Wolfen (Craig Safan)

Danse avec les Loups

La décade prodigieuse • Publié le 11/02/2019 par

WolfenWOLFEN (1981)
WOLFEN
Compositeur :
Craig Safan 
Durée : 60:21 | 14 pistes
Éditeur : Intrada (2012)

 

4 Stars

 

Et un recalé de plus aux séances d’audition hollywoodiennes, un ! Depuis beau temps, les évictions manu militari d’infortunés compositeurs de cinéma, vieux lions et néophytes mêlés, sont monnaie courante, à telle enseigne qu’un livre entier leur fut dernièrement consacré. Judicieux ou suspicieux, les prétextes, en majorité parqués sous la très pratique bannière des « différents artistiques », ne font jamais défaut. Mais celui qui scella le sort de la musique de Craig Safan pour Wolfen laisse dubitatif. Emballé par le faux film de lycanthrope de l’étoile filante Michael Wadleigh, Safan écrivit une partition atonale, sombre et truffée de dissonances qui effaroucha au lieu de les séduire ses commanditaires. Ceux-ci le congédièrent donc sans autre forme de procès pour faire appel au jeune loup (ha-ha) James Horner… qui livra une musique (quasiment aussi) atonale, (pareillement) sombre et truffée de (presque autant de) dissonances ! Une preuve parmi une nuée d’autres que la Warner, de mémos évasifs en remontages féroces, ne sut jamais vraiment très bien quoi faire d’un film inclassable. La très personnelle vision de son metteur en scène ne subsiste plus qu’à l’état de rogatons délicieux. La musique de Craig Safan, tapie entre les sillons du disque Intrada, a trouvé heureusement le parfait territoire de chasse pour libérer une ancestrale fureur, dont les odeurs entêtantes de légende flottent ainsi qu’un brouillard au pied des titans de verre et de béton érigés par le nouveau monde.

  Albert Finney ou l'homme qui criait au loup

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse
  • The Vikings