Jaws : un requin dans le moteur

Master Class | Décryptages Zone focus | Par Florent Groult | Publié le 03/07/2008   

  1. Introduction
  2. Immersion
  3. Mécanique de la suggestion
  4. Thématique restreinte
  5. Montage
  6. Psychose de la mer
  7. Epilogue

Quelque chose s’éveille, un grondement inquiétant, un demi-ton s’élève du plus profond des cordes… alors le rythme démarre, lentement, prend peu à peu de l’ampleur… alors peut-être nous ajoutons un tuba… (1) La petite idée que soumet ainsi à un Steven Spielberg dubitatif, un jour de printemps 1975, a fait son chemin. Retour sur une partition exemplaire, l’une des plus abouties de son auteur.

 

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Sans doute n’est-ce pas un hasard si Jaws (Les Dents de la Mer) se place en queue du peloton des films catastrophes mis en musique par au début des années 70. Ce n’est en effet qu’à partir de sa rencontre avec le réalisateur Mark Rydell, pour lequel il signe les partitions de The Reivers (Reivers) puis de The Cowboys (Les Cowboys) que le compositeur a véritablement commencé à se forger une identité musicale à Hollywood (identité alors seulement devinée au travers de quelques œuvres de concert, dont une symphonie que Bernard Herrmann jugera “surorchestrée”). En cela, après des films comme How To Steal a Million (Comment Voler un Million de Dollars) ou A Guide For The Married Man (Petit Guide pour Mari Volage), il rompt alors autant avec une carrière de cinéma qui semblait n’être vouée qu’à suivre consciencieusement une voie tracée par un Henry Mancini qu’avec le train-train de ses contributions pour des séries télévisées avec lesquelles, à l’époque, il reste le plus volontiers associé. Parmi celles-ci, on retiendra essentiellement les fameux Fantasy Worlds d’Irwin Allen, Lost In Space (Perdus dans l’Espace), Time Tunnel (Au Cœur du Temps) et Land Of The Giants (Au Pays des Géants).

 

Curieusement, Williams restera fidèle au producteur même après cette réorientation de style, au risque de s’encombrer à nouveau d’une étiquette difficile à se défaire : c’est en tout cas ainsi qu’il en vient à écrire les partitions de The Poseidon Adventure (L’Aventure du Poseidon) et de The Towering Inferno (La Tour Infernale), music-by-300x128tous deux produits par Allen dont l’esprit plane alors également sur d’autres films du même acabit, et en particulier Earthquake (Tremblement de Terre) auquel le compositeur se joint également. Mais l’avenir du cinéma spectacle est ailleurs…

 

Ce n’est donc pas le d’Irwin Allen que Steven Spielberg réclame pour son Sugarland Express, mais bel et bien celui de Mark Rydell. Aussi, lorsque le réalisateur s’aventure peu après à son tour sur le terrain du film catastrophe, le compositeur n’a d’autre solution que de s’affranchir presque totalement, et cette fois de manière irrévocable, de ses précédentes incursions pour le genre et des partitions plus ou moins ternes qui en résultaient. Blockbuster retentissant dans l’histoire des salles obscures, Jaws est donc pour Williams un véritable électrochoc, de ceux qui permettent à un musicien, alors déjà âgé d’une quarantaine d’années, d’accrocher définitivement la destinée hollywoodienne du wonder-boy le plus en vue du moment (Spielberg n’a, lui, que 27 ans), et ceci pour une carrière que l’on ne présente plus…

 

 

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