Gone To Earth (Brian Easdale)

Voyage au Centre de la Terre

Disques • Publié le 13/12/2019 par

The Film Music Of Brian EasdaleGONE TO EARTH | THE FILM MUSIC OF BRIAN EASDALE (1950)
LA RENARDE
Compositeur :
Brian Easdale
Durée : 76:27 | 31 pistes
Éditeur : Chandos

 

5 Stars

 

Il est probable que le nom de Brian Easdale ne parle pas beaucoup aux amateurs de musique de film. Pourtant, ce natif de Manchester reçut en 1948 l’Oscar de la meilleure musique pour The Red Shoes (Les Chaussons Rouges). Le CD édité par Chandos Movies, et intitulé le plus simplement du monde The Film Music Of Brian Easdale, propose un beau panorama de la musique pour l’image du compositeur britannique avec notamment une suite (qui est en fait l’adaptation du score du film pour un ballet qui portera le même nom) de huit petites vignettes musicales où la simplicité des mélodies le dispute à la richesse des orchestrations (mention spéciale aux ondes Martenot jouées par Cynthia Millar). Outre ce petit chef d’œuvre, il faut bien reconnaitre que les faits d’armes de ce compositeur en matière de musique de film sont peu nombreux. Mais on y trouve, par exemple, une musique pour un documentaire de 1936, Kew Gardens, initialement écrit pour un orchestre de chambre (mais qui apparait ici dans une version plus étoffée pour orchestre symphonique). Incluse aussi, une suite pour chœurs et orchestre tirée de l’excellent The Black Narcissus (Le Narcisse Noir – 1947) où Easdale devait initialement n’écrire qu’une danse exotique pour le personnage de Jean Simmons. Mais devant la qualité de la musique, les producteurs lui demandèrent de composer toute la partition. On peut remarquer en particulier les flash-backs sur l’enfance irlandaise d’une des nonnes, parfaitement mis en musique par Easdale, de même que la fin, restée célèbre dans l’histoire du cinéma, portée par la très expressive partition du compositeur.

 

En 1956, le musicien écrivit la musique de The Battle Of The River Plate (La Bataille du Rio de la Plata) dont deux suites pour orchestre figurent sur ce disque. Le premier mouvement correspond au générique et à l’introduction narrative du film et le second est une marche militaire assez réussie. L’année suivante, il compose pour un film documentaire, Adventure On!, sur le monde merveilleux des tracteurs de Massey Ferguson (!!!), ce qui permet à Easdale de brosser des tableaux plus en relation avec les différents (et parfois exotiques) lieux de tournage qu’avec la magnificence des véhicules des champs. Le disque présente une riche suite en cinq mouvements absolument splendides ! Il manque peut-être à l’appel dans ce néanmoins formidable album de 76 minutes (il faut bien faire des choix !) une petite suite extraite de son terrifiant Peeping Tom (Le Voyeur – 1960) qu’on pourra cependant trouver sur une compilation Silva Screen intitulée A History Of Horror.

 

Gone To Earth

 

Mais le joyau de cet album est sans doute à aller chercher du côté de Gone To Earth (La Renarde – 1950) dont le CD présente ici sept extraits pour chœurs et orchestre. Produit par le tout puissant David O. Selznick, qui imposa sa femme, Jennifer Jones, dans le rôle principal, le film raconte l’histoire d’une belle gitane, fille d’un fabricant de cercueils, à la fin du XIXème siècle, qui porte secours et élève un jeune renard. Celle-ci sera l’objet d’avances de la part d’un châtelain peu scrupuleux, ces avances se faisant chaque jour plus pressantes, y compris après le mariage de la jeune fille. La fin, qui justifie le titre original du film, voit la jeune femme et le renardeau tomber dans un puits de mine désaffectée alors qu’ils étaient pourchassés par le châtelain et sa meute de chiens.

 

Toute l’âme de Brian Easdale tient dans cette musique foisonnante, lyrique et obsédante, remarquablement moderne dans ses orchestrations. Les chœurs glaçants qui scandent des « ah » en rythme se transforment bientôt en un canon de plusieurs groupes de chanteurs et donnent à la musique une sensation de poursuite et d’urgence (il s’agit du début de la chasse au renard). Les sections de cordes, dramatiques en diable, se répondent et tourbillonnent dans le superbe Hunter’s Spinney, bientôt soutenues par des arpèges de harpe et des cuivres tonitruants qu’accompagnent des timbales furibondes. La beauté presque enchanteresse et verdoyante de Undern Morning laisse les cordes et les cuivres se disputer une mélodie sublime, pleine d’allant, qui peu à peu, se perd dans un rythme lancinant. Le Finale et son violon fou viennent percuter des chœurs graves, effrayants, et l’ensemble ferait presque de l’ombre à un Christopher Young d’aujourd’hui ! Bien entendu, il faut saluer ici la performance impeccable du BBC National Orchestra And Chorus Of Wales, dirigé de main de maitre par un Rumon Gamba qui sait toujours tirer parti de son orchestre et de la qualité du célèbre « son concert » de Chandos Movies.

 

Gone To Earth

Christophe Maniez

Christophe Maniez

Rédacteur
Alors à l'orée de l'adolescence, au début des années 80, le jeune Christophe découvre à la télévision, coup sur coup, deux chefs d'œuvre qui marqueront son esprit à jamais. Le premier, Rocky, fait naitre en lui la jubilation par les mélodies riches en émotion de Bill Conti, devenu maintenant un de ses compositeurs fétiches. Le second, Vertigo d'Alfred Hitchcock, le plonge dans la musique du géant Bernard Herrmann, par le biais d'une partition pleine de mystère et de romance. Puis c'est l'escalade : il est tellement absorbé par la puissance des plus belles pages de la musique de film qu'il en vient à étudier de plus près le solfège et la composition (en quasi autodidacte, d'où son niveau plutôt moyen). Durant les mois suivants, il découvre John Williams et son Return Of The Jedi au cinéma. Transporté par la musique, il devient rapidement fan de ce compositeur. Son cercle de connaissances s'élargit et il en vient, plus tard, à admirer James Horner (un autre de ses compositeurs préférés) et Franz Waxman, notamment. Et puis, en 1989, c'est la claque : alors que tout le monde s'éclate sur la Bat Dance de Prince, il n'a d'oreille que pour les notes du Batman de Danny Elfman (par ailleurs, un des premiers CDs qu'il achète). Depuis lors, son amour pour la musique du compositeur attitré de Tim Burton ne s'est jamais démenti. Aujourd'hui, Christophe erre dans les couloirs obscurs d'UnderScores où il peut disputer le bout de gras avec d'autres êtres atteints du même syndrome que lui. Et l'aventure continue...
Christophe Maniez