vu débouler un visiblement ravi de faire partie de l’aventure, nous enchainons sur une conférence réunissant de nombreux jeunes talents espagnols, qu’ils se nomment , ou encore le réalisateur J.A. Bayona, tous là pour partager leur vision de la musique de film.

 

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Après une pause déjeuner en excellente compagnie (, , , , Robert Townson…), voilà vos envoyés spéciaux de nouveau sur la brèche pour la conférence d’un nouveau talent à suivre de près, , ancien élève de Chris Young, qui nous a narré ses aventures à Hollywood jusqu’à sa consécration dans l’univers du jeu vidéo avec sa partition pour Afrika. Il sera suivi immédiatement après de , ex-Goblin aux allures de rock-star qui a évoqué en détail sa collaboration avec Dario Argento.

 

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Cette première journée marathon s’achève sur la cérémonie des Jerry Goldsmith Awards qui récompensent les jeunes talents les plus prometteurs. De nombreux trophées et un grand vainqueur, , pour la partition de No Me Pidas Que Te Bese Porque Te Besaré.

 


 

JOUR 2 : VENDREDI 17 JUILLET

 

Nous en étions certains, cette première journée ne pouvait être qu’une mise en bouche… Quelques heures de sommeil et un petit déjeuner vite avalé plus tard, les choses deviennent particulièrement sérieuses et le programme se veut chargé.

 

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Pour ouvrir le bal, revient d’abord sur quelques-uns des multiples aspects de sa carrière, de son attrait pour le jazz dans sa jeunesse (en plus de la flûte, son instrument de prédilection, il a également étudié le saxophone, la contrebasse, et joué en accompagnement de célébrités telles que Tony Bennett et Frank Sinatra) à sa rencontre avec qui deviendra son mentor, de son travail sur la série Young Indiana Jones Chronicles à son premier réenregistrement pour Varèse Sarabande, en passant par des projets qui lui sont chers tels que Samantha, Radioland Murders, Lover’s Prayer ou encore son renfort sur le Air Force One de  («J’ai énormément appris de ce travail.» confiera-t-il). Bien sûr sa collaboration avec le studio Disney fait l’actualité : «L’arrivée de John Lasseter a été un grand changement en terme de qualité et de créativité, c’est très stimulant.»

 

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Alors qu’une partie de l’équipe se charge de mener les premiers entretiens avec le fougueux et l’illustre Robert Townson, prend bientôt le relais avec une conférence en tout point passionnante dans laquelle, accompagné de son orchestrateur , il détaille sa méthode de travail, sa manière d’envisager une partition séquence par séquence, en fonction du minutage… Armé comme à son habitude d’un accent écossais à couper au couteau et d’un sens de l’humour imparable, Doyle sait rendre ce genre d’exercice particulièrement ludique, pimentant ses explications de mimiques enthousiastes et se lançant dans des imitations hilarantes.

 

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L’autre très grand moment de la journée sera sans nul doute, l’après-midi, l’intervention évidemment fort attendue de l’incroyable . Véritable showman, débordant d’énergie, il lui suffit de quelques secondes pour s’attirer les faveurs d’une salle déjà toute acquise à sa cause. Voilà un homme pour lequel, à l’évidence, «passion» n’est pas un vain mot. Rappelant qu’il fut avant tout un fan comme les autres («la seule différence avec vous, c’est que j’ai décidé un jour de franchir le pas et de devenir compositeur»), il évoque notamment longuement sa rencontre avec Sam Raimi, avec à la clef la projection du générique de Drag Me To Hell (Jusqu’en Enfer) ainsi que sa collaboration, très importante à ses yeux, avec Jon Amiel : petite cerise sur la gâteau, alors qu’il a achevé son travail à peine quatre semaine auparavant, il fait alors entendre un très beau End Credits composé pour le nouveau film du réalisateur, Creation. Que demander de plus ? Il est alors temps pour nous de nous éclipser pour rejoindre qui, partitions sous le bras, son boîtier de flûte à portée de main, nous accordera une longue interview autour d’un café, juste avant sa répétition.

 

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Car le soir même a lieu le premier grand rendez-vous musical de ce festival sous la forme d’un récital qui permet de découvrir divers œuvres et arrangements signés par quelques-uns des compositeurs invités. Honneur d’abord au président qui ouvrira la soirée au piano avec des mélodies tirées de Great Expectations (De Grandes Espérances), Nouvelle France et Indochine, suivies d’une sonate pour flûte de Francis Poulenc interprétée par , de quelques arrangements de Sergio de la Puente (accompagné au violoncelle par un Fernando Velazquez passionné) et d’un hommage (un peu austère cependant) à avec deux œuvres (une Elégie pour clarinette et piano, et un Jeu d’Alternances pour hautbois et piano).

 

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En deuxième partie, ce sont d’abord quelques Danses Anciennes pour guitare et hautbois, extraites de la très belle musique d’ pour La Conjura del Escorial, qui rappellent les derniers spectateurs retardataires avant de laisser la place au grand vainqueur de la cérémonie des Awards, , qui interprète notamment un charmant tango issu de la partition récompensée la veille. Finalement, après une bien jolie sonate pour basson et piano composée par la jeune (primée, elle, l’année passée), il ne reste qu’à conclure de la plus belle manière qui soit avec qui, au piano, va laisser l’émotion envahir les lieux et littéralement régaler le public d’une longue série de thèmes musicaux (Swimming Pool, Jeux d’Enfants, Joyeux Noël, Angel, Bienvenue chez les Ch’tis et Oui, mais).

 


 

JOUR 3 : SAMEDI 18 JUILLET

 

Dès le début de cette troisième journée, il nous est apparu évident que le repos du guerrier n’aurait pas lieu, le rythme soutenu des jours précédents s’intensifiant encore un peu plus ! Première escale de cette journée marathon avec l’une des conférences les plus attendues, celle de . Souriant et détendu, le compositeur de Lost a ainsi partagé pendant près d’une heure trente ses expériences avec un public venu en nombre. Evoquant ses collaboration successives avec JJ Abrams et les studios Pixar, Giacchino s’est révélé à la fois passionné et facétieux, lui qui passera une partie de cette rencontre à filmer son intervieweur et son public pour en montrer le résultat à «JJ, Brad & Pete» lors de son retour à Los Angeles.

 

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Nous enchaînons immédiatement sur l’un des moments privilégiés les plus passionnants de ce festival, au cours duquel une des facettes professionnelle les plus intimes des compositeurs est révélée : les répétitions des pièces qui seront interprétées le soir même. Se succèdent donc au pupitre du chef , à la fois exigeant et précis, , faisant véritablement l’amour avec l’orchestre, ou encore Roque «Rocky» Baños, qui conduit les musiciens comme s’il combattait sur un ring ! Moins démonstratif mais tout aussi enthousiaste, précède un que nous découvrons très enthousiaste et généreux dans la direction d’orchestre, d’autant qu’il n’endosse pas habituellement ce rôle lors de l’enregistrement de ses partitions.

 

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Le temps d’une suite puissante des scores d’Hellraiser et Hellbound, et déjà il nous faut laisser derrière nous ce moment intense pour justement rejoindre et partager avec lui une cervoise fraîche bien méritée, au cours d’un entretien enrichissant pendant lequel il évoquera, entres autres choses, ses débuts, ses collaborations fructueuses avec Sam Raimi et Jon Amiel, et son processus créatif.

 

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Et nous voici repartis pour une cavalcade effrénée jusqu’au Teatro Ideal Cinema, ou va se dérouler la remise des GoldSpirit Awards, qui récompensent les meilleurs compositeurs et partitions de l’année passée. Vous pourrez lire prochainement sur UnderScores un compte-rendu détaillé de cette cérémonie, qui compte au rang des grands vainqueurs et du côté français, et du côté espagnol, et enfin et du côté américain.

 

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Une petite pause, me direz-vous ? Pas vraiment : le grand concert symphonique, point d’orgue du festival, est déjà annoncé par le crépuscule qui s’abat sur la ville. La fanfare du festival composée par retentit sous le ciel étoilé. prend alors la direction d’une très belle sélection de pièces composées par , puis du thème d’Agnes Of God (Agnès de Dieu) en hommage à , avant de nous offrir une suite de ses compositions pour Tinker Bell. Il est alors remplacé successivement par , puis qui interprétera au piano ses compositions pour le cinéma de Dario Argento. Cette première partie se termine en apothéose avec , qui aligne une magnifique suite de Lost, le surpuissant Roar! de Cloverfield, et le thème central de Ratatouille pour terminer sur les End Credits épiques de son récent Star Trek.

 

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attaque la seconde partie du concert avec sa suite pour la trilogie Torrente, rejoint sur scène par son interprète principal, Santiago Segura, qui poussera même pour l’occasion la chansonnette dans une version très 007 du thème de Torrente 2 : Misión en Marbella. Après une pause musicale que nous devons au très beau El Hombre Esponja de , transporte de nouveau l’auditoire en dirigeant deux extraits de sa partition pour le jeu vidéo Afrika. Après une longue suite de El Lince Perdido de Sergio de la Puente, une dernière respiration avec qui émerveillera son auditoire en dirigeant les partitions d’Angel, Un Homme et son Chien et Joyeux Noël, et c’est au tour de d’électriser le public. Dirigée par Pascual Osa, le chef attitré de l’orchestre, la suite des deux Hellraiser résonne avec une puissance satanique dans le patio de l’Hospital de Santiago, laissant un public épuisé mais heureux à qui il ne reste plus, en cette heure tardive, qu’à trouver un bar encore ouvert pour se remettre de ses émotions.

 

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JOUR 4 : DIMANCHE 19 JUILLET

 

Les volutes d’alcool et de musique, persistantes dans les têtes en ce dimanche matin, ne sauraient faire oublier que le dernier jour de festival est déjà arrivé… Tandis que la petite cité d’Ubeda paraît bien lascive sous le soleil d’Andalousie, le programme paraît lui-même, sur le papier, se relâcher…

 

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Le principal rendez-vous de la journée n’en est pas moins un moment d’extrême effervescence : la grande séance de signatures, dans les bâtiments du conseil municipal de la ville, doit ainsi réunir tous les compositeurs invités, lesquels se plient de bonne grâce à un exercice qu’on imagine volontiers vite rébarbatif et épuisant. Hormis un indisposé et forcé de retourner à Los Angeles le jour même, ils sont pourtant là, prêts à apposer leur paraphe sur chaque livret ou photo qui leur est tendu, récompensant d’un regard, d’une parole, d’une poignée de main ou même d’une embrassade le festivalier venu approcher et rencontrer les artisans de sa passion. La fatigue, après trois jours déjà intenses, se lit sur les visages de tout le monde, mais il ne saurait pourtant être question d’écourter la séance. Seulement, d’abord retardée, celle-ci s’avère néanmoins interminable, et ce qui ne devait à l’origine durer «que» trois heures (!) ne se clôturera finalement qu’au bout d’un peu plus de cinq heures !

 

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C’est donc avec un retard conséquent que nous rejoignons ensuite l’Hôtel Ciudad de Ubeda pour un grand déjeuner d’honneur, l’occasion d’un nouveau partage particulièrement festif entre les organisateurs de l’évènement, les invités et quelques-uns des festivaliers qui en ont fait la demande. Petits discours, verres qui tintent, couverts qui résonnent, chacun se lève à sa guise, allant de table en table pour se saluer, se remercier, discuter ou s’offrir d’ultimes cadeaux.

 

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On aimerait que ces instants s’étirent à l’infini, mais le temps est inexorable et c’est bientôt l’heure d’une dernière table ronde entre les compositeurs, animée avec énergie et enthousiasme par qui aura pris à cœur, tout au long du festival, sa fonction de Président d’Honneur de cette cinquième édition. Enfin, c’est sous le signe de Varèse Sarabande que se clôturent officiellement les festivités, avec une présentations succincte par Robert Townson, extraits à l’appui, de certaines parutions actuelles ou futures du label : parmi ces instants musicaux, le très délicat Norma Rae signé David Shire, le fameux The Right Stuff (L’Etoffe des héros) de Bill Conti et l’intriguant Hard Contract d’Alex North, tous les trois issus de la dernière fournée du Varèse CD Club, mais aussi en avant-première les premières notes issues des prochains albums consacrés à la série TV évènement True Blood (Nathan Barr) et aux films Aliens In The Attic (John Debney) , Children Of The Corn (Jonathan Elias), The Final Destination (Brian Tyler) ou encore le très attendu G.I. Joe (Alan Silvestri).

 

Au-dehors, alors que l’orchestre d’harmonie de la ville entonne quelques grands succès de cinéma, les festivaliers font leurs adieux. Pour les plus chanceux, ceux-ci se feront un peu plus tard, au cours d’une fiesta flamenca dans les jardins de l’Hôpital de Santiago, ultime opportunité de goûter encore un peu de la convivialité incroyable et unique qu’offre le Festival International de Musique de Film d’Ubeda. Petite note d’inquiétude cependant : pour la première fois dans l’histoire du Festival, cette soirée de clôture n’a fait l’objet d’aucune annonce concernant la prochaine édition, alors que le Président d’Honneur à venir est toujours sélectionné parmi les invités de l’année et traditionnellement annoncé à cette occasion, et que était tout à fait disposé à en accepter la charge. Espérons donc que cette cuvée exceptionnelle ne constituait pas aussi la dernière d’un événement qui est assurément, comme l’a dit lors de son discours de clôture, le meilleur festival de musique de film à travers le monde.

 

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Compte-rendu réalisé par Olivier Desbrosses, Florent Groult et Stéphanie Personne.

Photographies : © Olivier Desbrosses.

Remerciements à David Doncel et à toute l’équipe du Festival International de Musique de Film d’Ubeda.