I Know What You Did Last Summer (John Debney)

La Revanche du Capitaine Crochet

Disques • Publié le 28/09/2010 par

I Know What You Did Last SummerI KNOW WHAT YOU DID LAST SUMMER (1997)
SOUVIENS-TOI… L’ÉTÉ DERNIER
Compositeur :
John Debney
Durée : 49:29 | 21 pistes
Éditeur : Promo

 

3.5 Stars

Compositeur de prédilection des studios Walt Disney et spécialisé par conséquent dans la comédie, l’aventure et autres films de divertissement familiaux, John Debney surprend en s’engageant dans l’aventure de I Know What You Did Last Summer (Souviens-toi… l’Été Dernier). Rappelons cependant que la même année, il entame une collaboration «horrifique» avec Peter Hyams (The Relic [Relic], suivi deux ans plus tard de End Of Days [La Fin des Temps]) et qu’il signera également Komodo en 2000, faisant preuve le temps de quatre scores d’un talent indéniable pour la musique de terreur. Trouvant par ce biais l’occasion de diversifier encore sa palette, Debney est bel et bien un musicien caméléon de qualité, prêt à remplacer n’importe quel autre compositeur en épousant aisément son style et en livrant des partitions toujours richement orchestrées et agréables à écouter. I Know What You Did Last Summer ne fait pas exception à la règle et s’inscrit dans la toute nouvelle tradition du score de néo-slasher luxueux pour grand orchestre, loin des musiques synthétiques des années 80.

 

Bien sûr, Debney n’invente rien et marche sur les traces de Marco Beltrami, qui avait déjà redéfini avec Mimic les règles de la musique horrifique, sachant que Beltrami est lui-même héritier d’une lignée partant de Bernard Herrmann et menant à Jerry Goldsmith et à Christopher Young, les grands maîtres de la terreur symphonique moderne. Employant les mêmes formules que l’auteur des Scream (une mélodie élégiaque associée à une héroïne tourmentée, des morceaux de suspense grinçants et insidieux aboutissant à des explosions rageuses lors des scènes de poursuite), il livre une partition néanmoins plus facile d’accès car moins heurtée, moins dissonante et expérimentale. Plus proche de Christopher Young, il conçoit pour Julie un thème plein de mélancolie et hanté par le remords, fait de cordes mystérieuses puis enjôleuses mais aussi de clochettes et de hautbois vaguement inquiétants, suggérant la menace qui plane sur les personnages. Ce thème sera habilement repris tout au long de la partition, parfois sur un mode plus véhément et passionné comme dans Homecoming, du meilleur effet, et dans Missy’s Story, qui débute par une mélodie pleine d’émotion avant de se noyer dans le malaise.

 

I Know What You Did Last Summer

 

Après cela, ce sont évidemment les morceaux d’angoisse puis de terreur qui constituent les véritables tours de force de la composition : pleins de cordes malveillantes et susurrantes, de piano aux notes très sombres et de lourdes ponctuations de timbales, voire de discrètes sonorités électroniques, ces passages sont d’une efficacité redoutable malgré leur manque d’originalité. Ce qui est finalement très louable, c’est l’attachement de Debney à tous les codes du genre, qu’il respecte à la lettre et emploie avec une maîtrise absolue (chapeau également aux orchestrateurs, qui ont sans doute fourni une bonne moitié du travail !). Dans les moments horrifiques, les cuivres rugissent avec une férocité peu commune, les percussions grondent et claquent et les cordes s’emballent pour se lancer dans des cavalcades éperdues. On n’évite pas les clichés et les sursauts destinés à agresser le spectateur mais il reste que les séquences de poursuite, nombreuses dans le film, occasionnent probablement les meilleurs morceaux de bravoure, marqués par des envolées de violons virtuoses et étourdissantes, des percussions tonnant en cadence pour imiter la marche déterminée du tueur, et des cuivres aux sonorités agressives et/ou héroïques.

 

Les scènes d’action finales, époustouflantes, prennent une tournure carrément épique, évoquant tantôt Alan Silvestri, tantôt James Newton Howard ou encore Basil Poledouris, galvanisant l’auditeur pour l’emporter vers des hauteurs vertigineuses. Annonçant l’apocalyptique End Of Days, I Know What You Did Last Summer est une excellente musique de slasher, l’une des meilleures du genre et incontestablement la plus réussie de la trilogie. Hélas, coût de production oblige, l’album officiel ne contient que des chansons et le score de John Debney a été diffusé uniquement via une édition promotionnelle devenue rarissime et très coûteuse, ce qui est fort regrettable. Une nouvelle édition plus largement distribuée ne serait pas de refus, mais cela risque peu d’arriver…

 

I Know What You Did Last Summer

Gregory Bouak

Gregory Bouak

Contributeur (2010-2012)
Toujours un peu décalé, Grégory écoute de la musique classique à l’âge où les autres écoutent du rock, de la variété, ou rien, ce qui fait qu’à quinze ans, il pense avoir fait le tour de la question et se retrouve tout démuni. Il aime aussi depuis longtemps le cinéma et surtout les Star Wars, les Batman, les James Bond, dont il goûte les musiques avant tout parce qu’elles lui rappellent les films. Un jour, en voyant Stargate, il découvre que les musiques de films peuvent être d’une grande richesse et s’apprécier pour elles-mêmes en écoute isolée, se présentant comme les dignes héritières de son genre de prédilection, la grande musique symphonique telle qu’elle a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle. C’est le début d’une longue et belle amitié qui n’a jamais connu de rupture. A partir de 2000, il se met à écrire des articles et des critiques de musique de film pour le site internet TraxZone, puis pour LeFantastique.net et Khimaira Magazine, tous deux spécialisés dans le fantastique, la fantasy et la science-fiction. En parallèle, il publie des articles dans la version papier de Khimaira. En 2006, il crée Horreurs et Merveilles, un blog puis un site consacré aux musiques des films de l’imaginaire. En 2010, suite à un bug irrémédiable d’Horreurs et Merveilles, dont il soupçonne secrètement les membres d’UnderScores d’être les instigateurs afin de l’inciter à rejoindre leur équipe, il accepte avec joie de contribuer au nouveau magazine de référence de la musique de film en langue française, afin de continuer à promouvoir sa passion.
Gregory Bouak