L’adieu à Maurice Jarre

Master Class | TrombinoScore | Par Florent Groult | Publié le 31/03/2009   

maurice-jarre-berlin-2-300x233, c’est sans doute avant toute chose une destinée extraordinaire, celle d’un apprenti ingénieur-radio de quinze ans qui, au détour d’une rhapsodie hongroise (la deuxième, de Liszt), décide tardivement de se consacrer corps et âme à la musique…

 

Né à Lyon le 13 septembre 1924, aura été l’élève de Jacques de la Presle (harmonie et contrepoint), Louis Aubert (orchestration), Arthur Honegger (analyse), Jean-Wilfrid Garrett (musique électronique) et Pierre Schaeffer (musique concrète). Timbalier et percussionniste remplaçant au sein de différents ensembles, il croisera les regards de chefs d’orchestre mythiques tels que Pierre Monteux, Manuel Rosenthal, Wilhelm Fürtwangler ou encore Charles Munch. Devenu finalement compositeur, c’est la radio et le théâtre français (avec Pierre Boulez au sein de la compagnie de Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault, puis pour le Théâtre National Populaire de Jean Vilar) qui mèneront vers les sommets du cinéma mondial où il côtoiera les noms les plus prestigieux : Franju, Verneuil, Lean, Huston, Frankenheimer, Wyler, Kazan, Visconti, Clément, Hitchcock, Weir, Enrico, Schlöndorff…

 

« J’ai eu quatre pôles dans ma vie » résumait-il lui-même en 1992, « Jean Vilar pour le TNP, où je passais les douze meilleures années de ma vie et pour lesquelles je donnerai tous les Oscar du monde, Franju et David Lean, Schlöndorff car Die Blechtrommel (Le Tambour) et Die Fälschung (Le Faussaire) m’ont fait rompre avec les grands films épiques à grands orchestres (…) et en dernier Peter Weir, car il m’a permis d’utiliser mes connaissances en musique électronique acquises depuis longtemps avec Maurice Martenot. »

 

Mais au-delà de cette carrière d’une richesse exceptionnelle, couronnée de trois Oscar à Hollywood et encore récemment d’un Ours d’honneur au festival de Berlin (sa dernière apparition publique en février) et dont on pourrait détailler les multiples aspects (il a aussi travaillé pour la télévision et composé nombre de musiques de concert) et savourer les moindres anecdotes (le compositeur n’en manquait jamais), il est par contre beaucoup plus difficile de mesurer combien et son œuvre font aujourd’hui encore partie de l’inconscient de millions de gens à travers le monde. Pour moi-même, qui écris ces quelques lignes et suis trop jeune pour avoir connu le succès planétaire de Doctor Zhivago (Docteur Jivago), la Chanson de Lara restera à jamais une petite madeleine de Proust, une mélodie chantante à jamais gravée dans ma mémoire d’enfant de cinq ans à qui on vient tout juste d’offrir une merveilleuse petite boîte à musique…

 

En ce 29 mars 2009, alors que disparaît, à l’âge de 84 ans, le compositeur français , combien d’entre nous de par le monde perdons, consciemment ou non, un petit bout de nous-même, une émotion ressentie un jour au gré de mélodies au style inimitable et aux parfums inoubliables : la Chanson de Lara, le thème de Lawrence d’Arabie, la valse de Paris-brûle-t-il, la passacaille de Witness, le final de Dead Poets Society (Le Cercle des Poètes Disparus)…

 

« Il est toujours resté fidèle à son écriture » explique très justement Stéphane Lerouge, qui est également son biographe officiel, « ses mélodies très sinueuses, ses harmonies qui frottent, tutoyant une dissonance voulue, ses combinaisons orchestrales si singulières rendaient sa musique à la fois savante et lisible, donc populaire. »

 

L’homme s’en va aujourd’hui, sa musique restera éternelle dans nos cœurs. Pour tout cela, Monsieur Jarre, merci.

 

 

 

Photographie : © Andreas Rentz / Getty Images.