Hausu (Asei Kobayashi, Micky Yoshino & Godiego)

La maison assassinée

La décade prodigieuse • Publié le 10/01/2019 par

HausuHAUSU (1977)
HOUSE
Compositeurs :
Asei Kobayashi, Micky Yoshino & Godiego
Durée : 42:01 | 12 pistes
Éditeur : G-Matics (2008)

 

3.5 Stars

 

Qu’est-ce qu’elle peut avoir l’air tarte, cette ritournelle toute rose pour boîte à musique de quat’ sous! Durant plus de la moitié du film, elle refuse d’en démordre, feignant de ne s’apercevoir de rien pour chanter d’un ton sirupeux la quiétude estivale et l’amitié éternelle entre jeunes filles pures. A terme, on finit cependant par trouver une joliesse mélancolique à ces notes aussi folâtres qu’inoxydables, et même à s’ébaudir de leur volonté farouche de dresser un garde-fou musical contre la folie qui tambourine à la porte. Mais lorsque le piano siégeant orgueilleusement au milieu du salon, très fâché à l’évidence de voir tirée ad nauseam de ses entrailles la satanée rengaine, décide de ne faire qu’une bouchée de la musicienne monomaniaque penchée sur lui, les masques encore d’aplomb dégringolent à grand fracas : Hausu est l’un des films de maison hantée les plus frappadingues de la galaxie ! Impensable, pour Asei Kobayashi et Micky Yoshino, de pantoufler à la remorque de cette cathartique démence. Avec le groupe de rock nippon Godiego venu lui prêter main-forte, notre duo de compositeurs met sens dessus dessous les poussiéreux poncifs de l’horreur, affublant Mr. Togo, vulgaire traîne-savate que les jouvencelles en péril fantasment en sigisbée, d’un boogie plutôt relax alors que la délicieuse Kung-Fu justifie son sobriquet à gros étalage de riffs de guitare sixties. L’entre-deux n’est plus davantage possible à ce stade d’une écoute houleuse qu’à la vision du film : on trippe ou on se gratte le front d’un air interloqué.

 "Dites ahhhhhh..."

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse