Jaws : un requin dans le moteur
- Introduction
- Immersion
- Mécanique de la suggestion
- Thématique restreinte
- Montage
- Psychose de la mer
- Epilogue
Force est de constater que depuis sa première diffusion en 1975, cette partition, tout comme d’ailleurs le film qu’elle illustre, n’a rien perdu de sa superbe. Sans doute nombre de compositeurs rêvent de marquer l’histoire du cinéma de cette manière, en offrant, en plus d’un soutien de haute tenue artistique, un thème musical d’une telle force qu’aujourd’hui encore son pouvoir d’évocation demeure inaltéré.
John Williams, quant à lui, est pour ainsi dire un habitué de ce genre de prouesses, le dernier peut-être de ces trente dernières années, que l’on considère seulement l’étonnante ténacité de quelques unes de ses idées à jamais entrées dans l’inconscient d’un très large public, à l’image du signal extraterrestre de Close Encounters Of The Third Kind (Rencontres du Troisième Type) et des marches héroïques des sagas d’Indiana Jones et de Star Wars.
Aussi, si Jaws est devenu une référence du cinéma horrifique, on ne compte plus les citations à peine voilées, parfois à la limite du plagiat, qu’a suscité le célèbre motif du requin. On n’en retiendra ici que les détournements les plus savoureux, celui concocté par Elmer Bernstein pour Airplane ! (Y a-t-il un Pilote dans l’Avion ?) en particulier, sans oublier bien entendu l’autodérision par John Williams et Steven Spielberg eux-mêmes en ouverture de 1941.
Le plus étonnant dans tout cela reste sans doute que deux notes ont suffi, et suffisent encore, à évoquer l’idée d’un requin. Avec le recul, il n’est d’ailleurs pas interdit de penser qu’il y avait certainement là pour le compositeur prétexte à une contribution minimale… Entendons par là que sa partition aurait très bien pu, à peu de choses près, s’en tenir à ces deux notes, à cette idée extraordinaire d’une suggestion par un motif élémentaire unique et obsédant, en en variant que la cadence, l’intensité et le facteur de présence, un peu dans l’esprit de ce que John Carpenter fera quelques années plus tard pour Halloween. Autre fascinante perspective, non ?
Article paru précédemment dans Colonne Sonore n°3 (Printemps-Eté 2001) sous le titre «Musica Dentata» et révisé en mars 2008.
Illustrations : © Universal Studios
(1) Citation in Jaws (A Pocket Movie Guide) par Nigel Andrews (Bloomsbury Publishing Plc, Londres, 1999).






