Justice League: The New Frontier (Kevin Manthei)

La ligue des justiciers extraordinaires

Disques • Publié le 16/09/2016 par

Justice League: The New FrontierJUSTICE LEAGUE: THE NEW FRONTIER (2008)
JUSTICE LEAGUE: THE NEW FRONTIER
Compositeur :
Kevin Manthei
Durée : 56:53 | 21 pistes
Éditeur : La-La Land Records

 

4 Stars

Adapter une bande dessinée en long métrage animé n’est pas une mince affaire : il faut savoir garder à l’esprit l’intention de l’auteur et, si possible, sa patte graphique. Dans Justice League: The New Frontier, adaptation du roman graphique du même nom de Darwin Cooke, l’univers des super-héros est transposé dans une Amérique des années 50 plongée en pleine guerre froide, en proie à ses démons intérieurs, tels la tristement célèbre chasse aux sorcières du sénateur McCarthy. La paranoïa anti-communiste pousse le gouvernement, embourbé dans la guerre de Corée, à sacrifier les idéaux à la plus nauséabonde des pensées réactionnaires, et la course aux étoiles commence à être le vecteur d’une Amérique qui se veut triomphante. C’est dans ce contexte que débarque un extra-terrestre au don de métamorphe. D’abord observateur attentif, il décide de prendre l’identité d’un détective privé pour enquêter sur le Centre, une entité maléfique tapie sous la croute terrestre et qui attend son heure pour soumettre l’humanité toute entière sous son joug.

 

Le compositeur, Kevin Manthei, choisit d’ancrer sa composition dans les références musicales d’un certain Bernard Herrmann, célèbre alter ego du maître Alfred Hitchcock. Les samples d’orchestre sonnent la plupart du temps étonnamment bien, et ce en partie grâce à un habile mélange de synthés et d’instruments réels. Ainsi, la trompette, la clarinette et le basson rendent hommage au son Herrmann, et l’on pense notamment aux longues respirations de Citizen Kane ou bien encore aux cascades de notes arpégées tout droit sorties de The Day The Earth Stood Still. Manthei emploie également des éléments très herrmanniens, comme les arpèges de harpe montants et descendants (flagrant dans Wonder Woman Recounts / J’onzz Watches TV), ceux des notes de bois (comme en témoigne le Main Title, qui évoque Vertigo) ou bien encore le piano du End Credits. Pour illustrer le côté film noir du récit, Manthei utilise une (vraie) trompette jazzy ainsi qu’un saxophone qui viennent souvent épauler le personnage du détective extra-terrestre (J’onn Becomes John). La thématique est assez bien vue, flirtant de références en clins d’œil avec une certaine malice.

 

Justice League: The New Frontier

 

La conquête de l’Espace, dont le récit, foisonnant, fait également état, a son propre traitement : thème cuivré, très héroïque, développé notamment dans To Space et le début de Mars Mission Mess. Ce morceau amorce le côté musique d’action que va emprunter le score sur les vingt dernières minutes du disque. C’est peut-être ici que se situe le bémol d’une partition qui, jusque là, pouvait agréablement faire dresser l’oreille. Le compositeur abuse en effet dans la dernière partie des samples d’orchestre, conférant aux tutti une relative fadeur : avec un véritable orchestre symphonique, le rendu aurait sonné moins artificiel. Mais il serait dommage de s’arrêter à cela car nous sommes en présence d’une partition qui mérite une attention particulière tant Kevin Manthei a su peaufiner son orchestration et sa thématique. Il y a beaucoup d’énergie dans certains morceaux (Plan To Action ou encore The Flash vs. Center), les samples (réussis) de cymbales crachent, les cloches tubulaires samplées sont martelées avec une conviction qui force l’admiration. Par instants, des choeurs samplés avec justesse viennent au secours des cuivres qui explosent. Le basson de sinistre présage, qui est un peu la signature de l’entité Centre, se fraie un chemin dans la savante cacophonie de Thick Of Battle.

 

L’album se termine par deux morceaux qui font respirer l’ensemble d’une manière quasi-noble avec le très cuivré (pourvu d’une trompette non samplée) Victory et le lyrique End Credits. Si vous n’êtes pas allergique aux musiques construites à partir de banques de sons, il est possible que vous passiez un bon moment à l’écoute de ce New Frontier : cette partition revêt une singularité dans l’écriture qui fait plaisir à entendre et est également dotée d’une belle thématique. On en viendrait presque à se dire qu’il est dommage que Kevin Manthei se fasse si discret depuis…

 

Justice League: The New Frontier

Christophe Maniez

Christophe Maniez

Rédacteur
Alors à l'orée de l'adolescence, au début des années 80, le jeune Christophe découvre à la télévision, coup sur coup, deux chefs d'œuvre qui marqueront son esprit à jamais. Le premier, Rocky, fait naitre en lui la jubilation par les mélodies riches en émotion de Bill Conti, devenu maintenant un de ses compositeurs fétiches. Le second, Vertigo d'Alfred Hitchcock, le plonge dans la musique du géant Bernard Herrmann, par le biais d'une partition pleine de mystère et de romance. Puis c'est l'escalade : il est tellement absorbé par la puissance des plus belles pages de la musique de film qu'il en vient à étudier de plus près le solfège et la composition (en quasi autodidacte, d'où son niveau plutôt moyen). Durant les mois suivants, il découvre John Williams et son Return Of The Jedi au cinéma. Transporté par la musique, il devient rapidement fan de ce compositeur. Son cercle de connaissances s'élargit et il en vient, plus tard, à admirer James Horner (un autre de ses compositeurs préférés) et Franz Waxman, notamment. Et puis, en 1989, c'est la claque : alors que tout le monde s'éclate sur la Bat Dance de Prince, il n'a d'oreille que pour les notes du Batman de Danny Elfman (par ailleurs, un des premiers CDs qu'il achète). Depuis lors, son amour pour la musique du compositeur attitré de Tim Burton ne s'est jamais démenti. Aujourd'hui, Christophe erre dans les couloirs obscurs d'UnderScores où il peut disputer le bout de gras avec d'autres êtres atteints du même syndrome que lui. Et l'aventure continue...
Christophe Maniez

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