Justice League: The Flashpoint Paradox (Frederik Wiedmann)

Courir à perdre Allen

Disques • Publié le 07/10/2016 par

Justice League: The Flashpoint ParadoxJUSTICE LEAGUE: THE FLASHPOINT PARADOX (2013)
JUSTICE LEAGUE: THE FLASHPOINT PARADOX
Compositeur :
Frederik Wiedmann
Durée : 59:05 | 28 pistes
Éditeur : La-La Land Records

 

3 Stars

Et si l’on vous donnait l’opportunité de changer un élément de votre passé, oseriez-vous briser la chronologie, sachant que la modification d’un évènement amènera indubitablement d’autres faits à se reconstruire différemment ? C’est sur ce canevas de science-fiction que se construit Justice League: The Flashpoint Paradox, long-métrage animé basé sur le roman graphique de Geoff Johns et Andy Kubert, Flashpoint. Si le scénario laisse volontairement le spectateur dans l’expectative pendant les deux tiers du film de Jay Oliva, il ne lésine pas pour autant sur les séquences d’action. Attention spoiler : Flash, après avoir écarté une tentative de déstabilisation de Thawne, son double maléfique, se met à courir de plus en plus vite jusqu’à franchir le « mur du temps… » La première des conséquences de cette course contre le temps est que la mère de Barry Allen (alias Flash) est vivante (le début du film s’ouvre sur le meurtre de cette dernière alors que Barry était tout jeune) et Barry se réveille un matin en ayant perdu son pouvoir de vélocité extrême. Il rencontrera une version grunge de Batman (partisan de l’utilisation des armes à feux) qui l’aidera à recréer les conditions qui lui ont permis d’acquérir sa vitesse supersonique afin d’arrêter la guerre qui s’annonce entre atlantes et amazones.

 

La musique est cette fois confiée à Frederik Wiedmann (Green Lantern: The Series, Justice League: Gods & Monsters) qui s’est vu offrir, pour l’occasion, la possibilité de travailler avec un orchestre d’une trentaine de musiciens (essentiellement des cordes), le Angel City Studio Orchestra, chose qui n’est pas négligeable tant le budget alloué à la musique des animations DC est devenu, au fil des ans, de plus en plus famélique. Les cordes seront exploitées dans toutes leurs facettes durant les 59 minutes que dure la partition. Le premier morceau de l’album, The Incident, débute par des cordes légères et un motif de quatre notes illustrant le jeune Barry Allen, puis se fait plus sombre alors que notre jeune héros, rentrant de l’école, trouve sa mère assassinée. Rapides dans Rogue ou Faster Than Bullets, exécutant des ostinati variés dans Justice League, Atlantian War ou Worlds Collide, les cordes dominent le score, épaulées par des banques de sons (plutôt correctes) pour les choeurs, les cuivres et les percussions. Une (vraie) trompette fait son apparition dans le nostalgique (et un rien énigmatique) Mother, soutenu par un motif de deux fois trois notes à la flûte, tandis qu’elle apporte une touche film noir dans le très techno Sin City. Un motif ascendant de six notes, mystérieux, se dévoile dans Inside The Batcave tandis que le compositeur fait appel à des sonorités de guitares grecques et turques pour accompagner les péripéties des amazones, notamment dans Chased By Amazons.

 

Justice League: The Flashpoint Paradox

 

Le duduk arménien s’invite dans l’un des morceaux les plus noirs de l’album (Redux), soutenu par des accords de piano aux confins de leur octave la plus basse. Il apparait également dans Aquaman vs. Wonder Woman ou le très ésotérique The Fallen. Dans Flash Reborn, Barry Allen, épaulé d’un Batman sceptique, tente de reproduire les conditions qui avaient fait de lui Flash, en mélangeant diverses substances au contact de la foudre. Inutile de préciser que l’ambiance est lourde, voire pesante. La touche électro est bien présente dans de nombreux morceaux, surtout au niveau des rythmiques, comme dans la présentation de l’armée d’Aquaman (Aquaman’s Army) ou dans le déjà cité Worlds Collide. L’un des morceaux les plus longs de l’album, Thawne’s Play, voit les changements de rythmes se succéder quasiment sans interruption, donnant une certaine dynamique à l’ensemble. Les choeurs samplés sont plutôt convaincants lorsqu’il faut donner dans le mystère, comme dans le début de I Changed Something ou Last Man Standing, avec ses longues respirations de cordes.

 

Globalement, Frederik Wiedmann a écrit une musique plutôt intéressante, souvent plus complexe qu’il n’y parait, avec une thématique certes restreinte mais efficace. Il vous faudra plusieurs écoutes pour en apprécier toutes les nuances. Mais si l’on avait un petit bémol à formuler (en dehors de la malheureusement nécessaire utilisation de certaines banques de sons), ce serait dans le séquençage, qui fait se terminer l’album sur un court solo de flute sur fond de cordes un peu passe partout (Lost Family), au lieu de s’accomplir dans un dernier élan de furie. D’autant que le film possède un générique de fin (qui rassemble les thèmes et atmosphères principales de la partition) plutôt enlevé qui ne semble pas être présent sur l’album.

 

Justice League: The Flashpoint Paradox

Christophe Maniez

Christophe Maniez

Rédacteur
Alors à l'orée de l'adolescence, au début des années 80, le jeune Christophe découvre à la télévision, coup sur coup, deux chefs d'œuvre qui marqueront son esprit à jamais. Le premier, Rocky, fait naitre en lui la jubilation par les mélodies riches en émotion de Bill Conti, devenu maintenant un de ses compositeurs fétiches. Le second, Vertigo d'Alfred Hitchcock, le plonge dans la musique du géant Bernard Herrmann, par le biais d'une partition pleine de mystère et de romance. Puis c'est l'escalade : il est tellement absorbé par la puissance des plus belles pages de la musique de film qu'il en vient à étudier de plus près le solfège et la composition (en quasi autodidacte, d'où son niveau plutôt moyen). Durant les mois suivants, il découvre John Williams et son Return Of The Jedi au cinéma. Transporté par la musique, il devient rapidement fan de ce compositeur. Son cercle de connaissances s'élargit et il en vient, plus tard, à admirer James Horner (un autre de ses compositeurs préférés) et Franz Waxman, notamment. Et puis, en 1989, c'est la claque : alors que tout le monde s'éclate sur la Bat Dance de Prince, il n'a d'oreille que pour les notes du Batman de Danny Elfman (par ailleurs, un des premiers CDs qu'il achète). Depuis lors, son amour pour la musique du compositeur attitré de Tim Burton ne s'est jamais démenti. Aujourd'hui, Christophe erre dans les couloirs obscurs d'UnderScores où il peut disputer le bout de gras avec d'autres êtres atteints du même syndrome que lui. Et l'aventure continue...
Christophe Maniez

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