de Pierrebrrr le Jeu 14 Juin 2012 21:39
Ah oui, j'ai hésité à développer un peu cette idée de "professionnalisme"'- je le fais avec joie à ton invite.
Par définition, tous les compositeurs qui signent un score pour Hollywood sont des professionnels aguerris- J'avais plutôt dans l"idée de caractériser une démarche "professionnelle" à une démarche "expérimentale", c'est à dire dans le premier cas honorer une commande en faisant appel à son savoir faire, dans le second cas, briser, ou au moins fissurer un peu le moule parce qu'on en éprouve le besoin. Je ne m'appuie sur aucune donnée objective, mais j'ai l'impression qu'Elfman ne se fait pas tirer la manche pour composer, et qu'il aime toujours autant ça. J'ai aussi le sentiment, à l'écoute de ces scores, qu'il a clairement laissé derrière lui l'époque à laquelle il fallait briller toujours un peu plus fort à chaque disque.
Il est toujours délicat de qualifier la démarche d'un artiste- on devrait se contenter de commenter son oeuvre et pas lui prêter des intentions- mais il semble à peu près certain qu'Elfman ne devait pas être formidablement excité à l'idée de composer MIB III. Sans être dans le secret des dieux, j'ai peine à imaginer qu'il soit arrivé avec des idées folles à la pelle, renouvelant complètement le paysage sonore de la saga, idée qui auraient toutes été balayées d'une manchette par un Sonnenfeld pantouflard et paresseux.
Je sais que tu as du mal à admettre cette idée, mais quand je parle de score écrit avec professionalisme , c'est pour qualifier un score qui fonctionne très bien dans le film, mais qui tombe un peu à plat en disque. J'ai l'impression qu'avec MIB III Elfman se garde bien de composer une musique trop saillante, et pose simplement ce qu'il faut d'émotion et de ponctuation pour relever le plat. Les passages à la guitare acoustique, assez anecdotiques, par exemple, une fois intégré au montage du film, et au milieux des effets sonores fait vraiment son petit effet. La musique ne prends jamais le pas sur les images. Par ailleurs, Elfman aurait pu se contenter de recopier directement sa partoche de MIB I Et II, je pense que ça aurait bien fonctionné aussi (c'est ce que fait Horner dans La legende de Zorro !) et sans doute que personne ne se serait senti floué. Voilà ce que je qualifie de professionnalisme: une illustration musicale soignée, sans passion, strictement au service du film, mais tout de même emprunte d'un signature musicale identifiable.
J'ai eu le sentiment contraire, tout récemment, en découvrant Don't Be Afraid Of The Dark, de Troy Nixey. Je connaissais la musique de Beltrami/Sanders, que je trouve magnifique, mais dans le film, associées aux images très baroques, il y a un effet de surenchère qui m'a constamment donner le sentiment que la musique chercher à broyer les images par son lyrisme déchainé à la moindre occasion- là j'ai l'impression d'un compositeur sans doute très receptif à l'univers du film, et qui brode dans son coin une rêverie musicale superbe, mais peu consciente de la teneur des images. Paradoxal, car j'écoute bien plus Don't be afraid que MIB III ! Mais le premier est certainement un moins bon "score".
P.S: moi je trouve que le service après vente de mes chroniques est super réactif, non ?
"Le cinéma, c'est comme l'amour, quand c'est bien fait, c'est merveilleux, quand c'est mal fait, c'est un petit peu merveilleux aussi."
S.DonenRevoir 1982: chaque jour, la chronique d'un film fantastique produit en 1982:
http://trainfantome.blogspot.com/