de Guillaume le Dim 5 AoĂ» 2012 20:48
Paul Verhoeven sur Schindler’s List
«Je voulais à l’époque écrire une critique très sarcastique où je faisais un comparatif entre La Liste de Schindler et Jaws en prouvant que, fondamentalement, leurs ficelles dramatiques sont identiques. Le requin tue la première victime, le nazi tue le premier Juif, et ainsi de suite... Bam-bam, bam-bam!» (il fait mine de tenir un fusil et de tirer dans tous les sens.) J’avais le sentiment que Spielberg utilisait la même trame dramatique, avec une prédilection pour le spectaculaire. Puis j’ai réfléchi et me suis dit que ma critique serait sans doute perçue comme une attaque directe à l’encontre de Spielberg. Je ne l’ai jamais écrite. Pourtant, en revoyant récemment Jaws, mon impression n’a pas changé: c’est le même genre de drame. Chaque minute, un Juif ou un nageur se fait attraper, par Ralph Fiennes ou par le requin!»
Lucio Fulci Ă propos de Paul Verhoeven
«Verhoeven est un voleur! La fin de RoboCop est reprise de celle de La Maison Près du Cimetière, où la femme est traînée en bas de l’escalier, sauf qu’ils ont remplacé le monstre par un robot... J’adore l’autre réalisateur hollandais, Dick Maas, et j’espère qu’il aura une carrière plus brillante que celle de Verhoeven, car les films de ce dernier sont très beaux visuellement, mais très superficiels. La meilleure chose que je puisse dire de lui, c’est qu’il a prouvé que le Panavision est le meilleur format pour regarder Sharon Stone décroiser les jambes!»
Spike Lee sur Cotton Club
«J’ai détesté. Une fois de plus, on fait un film dont le véritable enjeu n’est pas traité. Au lieu de parler des gangsters, il aurait mieux valu montrer la vie des artistes du Cotton Club et ne pas prendre comme alibi un musicien de jazz, blanc de surcroît…»
(Spike Lee, Cinéfeel, Première, No 148, juillet 1989, p.111)
James Toback Ă propos de The Godfather et Francis Coppola
«Pour moi, Le Parrain est une vision hypocrite de la mafia due en grande partie au livre de Mario Puzo qui glorifiait ces gens-là en les présentant comme des personnages respectables. (...) Aujourd’hui Coppola semble s’être aseptisé, il a abandonné ses ambitions pour se transformer en cinéaste de commande. C’est son droit, il ne veut pas s’arrêter de faire des films et accepte pour cela tout ce qu'on lui propose. Je préfère quelqu'un comme Kubrick qui peut être autodestructeur et fou de ne tourner qu’un film tous les sept ans, mais dont l’oeuvre ne comporte pas un seul film déshonorant. Alors qu’aujourd'hui, la filmographie de Coppola est remplie de films aberrants, réalisés uniquement pour l’argent.»
(Positif, Février 1992)
Brian de Palma Ă propos de Terrence Malick :
«Hitchcock avait fait une soixantaine de films! C'est ce qui vous rend meilleur, tourner! [...] Ce qui me stupéfie encore, c'est de voir la critique applaudir à la façon de travailler de Terrence Malick ou Stanley Kubrick. [...] Hitchcock ou Ford tournaient énormément. C'est ce qui les a rendus bons. [...] [À propos de Terrence Malick:] Son premier film, La Balade sauvage, était extraordinaire. Mais le suivant, Les Moissons du ciel, était loin d'être aussi réussi. En tout cas pour moi. Vous pouvez me dire ce que vous voulez sur Les Moissons du ciel, le film ne tient pas la route pour moi. Et il ne tenait pas debout à sa sortie. Et je ne vous parle pas de La Ligne rouge, que j'ai trouvé très ennuyeux."
Claude Miller au sujet de Titanic
«Comment est-ce possible? Comment est-il possible que ce roman-photo obèse passe pour un chef d’œuvre? Et tous les beaux esprits qui se repaissent de ce méga-ice cream, de cette avalanche de clichés, alors qu’ils ont minaudé, bouche en cul de poule, devant le noir et âpre Age of Innocence de Scorsese! Navrant! Il faut avoir vu la protagoniste de Titanic adresser «un doigt d’honneur» au méchant joué par David Warner pour le croire! Un doigt d’honneur (comme une héroïne de Tarantino) en 1910? Une jeune femme de la gentry anglaise? Ça va pas, Cameron? Il faut l’avoir vu pour le croire, dis-je, et mesurer ce que la barbarie Mickey nous prépare de vulgarité et d’inculture.»
(«Journal du montage de «La classe de neige»», Claude Miller, Positif, # 448, p.49)
Mathieu Kassovitz sur Kill Bill
«Je pense que Tarantino se sert du manque de culture cinématographique de ses spectateurs. Tous ses films (tous, y compris ceux qu’il a seulement écrit) sont directement inspirés (copiés) par des petits films de série B qu’il a visionnés en travaillant dans un vidéo club. J'ai la même culture, nous sommes de la même génération et j'ai vu les mêmes films. Je n'ai pris aucun plaisir à voir Reservoir Dogs à sa sortie car j'avais vu le film original 10 ans plus tôt. Je comprends l'intérêt que peut susciter de tels films si on ne connaît pas les originaux, mais je ne peux pas m'empêcher de trouver le talent de Tarantino fortement réduit par l'existence de ces films, la copie trop évidente gâche mon plaisir de spectateur et me fâche en tant que réalisateur. Le seul film perso qu'il ait fait jusqu'à aujourd'hui reste Jackie Brown qui est également inspiré des films de «blaxploitation» des années 70 mais qui garde une couleur très personnelle avec un scénario réel et bien structuré, une cinématographie plus traditionnelle mais qui me touche plus, une violence humaine et des personnages forts et ancrés dans une réalité qui me concerne. Quant à Kill Bill, c'est vraiment le résultat d'une vie de cinéphile décérébré, sans AUCUNE inspiration perso, bourré de violence gratuite et souvent dirigée sur ou autour des enfants, c'est à la mode, c'est branché, c'est sans intérêt, j'ai dormi la moitié du temps, le reste m'a extrêmement énervé. Il pille cinématographiquement toute une partie du cinéma japonais et asiatique en général sans aucune inspiration. C’est vide, con, et méchant. Le pire est que les originaux sont tellement meilleurs, n'ont pas coûté 55 M$ et n’ont jamais eu la prétention d’être à la mode, c'était des films honnêtes et violents car ils racontaient des histoires (…) Kill Bill n'a rien des originaux et non seulement il vole mais il ne respecte pas la force et la beauté profonde de ces centaines de films de série B qui ont également forgé mes goûts cinématographiques. Quentin est un manipulateur, malhonnête envers le cinéma qu'il dit respecter car il n’a apparemment pas les capacités intellectuelles de créer son propre univers. Car l’univers Tarantino n’est pas SON univers, c’est celui des autres...»
Clint Eastwood sur New York, New York
«Je n’ai pas aimé du tout. Ce n’est pas, selon moi, le meilleur film de Scorsese, que je préfère plus stylisé, comme dans Raging Bull ou After Hours. Mean Streets reste son film le plus achevé.»
(Clint Eastwood, Cinéfeel, Première, No 121, avril 1987, p. 143)
John McTiernan Ă propos de RoboCop
«Techniquement, RoboCop est un film extraordinaire. Par contre, je suis moins admiratif quant au contenu. Verhoeven nous livre une vision du monde si sombre qu'elle me semble réellement corrosive. Terriblement néfaste. Il y a dans RoboCop une désespérance terrible, une colère intolérable. Je ne dis pas que RoboCop est cruel au sens où l'assassinat du jeune flic par le gang est cruel, non. J'ai davantage de problèmes avec le personnage incarné par Ronnie Cox, le promoteur du programme RoboCop. Il est montré tout d'abord comme une victime des ambitions de son jeune collègue; apparemment, c'est un brave homme. Et puis voilà que, volontairement, il est sacrifié à l'idéologie de Verhoeven: il se retrouve à la tête du gang. Cette façon de jouer avec les personnages est tellement pessimiste... Elle est sans doute exacte. Mais choisir cette vision du monde, la donner à digérer aux spectateurs, n'est pas bénéfique. Je pense qu'il est toujours possible d'imaginer des films qui traitent du Mal, d'un mal social, tout en réaffirmant sans cesse le goût de la vie. John Ford le fait entre autres dans Les raisins de la colère. Le film est plein d'une rage véritablement politique mais il émet une solution aux problèmes en prônant la persévérance et le courage. En cela la position de John Ford vis-à -vis de son public était plus responsable. Contrairement à RoboCop, mes films ne sont jamais sociaux... la vision des choses dans RoboCop est abominable.»